Mariage de Louis de France, duc de Bourgogne et de Marie-Adélaïde de Savoie | Histoire et analyse d'images et oeuvres

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Mariage de Louis de France, duc de Bourgogne et de Marie-Adélaïde de Savoie

Date de publication : février 2020

Université d'Evry-Val d'Essonne

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Contexte historique

Le mariage du « Petit Dauphin »

Né à Versailles le 6 août 1682, quelques semaines seulement après l’installation de la Cour, Louis de France est le petit-fils de Louis XIV. Duc de Bourgogne, il est en seconde position sur la liste des héritiers présomptifs de la couronne, d’où la nécessité de l’unir à une prétendante qui satisfait aux intérêts de la France. Cette toile représente son mariage avec la jeune princesse de Savoie, le 7 décembre 1697. Le sujet est commandé officiellement par Louis XIV, pour une série de tapisseries réalisées par la manufacture royale des Gobelins et intitulée L’histoire du roi.

Le mariage du « Petit Dauphin » apparaît sur un premier tableau réalisé par Antoine Dieu dès 1710-1711. Autrefois attribuée au peintre Nicolas de Largillière, cette petite toile au style imprécis et inachevé constitue probablement une étude préalable pour valider la composition générale de l’œuvre. La seconde version, présentée ici, est achevée en 1715. Elle figure les personnages en pied, avec une taille proche de la réalité. Un tel format s’explique par le fait que le tableau doit servir de carton avant la réalisation de la tapisserie. Élève de Charles Le Brun et premier prix de Rome en 1686, Antoine Dieu s’éloigne de ses sujets de prédilection composés de scènes bibliques. Dans la même série, jamais tissée, il réalise une Naissance de Louis de France, duc de Bourgogne, exécutée dans un format similaire au premier. Les deux toiles intègrent la collection de Louis XV et sont conservées depuis l’origine à Versailles.

Analyse des images

Des noces royales

La bénédiction nuptiale se déroule dans la chapelle du château de Versailles, inaugurée en 1682 à l’emplacement de l’actuel salon d’Hercule qui est construit après la consécration de la nouvelle chapelle palatiale en 1710. La toile représente les trois arcades formant la nef, le sanctuaire et le tabernacle. L’office religieux est assuré par l’évêque d’Orléans Cambout de Coislin (1636-1706), premier aumônier du roi, fraîchement créé cardinal.

Peu avant midi, les futurs époux se dirigent vers la chapelle. L’acte de mariage contenu dans le registre de la paroisse Notre-Dame évoque d’abord des fiançailles, immédiatement suivies par des prières à genoux suggérées par le coussin posé au sol. L’échange des consentements se fait sous le regard du souverain et d’une vingtaine d’invités qui tournent leur regard vers le spectateur ou vers les mains des époux. La famille royale est regroupé derriere le roi : on reconnait :  « Monseigneur » le Grand Dauphin, fils de Louis XIV, « Monsieur » Philippe de France, duc d'Orléans (1640-1701), « Madame » Henriette d'Angleterre (1644-1670), frère et belle-sœur de Louis XIV, le duc de Chartres, Philippe d'Orléans (1674-1723) et le prince de Condé Henri-Jules de Condé (1643-1709). Le duc d’Anjou, Philippe de France (1683-1746) (futur Philippe V, roi d'Espagne) et le duc de Berry, Charles de France (1686-1714), frères du duc de Bourgogne, se tiennent derrière leur aîné.

Louis XIV a quitté son prie-Dieu pour s’avancer au pied de la tribune. Âgé de plus de soixante-dix ans, il affiche un bel embonpoint. Il est aux premières loges, car le mariage des princes et princesses de sang ne peut se faire sans son accord. La jeune mariée tient un éventail dans sa main gauche, avec une robe à fine dentelle et un long manteau de velours bleu rehaussé de fleurs de lys dorées. Le marquis de Dangeau et le comte de Tessé sont chargés de soutenir son bas de robe. Tous les protagonistes revêtent des costumes colorés et somptueux, comme le confirme le duc de Saint-Simon qui assista à l’événement : « Ce fut à qui se surpasserait en richesse et en invention ; l’or et l’argent suffirent à peine ; les boutiques des marchands se vidèrent en très peu de jours : en un mot, le luxe le plus effréné domina la cour et la ville, car la fête eut une grande foule de spectateurs. »

Interprétation

L’alliance de la France et de la Savoie

À travers ces noces princières, le peintre célèbre la réconciliation entre le royaume de France et le duché de Savoie. Ce mariage trouve ses origines dans la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697). Face aux agressions répétées de Louis XIV, ses voisins européens forment une alliance défensive en 1686. Menacée par la France, la Savoie y adhère en 1690, avec l’ouverture d’un nouveau front du côté des Alpes. L’année suivante, le duc Victor-Amédée II de Savoie envahit le Dauphiné. En 1695, il redoute désormais la maimise de l’empereur Léopold Ier sur le nord de l’Italie, fait volte-face et engage des négociations avec la France. Celles-ci aboutissent à un traité secret signé à Turin, officialisé le 29 août 1696. Parmi les dispositions de cette paix, il y a le projet d’union entre Marie-Adélaïde de Savoie et le duc de Bourgogne, symbole du lien retrouvé entre les deux maisons.

Fille aînée de Victor-Amédée II (1666-1732) et d’Anne-Marie d’Orléans (1669-1728), la nièce de Louis XIV, la jeune princesse savoyarde est née le 6 décembre 1685, trois ans après son futur époux. Elle arrive à Versailles le 8 novembre 1696 et la duchesse du Lude devient sa dame d’honneur. Il faut attendre l’âge légal de 12 ans pour que le mariage soit célébré, avec en plus une dispense de consanguinité et une dispense du temps de l’Avent. Dans son journal, le marquis de Dangeau évoque la suite des festivités : « Après la messe il y eut un grand festin de la maison royale dans la salle de la duchesse de Bourgogne ; la table était en fer à cheval […] et à huit heures on revint dans le salon au bout de la galerie, du côté de l’appartement de madame la duchesse de Bourgogne, d’où l’on vit un magnifique feu d’artifice qui était au bout de la pièce des Suisses. » Des bals et un opéra se succèdent jusqu’à Noël. Cet événement public est représenté sur plusieurs gravures, notamment dans l’Almanach royal. Devenue dauphine de France en 1711, la princesse meurt d’une épidémie de rougeole le 12 février 1712, six jours avant son époux. Ils laissent deux fils à la France, dont le futur Louis XV.

Bibliographie

Lucien BÉLY, Les relations internationales en Europe, XVIIe-XVIIIe siècles, Paris, PUF, 2001.

Lucien BÉLY, La Savoie entre Bourbons et Habsbourg, La Savoie dans l’Europe, Actes du XXXVIIIe congrès des sociétés savantes de Savoie, Moûtiers-Tarentaine, 2002, p. 225-236.

Lucien BÉLY, L’art de la paix en Europe : Naissance de la diplomatie moderne XVIe-XVIIIe siècle, Paris, PUF, 2015.

Roger DEVOS, Bernard GROSPERRIN, Histoire de la Savoie : La Savoie de la Réforme à la Révolution française, Rennes, Ouest France, 1985.

Alexandre MARAL, L’étonnante destinée d’un édifice provisoire : la chapelle royale de Versailles entre 1682 et 1710, Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles, 2011 [En ligne].

Pour citer cet article
Stéphane BLOND, « Mariage de Louis de France, duc de Bourgogne et de Marie-Adélaïde de Savoie », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 septembre 2020. URL : http://histoire-image.org/fr/etudes/mariage-louis-france-duc-bourgogne-marie-adelaide-savoie
Glossaire
  • Dauphin : A partir de 1349, le fils aîné du roi de France, héritier du trône de France, porte le titre de Dauphin. L'épouse du Dauphin est appelée la Dauphine. Par extension, on appelle "dauphin", l'héritier ou le successeur d'une personne
  • Ligue d'Augsbourg : Guerre et conflit qui oppose la France à une coalition européenne de 1688 à 1697. Pour Louis XIV, il s'agit de continuer une politique d'annexions de territoire
  • consanguinité : Relation de parenté entre descendants d'un ancêtre proche commun
  • Carton : Grand dessin qui sert de modèle pour la réalisation d'œuvres d’envergure : peintures, vitraux et tapisseries.
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