Élisabeth Ire | Histoire et analyse d'images et oeuvres

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Élisabeth Ire

Date de publication : avril 2015

Professeur d'histoire moderne, Université Lyon 2 - Membre de l'équipe Religions, Sociétés et Acculturation

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Contexte historique

Le plus mystérieux des portraits de la Reine Vierge

Le portraitiste américain George Healy a réalisé la copie du célèbre Portrait à l’arc-en-ciel (The Rainbow Portrait). L’œuvre originale est peinte à la toute fin de la vie de la reine Élisabeth, peut-être entre décembre 1602 et mars 1603, mais il n’est pas impossible qu’elle ait été achevée après la mort de la souveraine. Elle est conservée à Hatfield House, la magnifique demeure bâtie au début du XVIIe siècle par Robert Cecil, premier comte de Salisbury, qui fut le secrétaire d’État d’Élisabeth puis de son successeur Jacques Ier.

Cette œuvre a été attribuée à Isaac Oliver, un élève de Nicholas Hilliard, ou plus sûrement à Marcus Gheeraerts le Jeune, un artiste flamand installé en Angleterre. Ce dernier rencontre un grand succès auprès de l’aristocratie dans les années 1590 et les premières années du XVIIe siècle. Il réalise notamment des portraits en pied, ce qui est nouveau en Angleterre à cette époque.

Fille d’Henri VIII et de sa deuxième épouse, Anne Boleyn, Élisabeth parvient au pouvoir en 1558. Elle succède à sa demi-sœur Marie Tudor, qui était catholique. Elle-même est protestante, et le pape n’hésite pas à l’excommunier et proclamer sa destitution en 1570. La reine doit non seulement maîtriser le mécontentement des catholiques, qui se soulèvent dans le Nord du royaume en 1569, mais aussi résister aux Espagnols, qui fomentent des complots contre elle et préparent l’invasion de l’Angleterre en 1588. Elle meurt en mars 1603, sans avoir jamais été mariée.

Le ministre Cecil est probablement le commanditaire de cette œuvre. On a d’ailleurs interprété la représentation d’yeux et d’oreilles sur le costume royal comme une référence à son rôle d’agent au service de la reine dans le domaine du renseignement.

Analyse des images

« Pas d’arc-en-ciel sans soleil »

La reine apparaît dans un costume très élaboré, tenant à la main un arc-en-ciel au-dessus duquel est lisible la devise latine Non sine sole iris, qui signifie « Pas d’arc-en-ciel sans soleil ». Le corps de la robe est brodé de fleurs printanières : roses, pensées, primevères, chèvrefeuille. Le grand col de dentelle compose une sorte d’auréole solaire derrière la flamboyante chevelure rousse frisée de la reine, elle aussi parfaitement solaire. Sur la coiffure incroyablement sophistiquée est posée une couronne faite de perles et de pierreries, surmontée d’un croissant de lune.

Sur la manche gauche est visible un long serpent vert parsemé de pierres précieuses tenant dans sa bouche un rubis et couronné d’une sphère céleste. Des yeux et des oreilles apparaissent sur le fond orange du manteau de soie couvrant l’épaule gauche et le haut des jambes de la reine. Ils pourraient représenter le caractère omniscient de la reine et son intelligence politique, conformément à la description faite par Cesare Ripa de la ragione di Stato (raison d’État) dans son Iconologia (édition de 1603).

Interprétation

La reine de l’Âge d’or

Élisabeth se fait représenter à de très nombreuses reprises au cours de son règne. L’image sert à légitimer sa position à la tête de la monarchie. Sa condition virginale est exaltée, et les nombreuses perles qu’elle porte dans ce portrait, comme le croissant de lune, la proclament. La reine, sage et vertueuse, a su maîtriser ses passions, comme le signalent le serpent, symbole de sagesse et de prudence, et le rubis qu’il tient, symbole du cœur de la souveraine.

Élisabeth apparaît ici comme une femme toujours jeune, qui assure la justice et la prospérité à son royaume. Après les épreuves qu’elle a traversées, l’Angleterre a retrouvé la paix, représentée par l’arc-en-ciel, qui est aussi l’image de l’alliance avec Dieu.

La reine est identifiée à Astrée, fille de Jupiter et de Thémis, déesse de l’Âge d’or, ce temps décrit par Ovide au début de ses Métamorphoses comme un éternel printemps où la terre, toujours fertile, nourrissait sans peine des hommes vertueux et justes. Il est possible que le « programme » de ce portrait soit dû à sir John Davies, qui a publié en 1599 des Hymnes à Astrée. Une grande fête organisée par Cecil en 1602 a d’ailleurs recours au mythe d’Astrée pour flatter la souveraine.

Bibliographie

COTTRET Bernard, La Royauté au féminin : Élisabeth Ire, Paris, Fayard, 2009.ERLER Mary C., « Sir John Davies and the Rainbow Portrait of Queen Elizabeth », Modern Philology, vol. 84, no 4, 1987, p. 359-371.FISCHLIN Daniel, « Political Allegory, Absolutist Ideology, and the “Rainbow Portrait” of Queen Elizabeth I », Renaissance Quarterly, vol. 50, no 1, 1997, p. 175-206.GRAZIANI René, « The “Rainbow Portrait” of Queen Elizabeth and its Religious Symbolism », Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, vol. 35, 1972, p. 247-259.

Pour citer cet article
Nicolas LE ROUX, « Élisabeth Ire », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 13 décembre 2019. URL : http://histoire-image.org/fr/etudes/elisabeth-ire
Commentaires
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Eve - L'Histoire par les femmes le 25/07/2018 à 11:07:41
Merci pour cette analyse d'image très intéressante ! https://histoireparlesfemmes.com/2018/02/15/elisabeth-ire-reine-dangleterre/
Les débauches d’un confesseur, par Léo Taxil et Karl Milo. HODE ( - ) 1884 Bibliothèque de documentation internationale contemporaine / MHC