Bénédiction des blés en Artois.

Bénédiction des blés en Artois.

Procession à Penmar'ch.

Procession à Penmar'ch.

Bénédiction des blés en Artois.

Bénédiction des blés en Artois.

Auteur : BRETON Jules

Lieu de conservation : musée des Beaux-Arts (Arras)
site web

Date de création : 1857

Date représentée :

H. : 130

L. : 320

peinture à l'huile sur toile

© Musée des Beaux-Arts d'Arras - Photo Claude Thériez

Cultes et coutumes religieuses dans la France rurale du XIXe siècle

Date de publication : Juin 2006

Auteur : Ivan JABLONKA

Cultes et coutumes religieuses dans la France rurale du XIXe siècle

Cultes et coutumes religieuses dans la France rurale du XIXe siècle

Alors que le XIXe siècle est souvent décrit comme un siècle de déchristianisation, due au déracinement que provoquent exode rural et urbanisation, à l’absence de repos dominical et au conservatisme des ecclésiastiques, on doit constater non seulement le maintien du fait religieux, mais la vivacité de certaines pratiques populaires.

Dans les campagnes, le catholicisme et le culte des saints sont souvent associés aux rites agraires. Ainsi, la bénédiction des semailles et les prières pour la pluie ou pour les récoltes visent à capter la bienveillance de Dieu (ou des forces surnaturelles) pour assurer la fécondité du sol. Les processions, interrompues pendant la Révolution et redécouvertes au XIXe siècle, servent plus généralement à sacraliser un espace en dehors de l’église : ainsi les processions des rogations, de la Vierge, de la Fête-Dieu, des saints locaux, etc. Toutes ces pratiques d’un catholicisme populaire ressortissent à ce que l’historien Philippe Boutry appelle la « culture magique des campagnes ».

À près de cinquante ans d’intervalle, la Bénédiction des blés en Artois de Jules Breton et La Procession à Penmarck de Lucien Simon offrent un exemple de ces cérémonies spectaculaires – expressions spatiales de la religion – qui impliquent à la fois le peuple et le clergé.

Le tableau de Breton met en scène des clercs et des jeunes laïcs parcourant les champs sous les yeux de villageois agenouillés. Les premières communiantes, en aubes blanches, précèdent les membres du clergé, vêtus de noir. La pompe de la procession est manifeste : on distingue les effigies d’un saint (ou de la Vierge), les ostensoirs, les cierges et un dais rouge. La perspective latérale du tableau permet à Breton de souligner la longueur de la procession qui sillonne cette riche plaine agricole. Dans le pays d’Artois, le rayonnement d’une paroisse est souvent lié à la présence d’un sanctuaire avec des reliques. Ainsi, « au “pays des pèlerinages”, les pasteurs des années 1860 s’adonnent à une véritable quête des vestiges sacrés pour leurs églises » (Y.-M. Hilaire, La Vie religieuse des populations du diocèse d’Arras, 1840-1914, thèse, Paris IV, 2 vol., 1976, p. 924).

Avec un naturalisme plus accentué, qui ne craint pas de montrer les visages avec leurs défauts et leurs rougeurs, Simon Lucien représente le flot humain d’une procession bretonne, qu’ouvrent le prêtre en blanc et la Sainte Croix. L’espace de la toile est entièrement occupé par les fidèles, comme si étaient présents ici tous les catholiques de Bretagne, cette « zone fort pratiquante, sinon unanimement fervente ».

L’ampleur des processions dans le Nord et en Bretagne, deux régions très catholiques (et réfractaires à la Constitution civile du clergé pendant la Révolution), ne saurait surprendre. Mais, à travers toute la France, on note au XIXe siècle un fort attachement des populations aux pratiques du catholicisme populaire. Celui-ci s’efforce de répondre aux soucis quotidiens des paysans ; « le clergé, proche de l’âme paysanne, fait une large part dans ses prières à cette quête de la fertilité qui hante l’esprit des hommes de la terre » (Y.-M. Hilaire, La Vie religieuse des populations du diocèse d’Arras, 1840-1914, thèse, Paris IV, 2 vol., 1976, p. 116). Pour cette raison, au milieu du siècle, les populations refusent la suppression officielle des fêtes secondaires.

En même temps, les processions, fondées sur l’idée préchrétienne qu’il faut se concilier les puissances surnaturelles, peuvent apparaître comme une forme de superstition. Les manifestations de ce « christianisme cosmique » gênent parfois la hiérarchie : dans la seconde moitié du siècle, elles paraissent « bien peu chrétiennes » à l’évêque d’Arras.

Par ailleurs, depuis le Concordat de 1801, elles sont rangées dans la catégorie des « manifestations extérieures du culte sur la voie publique », si bien qu’elles sont du ressort de la police municipale. Elles se déroulent normalement, mais on note l’interdiction de certaines processions en Bretagne, comme à Nantes dans les années 1890. Pourtant, le succès de ces coutumes agraro-religieuses vient nuancer l’idée d’une déchristianisation générale en France.

ASSOCIATION BUHEZ, Les Bretons et Dieu, Éditions Ouest France, 1985.

Gérard CHOLVY, Yves-Marie HILAIRE, Histoire religieuse de la France contemporaine, t. 2, 1880-1930, Privat, 1985.

Yves-Marie HILAIRE, Une chrétienté au XIXe siècle. La vie religieuse des populations du diocèse d’Arras (1840-1914), 2 vol., Lille, PUL, 1977.

Michel LAGRÉE, Mentalités, religion et histoire en Haute-Bretagne au XIXe siècle. Le diocèse de Rennes, 1815-1848, Paris, Klincksieck, 1977.

Jacques LE GOFF, René REMOND (dir.), Histoire de la France religieuse, t. 3, Philippe JOUTARD, Du roi Très Chrétien à la laïcité républicaine, XVIIIe-XIXe siècle, Paris, Le Seuil, 1991.

Ivan JABLONKA, « Cultes et coutumes religieuses dans la France rurale du XIXe siècle », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 18/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/cultes-coutumes-religieuses-france-rurale-xixe-siecle

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