Sortie des ouvrières de la maison Paquin, rue de la Paix.

Sortie des ouvrières de la maison Paquin, rue de la Paix.

Atelier de couture de chez Drecoll.

Atelier de couture de chez Drecoll.

Sortie des ouvrières de la maison Paquin, rue de la Paix.

Sortie des ouvrières de la maison Paquin, rue de la Paix.

Date de création : 1906

Date représentée : 1906

H. : 42

L. : 55

Huile sur bois.

© Photo RMN - Grand Palais - Bulloz

http://www.photo.rmn.fr

00-010709 / P1662

L'atelier de couture

Date de publication : Septembre 2007

Auteur : Julien NEUTRES

C’est sous le règne de l’impératrice Eugénie que naît le concept de haute couture, avec un nouveau protagoniste : le grand couturier. Jusqu’alors, les couturiers étaient des personnes de condition modeste – des femmes, en général –, qui se déplaçaient pour aller travailler chez leurs clients. Une innovation importante apparaît avec l’apparition des hommes dans l’industrie de la mode. Bien que d’origine anglaise, Charles Frédéric Worth devient en dix ans le grand initiateur des modes parisiennes et transforme entièrement l’image du couturier. Véritable père de la haute couture, il invente les défilés, les femmes mannequins, il stimule la fabrication de tissus et d’ornements qui personnalisent une toilette. Worth a ainsi promu le couturier au rang d’artiste à part entière. Pour Mallarmé, Worth est « l’ordonnateur de la fête sublime et quotidienne de Paris, de Vienne, de Londres ou de Pétersbourg ».

Les couturières indépendantes ont pourtant encore de beaux jours devant elles et deviennent innombrables. Mais leur carrière est menacée d’un autre côté par l’industrie de la confection, qui transforme toutes les habitudes. Le besoin de paraître rejoint les nécessités vitales de la classe artisanale. Les femmes qui tiennent commerce de mode de luxe gagnent leur vie en encourageant les caprices vestimentaires coûteux et les changements de style fréquents. Mais en même temps, elles sont nombreuses à coudre pour un salaire de misère, tandis que la créativité investie dans la haute couture renforce une stratification esthétique de classe.

Les deux œuvres mettent en scène deux célèbres ateliers de la Belle Époque, dirigés par les couturiers Paquin et Drecoll.

Beaucoup de peintres impressionnistes fuient Paris et sa turbulence pour la campagne. Pour sa part, Jean Béraud s’emploie à capter la vitalité de la vie urbaine comme dans cette Sortie des ouvrières de la maison Paquin, rue de la Paix. Au fond, la place Vendôme confirme le prestige de l’établissement. De droite à gauche, le peintre croque sur le vif différentes scènes qui animent la rue : certaines femmes s’attardent sur le trottoir pour se dire au revoir ou attendre leur amant, d’autres s’éparpillent sur la chaussée. Pour la plupart, les ouvrières sont habillées selon la même mode et portent en quelque sorte le même uniforme. La silhouette en S continue d’être la règle, mais la ligne de l’époque se veut fluide. Sur l’arrière, la jupe s’allonge d’une courte traîne. La finesse de la taille met les hanches en valeur, le buste reste cambré, et la poitrine est remontée pour pigeonner tout en s’aplatissant dans cette recherche de fluidité. Les corsages montent très haut sur le cou que cache parfois un boa de plumes. Toutes portent chapeau et sac à main. Les détails et les couleurs de ces tenues sophistiquées diffèrent toutefois de l’une à l’autre. Ces ouvrières sont bien dignes de la prestigieuse maison pour laquelle elles travaillent.

Dans son tableau Atelier de couture de chez Drecoll, Louis Édouard Brindeau de Jarny a quant à lui choisi de montrer des couturières absorbées dans leur travail plutôt qu’offertes au regard. Et ces femmes ne sont pas les petites-bourgeoises employées par la maison Paquin, mais des ouvrières en tablier. Le peintre réussit à fixer dans le même cadre différentes étapes du travail. Une maison de couture, c’est d’abord une hiérarchie de tâches et une discipline de corps de ballet : en bas de l’échelle, des « arpettes » (apprenties) placent les épingles. Puis interviennent les premières mains qualifiées, les deuxièmes mains, les essayeuses, les premières et les deuxièmes vendeuses… Enfin, à côté du créateur phare, la directrice, qui a autorité sur toute la ruche.

D’un côté des « ouvrières » qui n’en ont pas l’air ; de l’autre, des « ouvrières » dont on ne dit pas le nom.

Si la couture est synonyme de travail féminin au XVIIIe siècle, c’est encore vrai au XIXe siècle. Sa prédominance parmi les métiers exercés par les femmes est importante. La couture se développe en même temps que l’industrie de la confection, de la chaussure et du cuir, apportant une situation stable à certaines femmes et une ultime ressource à d’autres. Le commerce des vêtements procure des emplois à différents niveaux d’aptitude et de salaire, bien que la plupart d’entre eux aient été irréguliers et mal payés.

Les travaux d’aiguille passent pour une activité convenant aux femmes de tous âges et de toutes classes ; ils permettent de réconcilier la destinée domestique avec la fierté du travail et le désir d’expression de soi. Beaucoup plus associée au sexe qu’au milieu social, la couture donne ainsi une image du travail des femmes qui évite toute controverse sur les différences sociales et économiques comme sur le travail industriel, privilégiant un modèle consensuel.

Beaucoup de villes du XXe siècle, et aujourd’hui encore, sont des centres de sous-traitance où les femmes sont payées aux pièces dans l’industrie de la confection comme au XVIIIe siècle dans le travail à domicile et au XIXe siècle dans les ateliers. Dans le secteur de l’habillement, la continuité, et non le changement, caractérise le lieu et la structure du travail des femmes. Les métiers du vêtement donnent ainsi un exemple frappant de persistance des pratiques.

Geneviève FRAISSE et Michelle PERROT (dir.), Histoire des femmes en Occident, tome IV, « Le XIXe siècle », Paris, Plon, 1991.François-Marie GRAU, Histoire du costume, Paris, P.U.F., 1999.James LAVER, Histoire de la mode et du costume, Paris, Thames & Hudson, 2003.Georges VIGARELLO, Histoire de la beauté, Paris, Le Seuil, 2004.

Julien NEUTRES, « L'atelier de couture », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 01/10/2022. URL : histoire-image.org/etudes/atelier-couture

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Thomas Couture et la décadence

L’allégorie, une grande tradition picturale

Formé dans l’atelier d’Antoine Gros et de Paul Delaroche, Thomas Couture se révèle rapidement un…

Le Monde renversé - Hurez

Le monde renversé

La technique consistant à inverser les rapports entre deux termes du monde réel (êtres humains, animaux, corps célestes...), afin de produire une…

Le monde renversé
Le monde renversé
Le monde renversé

Les « tondues » de la Libération

Une démonstration publique

On estime que 20 000 à 40 000 femmes accusées à tort ou à raison de collaboration avec l’occupant allemand auraient…

La Rentrée des ouvrières - Steinlen

Femmes au travail

Dès qu’il arrive à Paris, en 1881, Steinlen, Vaudois de naissance, se rapproche des milieux ouvriers anarchistes dont il accepte d’illustrer…

Femmes au travail
Femmes au travail
Femmes au travail
Femmes au travail
La salle de bain gothique

La toilette, un moment d’intimité féminine

La « salle de bain » et sa représentation au XIXe siècle

Au cours du XIXe siècle, l’hygiène devient peu à peu un réel objet…

La toilette, un moment d’intimité féminine
La toilette, un moment d’intimité féminine

Marie Curie et la presse

Marie Curie, femme de science

Marya Sklodowska est née à Varsovie, en 1867, en Pologne alors partie intégrante de l’Empire russe et décède en…

Marie Curie et la presse
Marie Curie et la presse

La femme bourgeoise chez Degas

Au milieu du XIXe siècle, la bourgeoisie contribue largement à faire triompher l’individu, la famille et la vie privée. Le discours public, tant…

La femme bourgeoise chez Degas
La femme bourgeoise chez Degas
La femme bourgeoise chez Degas
La femme bourgeoise chez Degas

Les femmes, la guerre et la paix

Un pacifisme né de la Grande Guerre

Les syndicats européens, anticapitalistes, se positionnent à l’écart de l’Internationale où règnent les…

Les femmes, la guerre et la paix
Les femmes, la guerre et la paix

Le féminisme réformiste en France

Le combat des femmes françaises pour l’égalité

Depuis le dernier tiers du XIXe siècle, les féministes françaises revendiquent l’égalité…

Le féminisme réformiste en France
Le féminisme réformiste en France
Le féminisme réformiste en France

Femmes à l'usine

Dans le second XIXe siècle, avec la généralisation des machines qui exécutent elles-mêmes les travaux de force, le travail féminin s'…
Femmes à l'usine
Femmes à l'usine