Le Roi gouverne par lui-même

Le Roi gouverne par lui-même

Fastes des puissances voisines de la France.

Fastes des puissances voisines de la France.

Le Roi gouverne par lui-même

Le Roi gouverne par lui-même

Date représentée :

H. : 0

L. : 0

Date : 1678-1684

© Photo RMN - Grand Palais (Château de Versailles) / René-Gabriel Ojéda / Franck Raux / montage Dominique Couto

http://www.photo.rmn.fr

Une représentation de Louis XIV

Date de publication : Décembre 2012

Auteur : Joël CORNETTE

Décidé peu après la paix de Nimègue (10 août 1678), le programme iconographique du plafond de la galerie des Glaces à Versailles constitue une véritable révolution dans la représentation du roi. En effet, on sait d’après Nivelon, le biographe du roi, que lors d’une séance du « Conseil Secret de sa Majesté » à laquelle participa Colbert entre la fin de l’année 1678 et le début de l’année 1679 (peut-être en septembre 1678), il fut décidé de modifier les peintures choisies afin de sacraliser la fin de la guerre de Hollande (1672-1678) et de pérenniser les victoires de Louis XIV.

Charles Le Brun avait initialement conçu un cycle d’allégories relatives à Apollon ou Hercule (l’apothéose, pour le premier, les travaux pour le second). Il en fut décidé autrement : « Sa Majesté résolut, explique Nivelon, que son histoire sur les conquêtes devait y être représentée. »

S’enfermant aussitôt dans l’hôtel de Gramont, le peintre réalisa en deux jours le projet complet de la voûte : un grand programme représentant les campagnes militaires du roi lors des guerres de Dévolution et de Hollande. Il fut recommandé à Charles Le Brun de « n’y rien faire entrer qui ne fust conforme à la vérité ».

La peinture « Le roi gouverne par lui même », qui occupe la première partie du panneau central dans la galerie, est la plus grande de la série des vingt-sept compositions de la voûte. On y voit Louis XIV entouré de figures allégoriques et mythologiques, portant une cuirasse à l’antique et drapé dans un manteau bleu. Sa main droite repose sur le timon d’un navire : comme un capitaine, il est le seul maître à bord du grand vaisseau de l’État. Une femme, assise sur un nuage et qui symbolise la Gloire, tend au souverain une couronne d’étoiles. Elle domine le roi qui la regarde et qui semble ignorer le cortège des amours, des nymphes, des dieux et des déesses qui l’entourent.

Le panneau « Fastes des puissances voisines de la France » répond à ce grand tableau. Lesdites puissances sont reconnaissables grâce aux allégories qui les distinguent : l’Allemagne par la figure d’une femme sur un nuage avec un aigle et la couronne impériale ; l’Espagne par la figure d’une autre femme appuyée sur un lion qui dévore un roi des Indes étendu sur ses trésors ; la Hollande par une femme appuyée sur un lion qui tient sept flèches (les sept provinces unies) et qui, selon Piganiol de La Force, « marque, par son trident et par une chaîne à laquelle Thétis est attachée, sa puissance sur mer. Les vaisseaux et les marchandises qui sont au-dessous, signifient son grand commerce ».

Piganiol de La Force (1673-1753), historiographe royal, a expliqué la signification de ce tableau, pivot de la galerie des Glaces, dans ce qui peut être considéré comme l’un des premiers guides de Versailles, la Nouvelle description des chasteaux et parcs de Versailles et de Marly, paru en 1701 : « Ce prince est représenté dans la fleur de sa jeunesse sur un trône ayant la main droite sur un timon de navire. Les grâces sont debout auprès de lui, et la Tranquillité, sous la figure d’une femme assise, tient une grenade, symbole de l’union des peuples sous l’autorité souveraine. La France est aussi assise, elle écrase avec un bouclier sur lequel elle est appuyée, la Discorde, l’Himenée l’éclaire de son flambeau et marque qu’on était encore dans les réjouissances du mariage. La Seine marque par les fleurs et les fruits qui sortent de son urne, la fertilité du pays qu’elle arrose. » Quant aux enfants nus, ils représentent « les fêtes et les plaisirs dont on jouit dans une jeune cour toute polie et toute brillante ». Minerve est à côté du Trône, Mars au-dessous. Les autres divinités, Jupiter, Junon, Neptune, Vulcain, Pluton, Hercule, Diane et Cérès, « sont attentives, et regardent du haut du Ciel ce jeune monarque. Le Soleil sur son char se hâte pour en être le témoin, et Mercure vole pour annoncer sa gloire à toute la terre ». Voir également : Le Roi gouverne par lui-même, 1661, dans le catalogue iconographique de la galerie des Glaces

Faut-il lire ici l’utopie d’une Europe pacifiée sous le regard bienveillant et dominateur du roi vainqueur ? Remarquons que seule la France est identifiée au souverain qui la gouverne ; les autres « puissances » n’ont droit qu’à des allégories. Cette image de la toute-puissance de Louis XIV, faite pour impressionner, notamment les ambassadeurs des États étrangers, n’a pas, semble-t-il, laissé indifférents les contemporains : les tableaux de la galerie des Glaces, écrit Saint-Simon dans ses Mémoires, « n’ont pas eu peu de part à irriter toute l’Europe contre le Roi ».

Est-ce un hasard, si le 18 janvier 1871, le chancelier Bismarck fit proclamer la naissance de l’Empire allemand précisément dans la galerie des Glaces, sous les peintures de Charles Le Brun ?
Comme une revanche posthume de l’Allemagne sur les humiliations du Roi-Soleil…


Pour en savoir plus sur la galerie des Glaces, rendez-vous sur le site Panorama de l’art


Visitez également le catalogue iconographique de la galerie des Glaces

· PIGANIOL DE LA FORCE, Nouvelle description des chasteaux et parcs de Versailles et de Marly contenant une explication historique de toutes les peintures, tableaux, statues, vases et ornemens qui s'y voyent , leurs dimensions & et les noms des peintres, des sculpteurs & des graveurs qui les ont faits : enrichie des plusieurs figures en taille douce…, Paris, F. Delaulne, 1707.

· Joël CORNETTE, Chronique du règne de Louis XIV, Paris, Sedes, 1997.

· SAINT-SIMON, Mémoires, Paris, Hachette, 1897.

· Claude NIVELON, Vie de Charles Le Brun et description détaillée de ses ouvrages, éd. critique et introduction de L. Pericolo, Genève, Droz, 2004.

Joël CORNETTE, « Une représentation de Louis XIV », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28/09/2022. URL : histoire-image.org/etudes/representation-louis-xiv

Anonyme (non vérifié)

Je tenais à saluer le remarquable travail qui a été réalisé ici. Il me permet une autre entrée dans l'histoire par celle des arts, que seule, je n'aurais su analyser ni interpréter, faute de connaissances assez pointues dans le domaine. L'accès à ces œuvres et leur analyse sont d'un remarquable soutien pour une différenciation des entrées dans les champs disciplinaires à l'école. Merci.

mer 25/02/2015 - 10:31 Permalien

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