Les Ménines - Las Meninas

Les Ménines - Las Meninas

Date de création : 1656

Date représentée : Vers 1650

H. : 320,5 cm

L. : 281,5 cm

Autre titre : La Famille de Philippe IV.

Huile sur toile.

Domaine Public © CC0 Museo Nacional del Prado

Lien vers l'image

P001174

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Les Ménines ou la Famille de Philippe IV

Date de publication : Septembre 2022

Auteur : Paul BERNARD-NOURAUD

Apogée et déclin du Siècle d’or espagnol

La période que l’on désigne communément sous le nom de « Siècle d’or espagnol » ne recouvre pas exactement la même époque selon que l’on se place du point de vue de l’histoire politique ou de l’histoire de l’art. Le tableau de Diego de Velázquez, aujourd’hui connu sous le titre des Ménines, peut être regardé comme l’apogée de la peinture espagnole du XVIIe siècle, alors même que sa date de réalisation (vers 1656) le situe plutôt au début du déclin de l’empire des Habsbourg. Son probable commanditaire et premier destinataire, Philippe IV (1) a hérité de l’empire de Charles Quint, a en effet concédé quelques années plus tôt l’indépendance aux Provinces-Unies (Traités de Westphalie de 1648). Celui que l’on surnomme le « roi-planète » et qui a titre de « roi de toutes les Espagnes », fait face, en outre, à de multiples révoltes à l’intérieur de la péninsule, en particulier en Catalogne et en Andalousie. Il mène contre le Portugal qui entend se soustraire à son autorité une guerre de longue haleine, sans compter celle que la France lui a déclarée en 1635 (et qui ne s'achève qu'en 1659 par le Traité des Pyrénées). De cet affaiblissement généralisé, le tableau de Velázquez ne rend pas compte, sinon en figurant Philippe IV et son épouse Marie-Anne d’Autriche (détail 1) en retrait de la scène, dans le reflet d’un miroir entre l’infante Marguerite-Thérèse (2) et le peintre. L’artiste n’avait que 24 ans lorsque Philippe IV (lui-même âgé de 19 ans) le nomma peintre du roi en 1623. Au cours des décennies suivantes, Velázquez obtint des charges toujours plus prestigieuses à la cour, mais il n’obtint d’être anobli par son souverain et intégré dans l’ordre de Santiago qu’en 1658, au terme d’une procédure de plus de huit années.

Un portrait de famille

La taille imposante du tableau, augmentée par le fait que sa moitié supérieure est libre de figures, tranche avec le cadre intime qu’il représente. Connu longtemps comme simple « tableau de famille », et accroché à l’origine dans le bureau du roi, Les Ménines ne prend ce titre qu’au XIXe siècle, d’après le statut des deux suivantes de la reine (meninas en espagnol) qui s’affairent autour de l’infante. À droite de celle-ci (détail 2), apparaissent plusieurs autres personnages dont l’étiquette détermine à la cour leurs rôles respectifs : le sommelier de rideaux, au fond, sur le palier, qui veille au respect des horaires de la messe, une dame d’honneur et un guardadamas faisant office de chaperons, ainsi que deux personnes naines, dont les corps difformes « protègent » celui de l’infante des moqueries comme des autres maux. Cet ordre de la représentation est néanmoins troublé par l’attitude des différents protagonistes de la scène, selon qu’ils prennent conscience ou non du fait que le roi et la reine viennent de pénétrer dans la salle de l’Alcazar madrilène où ils sont réunis autour de tableaux nombreux qui en constituent le seul ornement, avec ce miroir qui fixe le reflet des deux souverains (détail 1). Chaque geste paraît retenu par leur apparition que signalent les regards d’une partie d’entre eux, des gens de compagnie jusqu’au peintre, Diego de Velázquez lui-même (détail 3), qui interrompt son ouvrage, et inscrit de la sorte sa présence dans l’intimité de la famille royale.

Un portrait d’artiste

Le choix de Velázquez de réaliser un autoportrait in assistenza (3) dans ces circonstances dote sa peinture d’une valeur de manifeste. La croix rouge de l’ordre de Santiago peinte sur son pourpoint noir (détail 3), peut-être ajoutée a posteriori, témoigne de l’aboutissement de sa carrière, et même du dépassement de son statut de peintre. Néanmoins, les difficultés qu’il rencontra pour y parvenir indiquent aussi que le métier de peintre, parce qu’il implique une activité manuelle, restait a priori antinomique avec la qualité de noble, quelle que soit la proximité que l’artiste pouvait entretenir avec le monarque. La présence de Velázquez sur un tel tableau est donc aussi exceptionnelle pour l’époque que l’insigne qu’il y arbore. Elle oriente par conséquent l’interprétation dans une autre direction que celle d’un simple tableau de famille, en affirmant hautement la dignité de la peinture. Cette revendication est notamment confirmée par l’identification des deux tableaux suspendus au mur du fond : des copies de Pallas et Arachné de Pieter Paul Rubens et d’Apollon Victorieux de Pan de Jacob Jordaens par Juan del Mazo, le propre gendre de Velázquez. Autrement dit, ce dernier ne se contente pas de reproduire, dans le tableau de famille, des thèmes mythologiques propres à valoriser la création artistique, il introduit de surcroît dans le cadre dynastique qui lui est imposé sa propre lignée artistique (Del Mazo peignit d’ailleurs vers 1665 un portrait de l’infante portant le deuil de son père Philippe IV qui s’inspire de la composition des Ménines. Rien d’étonnant, dans ces conditions, à ce que le chef-d’œuvre du musée du Prado ait acquis un statut à part, voire programmatique, dans l’histoire de la peinture, aussi bien parmi les peintres eux-mêmes que chez les philosophes. Pour ne citer qu’eux, Luca Giordano (4) y vit dès la fin du XVIIe siècle « la théologie de la peinture », et Michel Foucault (5) le reconnut en 1966, dans Les Mots et les choses, comme « la représentation de la représentation classique ». C’est que le spectateur, en effet, occupe face aux Ménines la position du roi, et le peintre une éminence inédite pour un intercesseur.

Exposition : Velázquez y la familia de Felipe IV Musée du Prado (en espagnol)

Avigdor ARIKHA, Velázquez, peintre des peintres, peintre royal, 1986, in Peinture et regard. Écrits sur l’art 1965-1993, Paris, Hermann, 1991.

Bartolomé BENNASSAR, Velázquez. Une vie, Paris, Fallois, 2010.

Jonathan BROWN, Velázquez [1986], Paris, Fayard, 1988.

Michel FOUCAULT, Les Mots et les choses. Une archéologie des sciences humaines [1966], Paris, Gallimard, 1990.

Victor STOICHITA, Des corps. Anatomies, défenses, fantasmes, Genève, Droz, 2019.

1 - Philippe IV (1605-1665) : fils de Philippe III, il devient roi d’Espagne en 1621. Il épouse Élisabeth de France, fille d’Henri IV puis Marie-Anne d'Autriche en 1649.

2  - Marguerite-Thérèse d'Autriche (1651-1673) : infante d’Espagne, elle épouse Léopold Ier, empereur du Saint-Empire romain germanique. Elle devient archiduchesse d’Autriche.

3 - Portrait in assistenza : lorsque l'artiste se représente intégré à une scène religieuse ou profane, en dépit parfois de toute vraisemblance ou de toute logique historique.

4  - Luca Giordano (1634-1705) : peintre napolitain.

5 - Michel Foucault (1926-1984) : philosophe français

 

Traités de Wesphalie : pour mettre fin à la guerre de Trente ans, l’ensemble des belligérants européens se réunissent en congrès à partir de en 1644. Délégations protestantes et catholiques participent à ce congrès. Plusieurs traités sont ratifiés en février 1849 mettant fin aux guerres religieuses et protégeant notamment les protestants allemands. La paix de Westphalie instaure un nouvel équilibre politique européen.

Paul BERNARD-NOURAUD, « Les Ménines ou la Famille de Philippe IV », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 07/12/2022. URL : histoire-image.org/etudes/menines-famille-philippe-iv

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