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Vue générale du camp de Holzminden.

Vue générale du camp de Holzminden.

Prisonniers et baraquements au camp de Holzminden.

Prisonniers et baraquements au camp de Holzminden.

Vue du camp de Holzminden avec femmes et enfants prisonniers.

Vue du camp de Holzminden avec femmes et enfants prisonniers.

Vue générale du camp de Holzminden.

Vue générale du camp de Holzminden.

Date de création : 1917

Date représentée : 1917

H. : 8,7 cm

L. : 13,8 cm

Photographie

Domaine : Photographies

© Archives départementales du Nord

AD Nord. 15 Fi 1319, coll. J. Beausire

Déportation de prisonniers civils pendant la première guerre mondiale : le camp de Holzminden

Date de publication : Mars 2016

Auteur : Claudine WALLART et Marine VASSEUR

A Holzminden, déportation de civils des territoires occupés

À leur arrivée en Alsace en 1914, les troupes françaises ont emmené les fonctionnaires impériaux en poste dans les villes sous contrôle de l’armée française ainsi que leur famille. Ceux-ci ont été internés dans des camps en France et en Algérie. De longues tractations ont commencé entre la France et l’Allemagne pour régler leur sort. Afin de faire céder le gouvernement français, les Allemands décident en novembre 1916 de déporter 300 civils du Nord. Ces otages – hommes et femmes – sont choisis dans les mêmes catégories socioprofessionnelles que les Allemands emprisonnés. Parmi eux se trouvent de grands industriels (Prouvost, Pollet, Motte, Masurel, Tiberghien…), des élus, des juristes, des avocats, des médecins… Un début d’accord ayant été signé entre les gouvernements français et allemand, ces premiers otages sont rapatriés en avril 1917 après six mois d’une détention relativement clémente.

Comme les négociations franco-allemandes piétinent, les Allemands procèdent à une deuxième déportation massive (600 personnes) en janvier 1918. Cette fois, seules les femmes sont internées à Holzminden. Les hommes sont déportés en Lituanie dans les camps de Jewie, Milejgany et Roon, dans des conditions bien plus dures : vingt-six d'entre eux y trouvent la mort.

Un studio photographique dans un camp

Le camp, installé à la périphérie de la petite cité de Holzminden, dans le duché de Brunswick, a été photographié entre 1916 et 1918 par des otages. Un studio de photographie, ironiquement dénommé « violon », existait à Holzminden ; il a produit toute une série de clichés sur la vie du camp, qui étaient utilisés comme cartes postales pour la correspondance des prisonniers.

Prises probablement au cours du premier semestre 1917, ces vues montrent les baraquements en bois qui se juxtaposent à perte de vue. Même si la circulation des détenus semble libre, elle se fait à heures fixes et les femmes séparément des hommes. La présence des barbelés rappelle la captivité sans obstruer la vue de la campagne. Des montagnes boisées font face au camp de Holzminden.

Le camp est construit selon un plan géométrique : les petites constructions en planches sont disposées le long de larges axes, des « boulevards ». Une impression de mouvement transparaît de ces cartes postales : des hommes, des femmes et des enfants déambulent dans les « avenues » du camp, semblant vouloir occuper un temps qui s’écoule trop lentement, sans qu’on aperçoive leurs gardiens.

L’uniforme n’est pas de rigueur à Holzminden : le seul signe distinctif est le brassard numéroté, cousu sur les vêtements des prisonniers.

Les conditions de vie à Holzminden

Le camp de concentration de Holzminden est un camp de prisonniers de guerre civils prévu pour héberger 10 000 personnes. Dès la déclaration de guerre tous les ressortissants des pays belligérants y sont internés ainsi que les Allemands indésirables : prisonniers de droit commun, pacifistes, prostituées… Le camp compte une centaine de baraquements et il est entouré par une enceinte de deux mètres de haut dominée par des miradors. Son aspect n’est pas sans rappeler celui des camps de sinistre mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Mais la comparaison s’arrête là. Les conditions de détention n’y sont pas dramatiques. Certes, les prisonniers souffrent du froid, de la faim, de l’isolement et d’une bureaucratie tatillonne et vexatoire ; mais ils peuvent recevoir du courrier, des colis de victuailles et sont parfois autorisés à sortir en ville. Toute une vie sociale est par ailleurs recréée dans le camp : université, chapelle, cafés, studio de photographie.

La prise d’otages a été couramment pratiquée pendant la guerre de 1914-1918. Choisis parmi les notables (élus, industriels, ecclésiastiques, hauts fonctionnaires), ces prisonniers doivent répondre de la tranquillité de la population ou servent de moyen de pression, comme dans ce cas de déportation, afin d’obliger l’ennemi à céder sur un objectif particulier. La déportation qui s’ajoute à une occupation particulièrement dure dans le Nord de 1914 à 1918 est aussi un moyen d’effrayer les populations et d’écarter les indésirables.

Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.

A.BECKER Les Oubliés de la Grande Guerre. Humanitaire et culture de guerre. Populations occupées, déportés civils, prisonniers de guerre Noêsis, 1998.

Ch.GRARD  Des otages français pendant la Grande Guerre in Guerres mondiales et conflits contemporains , n° 165, PUF, janvier 1992.

Claudine WALLART Un camp de concentration de la Première Guerre : Holzminden in Florilège des Archives départementales du Nord , 2000.

Claudine WALLART Déportation de prisonniers civils “au camp de concentration” d’Holzminden, novembre 1916-avril 1917 in Revue du Nord , tome LXXX, avril-juin 1998.

Claudine WALLART et Marine VASSEUR, « Déportation de prisonniers civils pendant la première guerre mondiale : le camp de Holzminden », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26/02/2024. URL : histoire-image.org/etudes/deportation-prisonniers-civils-premiere-guerre-mondiale-camp-holzminden

Anonyme (non vérifié)

Mesdames, Messieurs, je suis depuis de nombreuses années propriétaire d'un pastel, un autoportrait de MAX LIEBERMANN signé et daté du camp de Holzminden en 1917. Max Liebermann était un peintre juif-allemand qui dès l'automne 1914, fait partie des 93 signataires (intellectuels qui justifient les actes d'agression). Il défend l'Empire allemand. En 1918, il sera décoré ! Toutefois, étant juif, il devra faire face à beaucoup de revers durant la guerre. Ma question, est : auriez-vous connaissance de la présence de ce peintre dans le camp en 1917. Je dois ajouter que sur son autoportrait, il a un brassard jaune au bras sur lequel est écrit "KRIEGSZAL..." ??? Je sais que Liebermann illustrait un journal pendant la guerre.
En espérant que vous pourrez m'aider.
Gilles Colignon

sam 16/07/2011 - 13:59 Permalien
Anonyme (non vérifié)

je ne peux pas vous répondre sur la signification de ce mot, mais je suis plus interressée sur le brassard jaune car je recherche la signification du port de ce brassard, pour quel genre de personne le portait, intellectuel? juif? (pourtant c'était plus l'étoile si mes informations sont bonnes) des hommes qui travaillaient dans un secteur bien précis, style SNCF, infirmier...??? merci pour tout renseignement pour ce port de brassard jaune et désolé de ne pouvoir vous aider de mon côté sonia

jeu 08/12/2011 - 10:23 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Bonjour,
Pendant la Grande Guerre, le camp de Holzminden a détenu 4240 civils dont 56 Français, 72 Russes, 78 Belges, 20 Anglais, 10 Italiens.

L'autre camp de prisonniers civils s'appelait Havelberg avec 1820 personnes parmi lesquelles 1 officier russe.

Marie-Noëlle

dim 27/10/2013 - 21:00 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Bonjour,

Le camp d'Holzminden a contenu beaucoup plus de déportés civils (hommes,femmes, enfants).
Pratiquement tous les camps principaux détenaient des déportés. Il faut compter également les camps de travail dans les zones occupées... les terribles brassards rouges...
Le sujet me passionne et j'ai publié une trilogie sur l'occupation allemande 14-18.
J.Claude

mer 11/12/2013 - 07:40 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Bonjour,
Dans son numéro du 29 septembre 1917 (p. 330-331) le journal L'Illustration présente sous le titre "les exilées" des femmes vosgiennes de la commune du Ban-de-Sapt dans les environs de Saint-Dié, déportées à Holzminden. Le cliché servant d'illustration aurait été réalisé en 1915 et la légende indique que depuis les femmes survivantes sont rentrées chez elles.

dim 27/09/2020 - 17:14 Permalien

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