L’expédition de Madagascar, 1895 | Histoire et analyse d'images et oeuvres

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L’expédition de Madagascar, 1895

Date de publication : décembre 2021

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Contexte historique

Un conquête sous la pression du lobby réunionnais

L’intérêt français pour Madagascar se précise depuis les années 1860. L’enjeu est d’abord commercial car l’île exporte du riz, des peaux, des produits de teinture et beaucoup de bois exotique, et importe de plus de produits manufacturés, notamment textiles. Anglais et Français tentent d’obtenir des reines Ranavalona II (1868-1883) puis Ranavalona III (1883-1896) (1) l’ouverture du royaume Mérina (2) à leurs marchands. A Paris, les députés de la Réunion poussent les gouvernements de la IIIe République à une politique de la canonnière (3) qui aboutit au traité de 1885 par lequel la France « présidait aux relations extérieures » du royaume Mérina. Les Malgaches restent toutefois réticents à la présence des marchands français. L’Assemblée nationale vote en janvier 1894 les crédits d’une expédition qui doit imposer un protectorat effectif. Le commandant Duchesne est chargé de débarquer avec 18 000 hommes et de prendre la capitale Tananarive.

L’illustrateur Louis Tinayre couvre l’expédition pour le Monde illustré. Il appartient à cette nouvelle catégorie de « peintres-reporters » qui accompagne les campagnes coloniales de la IIIe République. Il suit de mai à août 1895 le commandant Duchesne (1837-1918) jusqu’à la veille de la prise d’Andriba en septembre à laquelle il n’assiste pas car l’officier a refusé que les journalistes accompagnent l’armée. Fort toutefois de ses dessins et photographies, il réalise ce tableau à son retour à Paris. Il fait partie d’un ensemble de trois peintures retraçant les moments forts de l’expédition commandées pour le musée de Versailles.

 

Analyse des images

Madagascar conquise par des Africains

A l’arrière-plan, au centre de la toile, se dresse l’imposante crête d’Andriba que tiennent les soldats malgaches, soulignant le défi que les forces françaises doivent affronter. Les officiers coloniaux, qui se distinguent par leur casque blanc, l’observent comme s’ils défiaient un ennemi qui est autant l’armée du royaume mérina que le vaste espace hostile de l’île. Louis Tinayre s’est particulièrement attardé sur les tirailleurs sénégalais aux chéchias rouges et lourdement équipés. Ils forment deux colonnes qui convergent vers le centre du tableau dans une avancée qui paraît aussi inexorable que leur pas est décidé. Sous cette appellation générique, participent à la campagne de Madagascar des Malgaches, des Haoussas recrutés au Niger et également des Réunionnais. Le peintre s’attache à souligner la valeur de ces soldats, marchant pieds nus, sous une chaleur que rendent les teintes pâles des herbes sèches et des rochers.

Interprétation

Donner à voir la conquête coloniale aux Français

Les troupes indigènes ont joué un rôle décisif dans la bataille d’Andriba qui ouvre la voie à la prise de Tananarive. Leur recrutement est nécessaire pour pallier les moyens limités que la métropole consacre à la conquête coloniale et fournit à l’armée coloniale des troupes plus accoutumées aux conditions climatiques. La campagne de Madagascar ne fut pas aussi aisée que le tableau le suggère puisque Duchesne perdit 7000 hommes, succombant pour la plupart à la maladie. Au vu du sacrifice, la reconnaissance d’un protectorat par la reine le 1er octobre ne satisfait pas le gouvernement français qui, unilatéralement, rattache Madagascar au ministère des colonies. Alors que l’opinion publique française s’émeut des pertes élevées au sein du corps expéditionnaire français, le tableau de Louis Tinayre exalte à l’inverse l’épopée française à Madagascar et d’une certain façon la mission civilisatrice dont se réclame la République en mettant en avant les Africains enrôlés par la France. Cette vision à la fois héroïque et exotique s’impose en France et le tableau de la prise d’Andriba a été réutilisé par Louis Tinayre pour l’un des panoramas de 3 mètres sur 5 mètres sur Madagascar qu’il réalise pour l’exposition universelle de Paris de 1900.

Bibliographie

Stephen Ellis, Un complot colonial à Madagascar, Karthala, 1990

Jean Meyer, Jean Tarrade, Anne Rey-Goldzeiguer et Jacques Thobie, Histoire de la France coloniale des origines à 1914, Armand Colin, 2016

Jean-Pierre Rioux (dir.) Dictionnaire de la France coloniale, Flammarion, 2007

Lyne Thornton, Les Africanistes, peintres voyageurs (1860-1960), ACR éditions, 1990

Notes

1- Ranavalona III (1883-1896) : après l'établissement du protectorat français, la reine fut déposée et déportée à Alger. Elle est la dernière reine de Madagascar.

2- Le royaume Mérina : il naît au centre de l'île ; au XVIIe siècle, la capitale est Analamanga, la future Tananarive actuelle Antananarive. La puissance du royaume s'affirme au XVIIIe siècle, son roi traite avec les Anglais et ouvre l'île aux Européens. Anglais et Français sont présents sur l'île. En 1885, la France installe un résident français à Tananarive, instaurant de fait un protectorat sur Madgascar, protectorat reconnu par l'Angleterre en 1890. 

3 - La « politique de la canonnière » consistait à tirer depuis la mer au canon sur les côtes des États qui ne payaient pas leurs dettes financières. Elle a été abolie par la convention Drago-Porter en 1907.

 

Pour citer cet article
Guillaume BOUREL, « L’expédition de Madagascar, 1895 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : http://histoire-image.org/fr/etudes/expedition-madagascar-1895
Commentaires
Fonds historique. René Caillié (1799-1838) : explorateur. Premier occidental à parvenir à Tombouctou, Mali (20 avril 1828)