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Séance de la nuit du 4 au 5 août 1789

Séance de la nuit du 4 au 5 août 1789

Date représentée : 4 août 1789

H. : 27 cm

L. : 43,2 cm

Graveur :  Isidore-Stanislas Helman.

Eau-forte et burin coloriée.

Domaine : Estampes-Gravures

Bibliothèque Nationale de France - Domaine public © Gallica

Lien vers l'image

RESERVE QB-370 (17)-FT 4

  • Séance de la nuit du 4 au 5 août 1789

La nuit du 4 août : l’abolition des privilèges

Date de publication : Mars 2023

Auteur : Guillaume BOUREL

La Grande Peur de l’été 1789

Après le célèbre serment du Jeu de Paume par lequel les députés des états généraux ont juré de ne pas se séparer tant qu’ils n’auront pas donné une constitution à la France, Louis XVI accepte la transformation des états généraux en Assemblée nationale, qui devient constituante le 9 juillet 1789. Depuis juin, l’effervescence règne dans les campagnes, car la rédaction des cahiers de doléances a suscité chez les paysans l’espoir de voir enfin disparaître la domination seigneuriale, le tout sur fond de crise due aux mauvaises récoltes de l’année précédente.

Mi-juillet 1789, la rumeur d’un complot aristocratique les fait basculer dans l’émeute. Les paysans prennent les armes et l’émeute se transforme en révolte anti-seigneuriale durant 15 jours : les châteaux sont pris d’assaut, les terriers (1) brûlés. Par son ampleur nationale (seules la Bretagne, la Lorraine, les Landes, le Languedoc et la Basse Provence y échappent), l’émeute inquiète les députés, qui votent dans la nuit du 4 au 5 août la fin de tous les privilèges dans l’espoir de ramener le calme.

C’est l’acte de décès de la société d’Ancien Régime. Isidore-Stanislas Helman, graveur qui a acquis une notoriété certaine à Paris en collaborant avec le célèbre peintre Charles-Nicolas Cochin, embrasse les espoirs de 1789 et en dessine de nombreux épisodes. Il fait don en 1796 au Conseil des Cinq-Cents, l’une des deux chambres du Directoire (2), d’un ensemble d’estampes représentant les principaux évènements de la Révolution, dont celle-ci.

Les députés mettent fin à la société d’Ancien Régime

Le plan large choisi par Isidore Helman donne à la scène toute sa solennité : les députés du tiers au premier plan de dos, les nobles à droite et le clergé à gauche emplissent la salle des Menus Plaisirs aménagée pour recevoir les états généraux trois mois auparavant. L’immensité de la salle, conçue pour accueillir près de 1 200 députés, est soulignée par les colonnades, la hauteur de la verrière et du plafond d’où tombent des chandeliers qui rappellent que la séance est nocturne. Au centre, le président de l’assemblée Le Chapelier siège à la tribune sous les emblèmes de la monarchie. Le dessinateur a cherché à rendre l’agitation de cette séance et son caractère extraordinaire. En bas de la tribune, le vicomte de Noailles s’est levé pour proposer l’égalité devant l’impôt et la suppression des privilèges. Les clercs et les nobles se lèvent, discutent, semblent hésiter mais l’essentiel se joue au centre de la salle où les prélats et les nobles montent à la tribune proposer l’abandon des droits de chaque communauté qu’ils représentent à l’assemblée. Les mouvements des corps et des bras convergent dans cette direction comme pour souligner que les deux premiers ordres acceptent de sacrifier leurs privilèges dans un même élan généreux. On distingue à l’arrière-plan la foule venue assister à la séance dans les balcons malgré l’heure avancée, comme si chacun savait qu’une décision historique s’y jouait.

La naissance de la nation

L’estampe entend décrire l’unité d’une assemblée qui en abolissant les privilèges fait naître une nation de citoyens égaux. La construction de l’image qui englobe dans un cercle tous les participants renforce encore cette interprétation de la nuit du 4 août. Pour autant, le vote tient en grande partie à l’inquiétude qui agite les députés à la nouvelle des émeutes en province ainsi qu’à l’action discrète mais efficace des membres du club breton (3). Uniquement constitué de députés du tiers et du bas clergé, la noblesse bretonne ayant refusé d’envoyer des représentants à Versailles, il est le foyer d’élaboration des réformes les plus avancées. Dans le contexte de la Grande Peur, le club breton réussit à convaincre le vicomte de Noailles de faire la fameuse proposition du 4 août.

Du reste, les députés n’avaient guère comme autre option que la répression, ce qui revenait à redonner les clés du pouvoir au roi et à mettre un terme à l’espoir d’une monarchie constitutionnelle. Dans la pratique, c’est un marché de dupe pour les paysans car si les droits qui pèsent sur les personnes sont supprimés, ceux sur les terres sont à racheter. Tous les privilèges ne sont donc pas abandonnés cette nuit-là comme l’affirme le titre de la gravure.

Finalement les grands vainqueurs de la nuit du 4 août sont les députés du tiers qui sont pourtant présentés comme simples spectateurs sur l’estampe. Avec la fin des privilèges mais aussi l’égalité devant les charges et les impôts, ils voient triompher l’ordre libéral auquel ils aspirent, une société d’individus libres et égaux dont la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen viendra parachever l’organisation trois semaines plus tard. L’artiste a choisi de représenter cet événement comme l’un des plus importants de la Révolution car c’est bel et bien un nouveau contrat social qui naît de cette séance.

Jean-Pierre Hirsch, La nuit du 4 août, rééd. Folio Histoire, Gallimard, 2013

François Furet et Mona Ozouf, Dictionnaire critique de la Révolution française, vol. Les évènements, Flammarion, 1992

1 - Terrier : registre dans lequel le seigneur consigne l’étendue et les revenus liés aux terres cultivées par les paysans.

2-  Directoire : régime politique qui s’étend de 1795 à 1799.

3- Club breton : il réunit les élus de Bretagne qui se concertent au café Amaury à Versailles avant toute séance des états-généraux, puis de l’Assemblée

Guillaume BOUREL, « La nuit du 4 août : l’abolition des privilèges », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25/02/2024. URL : histoire-image.org/etudes/nuit-4-aout-abolition-privileges

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