Atelier de l'école de rééducation professionnelle du Grand Palais, à Paris

Atelier de l'école de rééducation professionnelle du Grand Palais, à Paris

Auteur : ANONYME

Lieu de conservation : musée de l’Armée (Paris)
site web

Date de création : 1918

Date représentée : 1918

H. : 17,3 cm

L. : 12,3 cm

épreuve au gélatino-bromure d'argent sur papier. Inscription : « GC. 1918 »

© Paris - musée de l'Armée, dist. RMN - Grand Palais / Pascal Segrette

lien vers l'image

06-506056 / 14982.28

Invalides de guerre et centres de rééducation

Date de publication : Novembre 2008

Auteur : Claire LE THOMAS

Des blessés par milliers

La Première Guerre mondiale est particulièrement violente. Face à la puissance de frappe accrue des armées en présence, les troupes subissent des pertes considérables. Non seulement le nombre de morts est démultiplié, mais la quantité de blessés s’accroît et les types de blessures s’aggravent. Les infirmes de guerre font l’objet de soins particuliers : des centres spéciaux sont créés à leur intention. Dans ces établissements, les médecins expérimentent de nouveaux traitements tels la physiothérapie, l’hydrothérapie ou la radiothérapie et, en collaboration avec des ingénieurs, mettent au point de nouvelles prothèses. Certains de ces instituts ont également pour vocation de rééduquer professionnellement les soldats invalides de guerre afin qu’ils puissent exercer un métier lors de leur retour à la vie civile. Converti en hôpital militaire à l’instar de nombreux bâtiments publics, le Grand Palais accueille une initiative de ce genre comme en témoigne cette photographie prise dans l’atelier de l’école de rééducation.

Une image apologétique

Tout dans cette image est conçu pour valoriser et redonner une dignité au mutilé de guerre : il est présenté comme un individu actif, un travailleur toujours capable de s’assumer seul et de participer à la vie sociale, comme en témoigne le choix de le montrer en plein travail, concentré sur son ouvrage. Afin de bien le mettre en valeur, le photographe a opté pour une prise de vue en légère contre-plongée et un cadrage resserré ; l’homme est ainsi magnifié, individualisé à la manière d’un portrait, bien qu’il ne regarde pas l’objectif. Sa pose est également significative : un peu de trois quarts, seul son bras mutilé est visible. L’arrière-plan flou et l’établi au premier plan contribuent à focaliser l’attention du spectateur sur l’ouvrier et sur la pièce à laquelle il travaille. Sa prothèse et l’objet qu’il tient partagent ainsi le centre de la photographie, et leurs reflets métalliques, d’un blanc éclatant, se détachent du reste de la photographie du fait du contraste accentué du tirage. La lampe située au-dessus de sa tête semble vouloir rappeler l’auréole des saints dans la peinture religieuse. Ce caractère sacré de la représentation, commun à l’époque, évoque le caractère sacrificiel de l'engagement des soldats pour défendre la patrie, sacrifice qui confine ici au martyre puisque l’ancien poilu porte les stigmates du combat, la guerre est inscrite dans sa chair.

Les progrès de la médecine

Si l’auteur de ce cliché est inconnu, il est possible, grâce au propos délivré par l’image, d’en deviner le but : cette photographie était sans doute destinée à une campagne d’information sur l’action des centres de rééducation, lieux de recherches médicales visant à réduire les séquelles physiques de la guerre sur les soldats. Elle met en particulier l’accent sur l’aspect professionnel de ces établissements où les infirmes, pour retrouver un métier, recevaient un enseignement artisanal. Elle évoque également indirectement l’engouement pour l’artisanat de tranchée : la plupart des ateliers de ces centres fabriquaient des artefacts imitant les créations des poilus, objets qui étaient ensuite présentés et vendus au profit d’œuvres caritatives pour les invalides de guerre. Cette image propose une vision optimiste de l’efficacité des centres de rééducation : elle montre un mutilé ayant réussi à retrouver une activité malgré son amputation. La place centrale qu’occupent la prothèse de l’homme et la pièce à laquelle il travaille est à ce titre particulièrement explicite ; elle désigne dans le même temps l’infirmité dont souffre l’ancien soldat, les moyens de la vaincre et le succès de ce combat grâce aux progrès médicaux et techniques. Ce cliché témoigne ainsi de la préoccupation majeure de l’époque pour le devenir des soldats invalides. La société leur était redevable et se devait de les aider à se réinsérer, non seulement en leur allouant des pensions, mais également en leur donnant les moyens de surmonter leur handicap. Si la réalité est bien moins séduisante que veut le faire croire cette photographie, la guerre, avec ses blessés innombrables, fut néanmoins un véritable laboratoire médical à l’origine de progrès majeurs dans des domaines aussi divers que la vaccination, l’anesthésie ou la chirurgie, et notamment la chirurgie plastique.

Voir également, 1914 -1918 l'hôpital militaire du Grand Palais - Dossier pédagogique

Stéphane AUDOIN-ROUZEAU, Annette BECKER, 14-18, retrouver la guerre, Paris, Gallimard, 2000.Annette BECKER, « Graffiti et sculptures de soldats, traces de la culture de guerre », 14 /18 Aujourd’hui-Today-Heute, n° 2, 1998, p.116-127 [dossier : « L’archéologie et la Grande Guerre »].Sophie DELAPORTE, Les médecins dans la Grande Guerre 1914-1918. Paris, Bayard, 2003 Patrice WARIN, Artisanat de tranchée et briquets de Poilus de la guerre 14-18, Louviers, YSEC Editions, 2001, 208p.Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.

Claire LE THOMAS, « Invalides de guerre et centres de rééducation », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26/11/2022. URL : histoire-image.org/etudes/invalides-guerre-centres-reeducation

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