L'incendie de Rennes

Date de publication : février 2019

Université d'Evry-Val d'Essonne

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Contexte historique

Les stigmates d’une ville meurtrie

Le 23 décembre 1720, en début de soirée, un incendie prend pour cadre la ville de Rennes, chef-lieu d’intendance et siège du parlement de Bretagne. En quelques heures, il se diffuse parmi les rues étroites et sinueuses, à partir des hautes habitations, construites en bois et en torchis, donc hautement inflammables. Six jours durant, la cité est en proie des flammes et les combustibles stockés pour la saison hivernale renforcent la vigueur du feu. Pour y mettre un terme, les habitants sont contraints de démolir des immeubles dont les ruines forment un glacis protecteur.

L’auteur de ce plan n’est pas identifié, mais il travaille rapidement, car celui-ci est daté du 30 décembre 1720, trois jours seulement après la fin du drame. Il s’agit vraisemblablement d’un premier état des lieux commandé par les autorités municipales ou royales auprès d’un architecte. Cette thèse est renforcée par sa conservation dans les archives de Robert de Cotte, avant d’intégrer les fonds de l’Institut de France. En effet, cet architecte de renom est lié aux architectes Mansart et Gabriel qui participent étroitement à la reconstruction de Rennes.

Resté à l’état manuscrit, ce document s’appuie probablement sur un plan antérieur qui sert de base pour le dessin du contour des quartiers, avant d’y ajouter des aplats de couleur et une légende qui évoquent le sinistre : « Ce qui est lavé de rouge marque les églises, principaux édifices et maisons incendiées, ce qui est coloré de jaune marque les maisons qu’on a été obligé de démolir pour conserver le reste de la ville, et ce qui est lavé de noir marque ce qui est conservé. »

Analyse des images

La ville des ruines

L’état des lieux couvre l’ensemble de la ville close et les abords des faubourgs. Le plan permet d’observer l’étude des ravages au sein de la vieille ville. Les principaux édifices sont représentés, plus particulièrement dans la zone incendiée qui s’étend entre la rive droite de la Vilaine et le rempart médiéval, entre le palais du parlement et le chevet de la cathédrale Saint-Pierre. Le foyer est un atelier de menuiserie rue Tristin, à proximité de la place de la grande pompe dont la fontaine ne suffit pas à éteindre le fléau. Parmi les bâtiments détruits on compte les églises Saint-Sauveur et Saint-James, la Tour du Gros horloge, les halles, le présidial, l’hôtel d’Argentré et l’hôtel des monnaies.

Au total, près de la moitié de la ville est réduite en cendres, dans une zone densément urbanisée et peuplée. Si le bilan humain, jamais officialisé, fait état d’une dizaine de morts, 8 000 habitants sont également déracinés, au cœur d’un paysage apocalyptique. Sur les deux rives de la Vilaine, les bâtiments préservés sont immédiatement réquisitionnés pour accueillir les populations, comme le palais du parlement et les différents couvents. En complément, plusieurs gravures décrivent ce triste spectacle, ainsi qu’un état matériel achevé à la fin de l’hiver : 32 rues sont endommagées avec 945 bâtiments détruits. La reconstruction et les dépenses s’annoncent colossales !

Interprétation

Reconstruire la cité

Comme les autres représentations des incendies au cours de la période moderne (cf. L’incendie de l’opéra du Palais-Royal par Hubert Robert), ce plan rappelle que le territoire urbain est profondément dangereux, avec des moyens de lutte peu développés et des outils de prévention embryonnaires. S’il ne constitue pas un cas isolé, l’incendie de la ville de Rennes marque les esprits par l’étendue des dégâts matériels et ses conséquences sociales.

Immédiatement après le sinistre et les premières mesures d’assistance publique, des projets de reconstruction se succèdent. Le plan de la cité blessée cède la place aux plans directeurs d’une ville régénérée. Dans un contexte où l’urbanisme des Lumières insiste sur l’identité de la ville et la beauté qu’elle renvoie, ces projets dépassent le cadre de la zone détruite. L’enjeu est de remodeler en profondeur le site, à travers des aménagements qui combinent le beau et l’utile.

Un premier projet de réaménagement est dressé par Isaac Robelin, directeur des fortifications de la Bretagne, mais son envergure et son coût engendrent un changement de stratégie. Le pouvoir royal intervient directement et diligente Jacques Gabriel, alors qu’il s’agit de la capitale d’un pays d’États, bénéficiant théoriquement d’une autonomie administrative. Gabriel reprend partiellement le projet Robelin, élabore un plan en damier et multiplie les places, afin d’aérer le cadre de vie, inaugurant deux décennies de travaux. En complément, un règlement d’urbanisme prescrit des règles de construction et d’entretien des bâtiments, afin de réduire les risques. Plus largement, l’action de l’architecte et ingénieur du roi souligne l’interventionnisme du roi qui attend contrôler les aménagements d’une ville provinciale dont l’autonomie décisionnelle est devenu un leurre.

Bibliographie

Jean DELUMEAU et Yves LEQUIN (dir.), Les Malheurs du temps. Histoire des fléaux et des calamités en France, Paris, Larousse, 1987.

Catherine DENYS, « Ce que la lutte contre l’incendie nous apprend de la police urbaine au XVIIIe siècle. », in Orages, Littérature et culture (1760-1830), Association Orages, 2011, p. 17-36.

Jean-Louis HAROUEL, L’embellissement des villes : l’urbanisme français au XVIIIe siècle, Paris, Picard, 1993.

Claude NIÈRES, La reconstruction d’une ville au XVIIIe siècle : rennes 1720-1760, Paris, Klincksieck, 1972.

Michel VERNUS, L’incendie, histoire d’un fléau et des hommes du feu, Yens-sur-Morges, Cabédita, 2006.

François VION-DELPHIN et François LASSUS, Les hommes et le feu de l’Antiquité à nos jours : Du feu mythique et bienfaiteur au feu dévastateur, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2007.

Pour citer cet article
Stéphane BLOND, « L'incendie de Rennes », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 avril 2019. URL : http://histoire-image.org/fr/etudes/incendie-rennes
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