La tache noire.

La tache noire.

Date de création : 1887

Date représentée :

Huile sur toile.

© DHM/Berlin

L'annexion de l'Alsace et de la Lorraine

Date de publication : Septembre 2008

Auteur : François ROBICHON

Le traité de Francfort (10 mai 1871) entérine l’annexion de fait de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine comprenant la ville de Metz. En 1872, les habitants ayant opté pour la France vont s’installer en Lorraine française, notamment à Nancy, à Paris ou en Algérie. La nouvelle frontière franco-allemande s’impose. Symbolisée par un simple poteau, elle se franchit aisément, mais elle est, au fond des cœurs, inacceptable. La naissance du mythe d’une Lorraine unie découle de la perception des événements de la guerre et de l’occupation. Jeanne d’Arc devient à la fois le symbole de la Lorraine occupée et de l’esprit de revanche.
Albert Bettanier, né à Metz en 1851, opte pour la nationalité française en 1872. Il intègre l’atelier d’Isidore Pils, bon peintre militaire, et poursuit sa formation à l’École des beaux-arts de Paris avec l’aide de l’Œuvre de l’instruction d’Alsace-Lorraine. N’ayant pas perdu contact avec la Lorraine, Bettanier débute sa carrière de peintre au Salon de 1881 et présente jusqu’en 1890 une série de tableaux faisant référence explicitement à l’annexion, dont La Tache noire au Salon de mai 1887. Puis il abandonne cette carrière pour celle de peintre verrier, qui lui vaut la Légion d’honneur en 1908. Lorsque les rapports avec l’Allemagne se tendent après 1905, Bettanier reprend le thème de l’annexion au Salon avec quelques tableaux marquants : La Conquête de la Lorraine en 1910 ou encore Oiseaux de France en 1912.

Dans une salle de classe située vraisemblablement à Paris compte tenu de la carte accrochée au mur du fond, un instituteur montre avec sa règle les « provinces perdues » sur une carte de France à un élève en uniforme de bataillon scolaire, formation organisée par Paul Bert (1833-1886), ministre de l’Instruction publique en 1881, qui permet aux élèves de s’exercer à la marche, au tir et au maniement des armes. D’abord mis en place à Paris, les bataillons scolaires seront généralisés à toute la France par un décret du 6 juillet 1882 (article premier : « Tout établissement public d’instruction primaire ou secondaire ou toute réunion d’écoles publiques comptant de deux cents à six cents élèves âgés de douze ans et au dessus pourra, sous le nom de bataillons scolaires, rassembler ses élèves pour des exercices gymnastiques et militaires pendant la durée de leur séjour dans les établissements d’instruction. »
Le culte de la patrie est entré à l’école et les instituteurs ont pour ambition de faire de leurs élèves des patriotes sincères :

Pour la Patrie un enfant doit s’instruire
Et dans l’École, apprendre à travailler.
L’heure a sonné, marchons au pas,
Jeunes enfants, soyons soldats.
(L’École maternelle, 1er mai 1882)

On distingue dans le fond de la classe un râtelier de fusils et, derrière le bureau du maître, un tambour. Cette ambiance martiale est renforcée par la présence de l’élève habillé en blanc qui porte la croix de la Légion d’honneur, ce qui laisse supposer qu’il fut un héros.

En pleine fièvre boulangiste, Bettanier célèbre ce « hussard noir de la République », l’instituteur qui, sur une carte de France, montre à la classe cette partie de la France perdue que certains rêvent alors de reconquérir. Le général Boulanger, nouveau ministre de la Guerre nommé en janvier 1886, apparaît comme le vengeur des humiliations de 1870. Il est soutenu par Paul Déroulède, poète et président de la Ligue des patriotes. Boulanger se distinguera, en avril 1887, lors de l’affaire Schnaebelé qui lui vaudra le surnom de « général Revanche ». Si le tableau de Bettanier fait sensation lors de son exposition au Salon en mai 1887 et connaît une large diffusion, c’est pour le sentiment patriotique qui l’a inspiré plus que pour ses qualités d’exécution. En France, l’idée de revanche va progressivement s’estomper à partir de 1890 avec la normalisation des relations franco-allemandes, l’expansion coloniale française et l’autonomie politique accordée à la population du « Reichsland Elsass-Lothringen ». Après la guerre, Bettanier est accueilli et célébré par l’Académie de Metz, mais c’est à Paris qu’il meurt en 1932.

La guerre de 1870/71 et ses conséquences, Actes du XXe colloque historique franco-allemand, 1984 et 1985, Bonn, 1990. 

François ROBICHON, « L'annexion de l'Alsace et de la Lorraine », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 10/12/2022. URL : histoire-image.org/etudes/annexion-alsace-lorraine

Anonyme (non vérifié)

Bonjour.

Robichon attribue la Légion d'honneur à l'enfant au premier rang. Ne serait-ce pas plus le "Mérite scolaire", fait justement pour copier la forme de la légion d'honneur, dont il est douteux qu'un enfant puisse l'obtenir ?

Merci de m'apporter vos précisions si possible.

Cordialement,
Hervé

lun 21/09/2020 - 15:49 Permalien

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Moine au bord de la mer - Friedrich

Retour à la nature

« Celui qui créa terre et ciel est tout autour de moi » (Friedrich)

Le rêve d’un « retour à la nature », présent dès le XVIIIe siècle…

Retour à la nature
Retour à la nature
Retour à la nature
Retour à la nature

Un titre de baron sous l'Empire

La récompense d’un « brave »

Napoléon devenu empereur réintroduit progressivement les titres et les codifie par deux statuts du 1er mars 1808.…

Un titre de baron sous l'Empire
Un titre de baron sous l'Empire
Un titre de baron sous l'Empire
Un titre de baron sous l'Empire

Les « Malgré-eux » dans l’armée allemande

Depuis la signature de l’armistice, le 22 juin 1940, la France vaincue est en partie occupée, mais le régime de l’Occupation varie d’un territoire…

Les « Malgré-eux » dans l’armée allemande
Les « Malgré-eux » dans l’armée allemande

Déportation de prisonniers civils pendant la première guerre mondiale : le camp de Holzminden

A Holzminden, déportation de civils des territoires occupés

A leur arrivée en Alsace en 1914, les troupes françaises ont emmené les…
Déportation de prisonniers civils pendant la première guerre mondiale : le camp de Holzminden
Déportation de prisonniers civils pendant la première guerre mondiale : le camp de Holzminden
Déportation de prisonniers civils pendant la première guerre mondiale : le camp de Holzminden

Le corps des morts

Les eaux-fortes présentées ici appartiennent à un cycle de gravures intitulé « La Guerre » et réalisé par Otto Dix en 1924. Il s’agit de cinq…

Le corps des morts
Le corps des morts
Le corps des morts

Soldats soviétiques après la bataille de Berlin

Berlin aux mains des Soviétiques

L’avance des Soviétiques s’est accélérée dès le début de 1945, grâce au déclenchement d’une offensive massive qui…

Soldats soviétiques après la bataille de Berlin
Soldats soviétiques après la bataille de Berlin
Soldats soviétiques après la bataille de Berlin

Hygiénisme et urbanisme : le nouveau centre de Villeurbanne

Au cours du XIXe siècle, les conditions de vie misérables réservées aux ouvriers dans les viilles et les préoccupations des hygiénistes ont…

La force d’un mythe : les « atrocités allemandes »

La guerre des artistes et des éditeurs

La production iconographique explose lors de la Grande Guerre : le public, abreuvé de photographies et de…

La force d’un mythe : les « atrocités allemandes »
La force d’un mythe : les « atrocités allemandes »
La force d’un mythe : les « atrocités allemandes »
La force d’un mythe : les « atrocités allemandes »

Les emprunts nationaux pendant la guerre de 1914-1918

Mobilisation pécuniaire de l’arrière

Durant la Première Guerre mondiale, l’épargne française est mise à contribution par le biais d’emprunts…

Les emprunts nationaux pendant la guerre de 1914-1918
Les emprunts nationaux pendant la guerre de 1914-1918

Le royaume de Westphalie

Un État modèle au cœur de l’Allemagne

À Tilsitt, en 1807, Napoléon et Alexandre Ier de Russie signent un traité qui entérine une nouvelle carte…

Le royaume de Westphalie
Le royaume de Westphalie