Fête militaire américaine à Gondrecourt.

Fête militaire américaine à Gondrecourt.

La Fête de Washington, le 22 février 1918.

La Fête de Washington, le 22 février 1918.

Scène de rue.

Scène de rue.

Intérieur d'un bar.

Intérieur d'un bar.

Fête militaire américaine à Gondrecourt.

Fête militaire américaine à Gondrecourt.

Date de création : 1917

Date représentée : 1917

H. : 20 cm

L. : 26,8 cm

Dessin rehaussé à l'aquarelle

© ADAGP © RMN - Grand Palais (Château de Blérancourt) / René-Gabriel Ojeda

Lien vers l'image

SD 2357 - 95-000291

Les troupes américaines vues par Jean Hugo

Date de publication : Octobre 2005

Auteur : Hervé CULTRU

La fin de la guerre vue depuis les rangs de l’armée américaine

Affecté en 1917 en Lorraine comme aide de camp et interprète à la première division des forces expéditionnaires américaines cantonnées à Gondrecourt, Jean Hugo trouve sans peine le temps de remplir des cahiers de croquis, d’écrire son journal et de lire abondamment. Il travaille au bureau du major George C. Marshall, le futur héros de la bataille du Pacifique, et participe à de nombreuses manifestations organisées par les hommes de l’Oncle Sam. Ses dessins relèvent surtout du genre du portrait et de celui du paysage. L’ensemble du corpus qu’il compose durant cette période traduit un sentiment de légèreté et d’insouciance. L’observateur croit deviner que le trait est un peu forcé ; dans certains cas on est même proche de la caricature. Mais de toute évidence on est loin de la lassitude et de l’éreintement dont nous fait part l’historiographie classique de la fin de la guerre.

En marge des douleurs de la guerre, une ambiance presque irréelle

Loin du feu, Jean Hugo ne se contente pas de faire des traductions pour le major Marshall ; il dispense aussi d’utiles conseils aux Américains récemment arrivés, qui ne sont encore allés au combat, facilitant ainsi leurs relations avec les Français plus expérimentés. Il ne faut pas imaginer une existence de tout repos : c’est dans le secteur où se trouve Hugo que meurent les trois premières victimes américaines du conflit. Lors de l’offensive de Cantigny en mai 1918, l’artiste se comporte de façon héroïque et reçoit la Distinguished Service Cross. L’été de la même année il est transféré près de Luxeuil, auprès des pilotes de l’escadrille dite des « Bisons ». Ses scènes de fête, de café et de cabaret marquent autant de pauses dans le déroulement des jours. Il n’y a pas de place pour les réjouissances exubérantes, on note au contraire la rectitude des corps et la mélancolie des visages. Les personnages, par ailleurs anonymes, semblent posés dans des décors aux contours précis, où figurent de menus objets qui font songer à des natures mortes. Le trait et la composition rappellent le travail de Juan Gris, par exemple. Autre élément qui apparaît dans de nombreuses illustrations des carnets, la fascination pour les signes typographiques comme les sigles (le « MP », pour Military Police, sur le brassard du grand personnage au premier plan dans la Scène de rue) ou les publicités pour des marques de boisson (Intérieur d’un bar).

Une étape dans la genèse d’un auteur

Jean Hugo semble s’efforcer d’intégrer le vocabulaire cubiste dans la représentation du monde, il essaie de marier cette manière à son intérêt soutenu pour les situations et les objets du « quotidien ». Dans le milieu des peintres, des écrivains et des compositeurs qui, dans le sillage de Guillaume Apollinaire, révolutionnent le théâtre, la poésie, la musique et la danse, il trouve non seulement une stimulation intellectuelle, mais aussi des amis qui collaborent avec lui par la suite, dans les années 1920. Son expérience du combat, quant à elle, développe un esprit particulier, fait de fantaisie et d’humour, et n’engendre pas le cynisme que bon nombre de ses contemporains exprimèrent après la guerre. En 1919, avant de terminer son service, Hugo emplit deux carnets d’esquisses d’une série de dessins, journal visuel, en quelque sorte, qui récapitule, dates et lieux à l’appui, toutes ses garnisons. Ce parcours, qui reprend en grande partie des croquis qui accompagnaient son journal, constitue à la fois un bilan et une étape vers d’autres formes d’expression. Hugo s’oriente alors vers un style figuratif plus classique, sans jamais toutefois adopter la manière d’un Lucien Jonas (1880-1947), par exemple, qui a laissé des Doughboys[1] une image très réaliste, digne d’un peintre aux armées, et plus proche de l’esprit du reportage. L’œuvre d’Hugo, composée dans l’intimité et destinée à alimenter sa propre mémoire, révèle une réflexion personnelle, à la fois morale et esthétique.

Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.Catalogue d´expositionJean Hugo, Dessins des années de guerre (1915 - 1919)Paris, éditions RMN et Actes Sud, 1994.Mario ISNENGHILa Première Guerre mondialeParis-Florence, Casterman-Giunti, 1993.

1. Doughboys : Ce sobriquet désignait les fantassins américains, au nombre d'un million sur le sol français en 1918. 

Hervé CULTRU, « Les troupes américaines vues par Jean Hugo », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 27/01/2023. URL : histoire-image.org/etudes/troupes-americaines-vues-jean-hugo

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