La délégation des Gueules cassées à Versailles, le 28 juin 1919.

La délégation des Gueules cassées à Versailles, le 28 juin 1919.

La signature du Traité de Paix de Versailles dans la Galerie des Glaces, le 28 juin 1919.

La signature du Traité de Paix de Versailles dans la Galerie des Glaces, le 28 juin 1919.

La Galerie des Glaces préparée pour la cérémonie de la signature du Traité de paix de Versailles

La Galerie des Glaces préparée pour la cérémonie de la signature du Traité de paix de Versailles

La Galerie des Glaces le jour de la signature de la paix (28 juin 1919).

La Galerie des Glaces le jour de la signature de la paix (28 juin 1919).

La délégation des Gueules cassées à Versailles, le 28 juin 1919.

La délégation des Gueules cassées à Versailles, le 28 juin 1919.

Date de création : 1919

Date représentée : 28-juin-19

H. : 0

L. : 0

photographie, carte postale

© Tous droits réservés

Le traité de Versailles

Date de publication : Mars 2016

Auteur : Sophie DELAPORTE

La signature du traité de paix de Versailles intervient quelques mois après l’armistice du 11 novembre 1918. Mais l’armistice ne signifie pas la paix. En effet, ce n’est que le 28 juin 1919 que les plénipotentiaires se réunissent au château de Versailles.

Que signifie la présence de cinq mutilés du visage à cette cérémonie ?

Dans la peinture de Delbeke, la délégation de « gueules cassées » se trouve placée dans l’embrasure de l’une des fenêtres de la galerie des Glaces et face à la grande table réservée aux alliés, que l’on aperçoit au premier plan. Le dessin de Madeleine Meunier propose en fait un plan inversé : la table de la signature est située au premier plan, celle des alliés étant à l’arrière-plan. Les mutilés du visage se trouvaient donc derrière la table la plus petite où fut signé le traité. Les plénipotentiaires devaient ainsi défiler devant eux puis leur tourner le dos au moment de signer le document.

La présence des mutilés permet d’aborder autrement la signature du traité : à travers la dimension théâtrale et théâtralisée de la cérémonie.

La photographie présente cinq blessés de la face. Les visages atrocement mutilés témoignent de la violence du traumatisme et de la brutalité de la guerre. D’où viennent ces cinq soldats ? Comment se trouvaient-ils là ? C’est à Clemenceau lui-même que revient l’initiative d’avoir associé des mutilés à la cérémonie. Le gouverneur militaire de Paris prit contact avec le médecin-chef du service des « faciaux » de l’hôpital du Val-de-Grâce afin de désigner une délégation de cinq blessés. Deux cents mutilés du visage s’y trouvaient encore en traitement.

Le choix du médecin-chef H. Morestin se porta sur l’un des plus anciens blessés maxillo-faciaux de son service, hospitalisé depuis plus de quatre années : Albert Jugon. Mobilisé en août 1914 dans le 1er régiment d’infanterie coloniale, il avait été blessé en Argonne au début de la guerre. La moitié de son visage et de sa gorge avait été emportée par un éclat d’obus.

La sociabilité particulière aux défigurés qui régnaient dans les hôpitaux explique que Jugon connaissait tous ses « frères de souffrance ». Le médecin le chargea donc de compléter la délégation. Il désigna alors quatre autres « gueules cassées » que l’on retrouve sur le document[1].

Clemenceau joua un rôle initial décisif. Ce rôle demeura tout aussi déterminant lors de la cérémonie. Lorsque Clemenceau entra dans la grande salle que présente en plan large Gilbert Bellan, le 28 juin 1919 vers 14 heures, soit une heure avant la signature du traité, les journalistes présents soulignèrent qu’il refusa tout d’abord de se rendre à la table présidentielle et que son premier geste fut de se diriger vers le groupe des mutilés.

Il est intéressant de se pencher sur les paroles du président du Conseil. Certains comptes rendus attribuent à Clemenceau des phrases qui font du traité la récompense des souffrances des combattants. À tous ces visages qui se tournaient vers lui, il dit : « Vous avez souffert mais voici votre récompense. » Et ses mains montrèrent le traité de paix placé sur la petite table. D’autres comptes rendus de presse montrent Clemenceau jouant d’un cynisme apparent aux fins d’établir une complicité très particulière avec les mutilés et de briser toute distance. En effet, le président du Conseil aurait affirmé : « Si vous avez quelque chose à demander c’est le moment… » Avant d’ajouter à ses interlocuteurs muets : « Vous étiez dans un mauvais coin, cela se voit ! » Un trait d’humour noir que seul Clemenceau pouvait se permettre en la circonstance, qui n’était acceptable qu’associé à l’émotion profonde qui se lisait sur son visage.

Clemenceau évoque trois aspects : la reconnaissance de la patrie à l’égard de ceux qui se sont sacrifiés pour elle ; la réparation morale et symbolique que constitue la signature du traité, preuve tangible de la victoire française ; l’allusion à d’autres réparations plus tangibles à faire payer à l’Allemagne.

Il convient de ne pas voir dans la présence des « gueules cassées », à Versailles le 28 juin 1919, un geste dénonciateur de la guerre. Elle ne doit pas être regardée à travers le prisme de la victimisation ou de la revendication de la part des mutilés présents. Leurs blessures atroces sont aussi glorieuses, et ce aux yeux du public comme à leurs propres yeux. Il s’agissait également de présenter la victoire comme justificatrice des immenses souffrances endurées par les combattants français. À Versailles, on ne note d’ailleurs la présence d’aucun blessé allié ou ennemi. Le traité vaut réparation. La présence des mutilés revêt aussi le sens d’une mise en accusation de l’Allemagne. Ils avaient été placés là pour choquer les délégués allemands, leur faire honte. C’est donc avant tout un acte anti-allemand.

Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.

Sophie DELAPORTE, Les Gueules cassées, Paris, Noésis, 1996.

1. De droite à gauche : Eugène Hébert, un ami d’enfance, mobilisé au 315e régiment d’infanterie, décédé en 1957. Henri Agogué, du 4e bataillon de chasseurs à pied, mort en 1935. Pierre Richard, du 102e bataillon de chasseurs à pied, mort en 1965. Et André Cavalier, du 2e zouave, blessé à Dixmude le 4 mai 1915 et décédé le dernier, en 1976. Tous des fantassins appartenant le plus souvent à des unités de choc.

Sophie DELAPORTE, « Le traité de Versailles », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28/09/2022. URL : histoire-image.org/etudes/traite-versailles

Anonyme (non vérifié)

c'est mon arrière grand père a gauche, et avant d'être un soldat, il était un mari aimant et un père formidable comme dit mon grand père, paix a son âme.

jeu 11/11/2010 - 15:29 Permalien
Anonyme (non vérifié)

on ne peut imaginer les souffrances physiques et morales supportées après des blessures aussi graves , parfois sans soins pendant des dizaines d'heures et hospitalisé pendant plusieurs mois.
Je suis très sensible à toute cette cruauté et je travail dans ce sens en employant des morceaux de mort ( éclats d'obus)pour les métamorphoser en effigies de vie dans un devoir de mémoire ou nous sommes tous concernés.
Mon site:www.memoire-aux-combattants-14-18.com

dim 29/04/2012 - 08:30 Permalien
Anonyme (non vérifié)

hello, j'aimerais savoir ''quel est le but du photographe ?' ( information, emouvoir, faire rire, denoncer...) c'est pour l'histoire des arts. merci

jeu 06/03/2014 - 14:41 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Le problème est qu'il y a cinq mutilés et quatre noms. En lisant le texte je pense qu'il s'agit de M. JUGON mais où est-il, à gauche ou à droite ?

sam 01/11/2014 - 15:14 Permalien

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