Pauline Bonaparte, princesse Borghèse, duchesse de Guastalla.

Pauline Bonaparte, princesse Borghèse, duchesse de Guastalla.

Pauline Bonaparte, princesse Borghèse.

Pauline Bonaparte, princesse Borghèse.

Pauline Borghèse Bonaparte en Vénus.

Pauline Borghèse Bonaparte en Vénus.

Pauline Bonaparte, princesse Borghèse, duchesse de Guastalla.

Pauline Bonaparte, princesse Borghèse, duchesse de Guastalla.

Date de création : 1806

Date représentée : 1806

H. : 216

L. : 215

Huile sur toile.

© Photo RMN - Grand Palais - Droits réservés

http://www.photo.rmn.fr

87-000914 / MV7684

Pauline Borghèse, princesse et muse

Date de publication : Janvier 2009

Auteur : Mehdi KORCHANE

Pauline Bonaparte (1780-1825), née Maria-Paoletta, est la seconde fille de Charles Bonaparte et de Letizia Ramolino. Sa beauté remarquable lui vaut de nombreux prétendants dès son adolescence, tels le controversé commissaire extraordinaire du Directoire Stanislas Fréron ou le général Duphot. Mais c’est au brillant général Victor-Emmanuel Leclerc que Napoléon décide de la marier en 1797. Lorsque celui-ci est nommé commandant en chef de l’expédition de Saint-Domingue en octobre 1801, avec pour mission de réprimer l’insurrection de l’île, son épouse et leur fils Dermide (né en 1798) l’accompagnent. Quoiqu’elle ne fasse pas preuve d’une grande fidélité conjugale, Pauline est profondément affectée par la mort de son mari un an plus tard, lors de l’épidémie de fièvre jaune qui fauche une grande partie du corps expéditionnaire.

Bien avant d’adopter une politique matrimoniale destinée à fédérer le nouvel Empire d’Occident, Napoléon, obligeamment secondé par sa sœur, va faire d’elle un instrument de conquête diplomatique en la mariant au prince Camille Borghèse, chef d’une des plus grandes familles romaines, en novembre 1803. Princesse, elle ne cesse pas pour autant d’être une aventurière sentimentale, et le couple va vivre séparé la plus grande partie de son existence, Pauline résidant à Paris tandis que Camille poursuit une carrière militaire sans éclat dans l’armée impériale. La plus belle victoire que celui-ci apporte à Napoléon lui est particulièrement douloureuse : c’est celle de la vente à l’État français de sa collection d’antiquités, l’une des plus anciennes et des plus prestigieuses d’Europe, en novembre 1807. Il y a été contraint par de graves difficultés financières, dues à la conjoncture politique autant qu’au train de vie de Pauline, et par les pressions de l’Empereur lui-même. D’abord flatteuse, l’alliance qu’il a contractée avec le clan Bonaparte s’avère ruineuse pour l’héritier des Borghèse. Il reçoit certes en compensation la concession des rentes du fief de Lucedio dans le Piémont. Napoléon le nomme par ailleurs gouverneur général des départements au-delà des Alpes, avec Turin pour siège du gouvernement, notamment dans l’espoir de voir Pauline lui revenir. Mais le rapprochement ne se fera qu’après la chute de l’Empire, après que la sœur de Napoléon aura dû abandonner l’espoir de l’accompagner dans son exil.

Considéré de son vivant comme le meilleur peintre de portraits après Gérard, Robert Lefèvre a réalisé à ce titre un nombre considérable d’effigies officielles des membres de la famille impériale. Son talent cependant, plus inconstant que celui de son confrère, se fait parfois guindé, son style descriptif, et ses portraits moins naturels et moins ressemblants que ceux de Gérard. Quoique d’un dessin un peu naïf, celle de Pauline, commandée en 1806 pour une galerie de portraits des princesses impériales prévue au château de Saint-Cloud, échappe à cette production ennuyeuse par sa composition : le regard affectueux que la princesse porte sur le buste d’un Napoléon à l’expression mélancolique esquisse une narration ; il traduit l’affection bien réelle que se vouent le frère et la sœur.

Élève de David et épouse d’un secrétaire général du ministère de l’Intérieur, Madame Benoist a bénéficié du soutien accordé à tous les peintres méritants de l’Empire et a réalisé plusieurs portraits de Napoléon et de dignitaires du régime. Mais c’est sans doute pour son excellence dans la représentation de la grâce féminine qu’elle fut sollicitée à plusieurs reprises par la princesse Elisa. Le portrait de sa sœur Pauline, qui lui était destiné et orna la galerie de la villa Marlia près de Lucques, en est un témoignage. Il se veut résolument plus séducteur et plus galant que celui de Robert Lefèvre : la sage posture de la princesse Borghèse est tempérée par une expression avenante et un regard enjôleur, tandis que sa parure et son grand habit de cour, non moins luxueux que ceux représentés par Lefèvre, brillent avec plus d’éclat.

Les agréments dont Canova a doté Pauline dans sa statue sont d’une tout autre nature. Langoureusement étendue sur un lit à l’antique, dénudée et dépourvue de tout ornement, elle est représentée en Vénus victorieuse, la pomme de Pâris à la main. Premier portrait idéalisé d’un personnage contemporain conçu par Canova, l’œuvre échappe à tous les codes de la représentation officielle et n’a d’antécédent dans la sculpture ni ancienne ni contemporaine. Quoique le prince Borghèse en soit le commanditaire, le sujet a peut-être été prescrit par la vanité du modèle, qui refusa la première proposition du sculpteur de la représenter en Diane. L’effet de chair, accentué par une patine de cire fondue légèrement rosée, a fait de Pauline Borghèse Bonaparte en Vénus une incarnation universelle de la sensualité féminine et l’objet d’un culte de la part des esthètes et écrivains de son siècle.

La grande beauté de Pauline lui vaut une place à part dans la galaxie des napoléonides. Si elle jouit sans réserve du pouvoir que son physique et son charme lui permettent d’exercer sur les hommes, c’est sans autre but que de satisfaire son désir de liberté. Elle ne renonce pas aux aventures amoureuses en se soumettant aux volontés matrimoniales de Napoléon. Si elle met sa personne au service des desseins politiques de son frère, c’est par manque d’ambition personnelle, mais surtout en raison d’une affinité élective comparable à celle qu’Elisa partage avec Lucien. Son besoin d’exclusivité, qui trouve son origine dans les attentions que Napoléon lui a très tôt prodiguées, a d’ailleurs engendré des conflits avec Joséphine ainsi qu’avec Marie-Louise, dont elle se sent concurrente. Étrangère aux enjeux du pouvoir et sincèrement attachée à sa famille, Pauline est un agent de liaison entre ses frères et réussit parfois à les réconcilier. Elle est cependant la seule, Madame Mère exceptée, à partager le sort de l’Empereur au moment de sa chute, quand les autres napoléonides s’accrochent à leur couronne. Elle l’accompagne en exil sur l’île d’Elbe, lui envoie ses diamants quand elle le croit financièrement embarrassé au moment de son retour, et veut être à ses côtés à Sainte-Hélène. C’est néanmoins à Florence, près de son mari avec qui elle s’est réconciliée, qu’elle meurt le 9 juin 1825.

Kristina HERMANN-FIORE, « La collection Borghèse vendue au Louvre », dans Napoléon, les Bonaparte et l’Italie (catalogue de l’exposition : Ajaccio, musée Fesch), Ajaccio, 2001, p.60-74.Paul FLEURIOT de LANGLE, La Paolina, sœur de Napoléon, Paris, 1944.Gilbert MARTINEAU, Napoléon et sa famille, IV : Pauline Bonaparte, princesse Borghèse, Paris, 1986.Jean-Pierre SAMOYAULT et Colombe SAMOYAULT-VERLET, Château de Fontainebleau. Musée Napoléon Ier. Napoléon et la famille impériale 1804-1815, Paris, 1986.Jean TULARD, Dictionnaire Napoléon, Fayard, Paris, 1999.

Mehdi KORCHANE, « Pauline Borghèse, princesse et muse », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 10/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/pauline-borghese-princesse-muse

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