Maximilien Robespierre en habit de député du Tiers Etat, d'après Adélaïde LABILLE-GUIARD (1749-1803).

Maximilien Robespierre en habit de député du Tiers Etat, d'après Adélaïde LABILLE-GUIARD (1749-1803).

Maximilien Robespierre.

Maximilien Robespierre.

Maximilien Robespierre en habit de député du Tiers Etat, d'après Adélaïde LABILLE-GUIARD (1749-1803).

Maximilien Robespierre en habit de député du Tiers Etat, d'après Adélaïde LABILLE-GUIARD (1749-1803).

Date représentée :

H. : 73,5

L. : 57,5

Huile sur toile

RMN - Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

Lien vers l'image

MV 6653 - 05-531826

Robespierre

Date de publication : Février 2005

Auteur : Jérémie BENOÎT

Devenu célèbre dès les débuts de la Révolution pour son caractère intransigeant autant que pour la puissance et la méticulosité de ses discours, véritables démonstrations de rhétorique, Robespierre a fourni le prototype du révolutionnaire dévoué à une cause qu’il estime juste et à laquelle on doit tout sacrifier. Avocat à Arras avant la Révolution, il fut élu aux Etats Généraux et s’y s’imposa rapidement par ses vues solides. Réélu à la Convention, il siégea sur les bancs de la Montagne. Esprit radical, il prit très vite la mesure des risques qu’encourait la République en raison de la guerre extérieure, des soulèvements intérieurs et des luttes intestines entre républicains. Il parvint à éliminer les tièdes et les extrémistes, et sut maintenir le cap de la représentation nationale malgré les tentatives de débordement populaires en sacrifiant une partie des idéaux bourgeois. Taxé de tyrannie, il fut victime d’un complot déclenché le 9 thermidor an II (27 juillet 1794) par ceux qu’il menaçait de mort, et il mourut guillotiné le lendemain avec ses amis, Saint-Just, Couthon, Lebas. Son exécution marqua la fin de l’engrenage révolutionnaire.

Vite représenté par les peintres, celui qui, par admiration autant pour l’Antiquité grecque que pour Jean-Jacques Rousseau, voulut instaurer un régime républicain fondé sur les principes de vertu et d’ordre naturel, mais qui, devant faire face aux réalités – la guerre et les ennemis de la Révolution –, dut aussi proclamer la Terreur, apparaît comme un homme distingué, vêtu avec sobriété mais raffinement, toujours poudré et parfaitement élégant, il se révèle au spectateur dans toute sa sobriété. Alors qu’il porte l’habit noir officiel de député du tiers chez Labille-Guiard, il est chez Boilly un bourgeois aisé, qui observe l’évolution politique en attendant de devenir le maître de la Convention. C’était l’époque où, les députés de la Constituante ne pouvant être réélus à la Législative, Robespierre avait choisi de demeurer à Paris, au lieu de retourner chez lui à Arras. Dans les deux cas, il s’entoure d’objets de bon goût, châtelaines et meubles de style. Jamais de luxe cependant : la chaise Louis XV ne s’accorde pas au bureau Louis XVI. Robespierre est un bourgeois et il revendique son statut social, mais sans jamais le proclamer. Tout est mesuré et simple chez lui.

Homme politique chez Labille-Guiard qui donne de lui un portrait officiel, Robespierre est au contraire saisi par Boilly dans son intimité. Le petit format du tableau vient encore souligner cet aspect calme du bourgeois intellectuel qui travaille à ses affaires dans l’appartement que lui loue le menuisier Duplay rue du Faubourg-Saint-Honoré. Assis à un bureau à cylindre, Robespierre s’est arrêté d’écrire pour regarder le spectateur, tandis qu’un petit chien de salon quête ses caresses. Dans les deux cas, le futur Incorruptible est montré avec un léger sourire qu’on n’imagine pas chez lui, homme rationnel et froid. Il est pourtant un travailleur de l’esprit, théoricien politique chez Boilly. Mais ce n’est que plus tard qu’il deviendra le « tyran » que l’histoire a retenu, aux idées rigides, n’hésitant pas à sacrifier ses amis aux nom d’idéaux. Ces deux tableaux ne donnent pas à voir ce personnage honni par certains, adulé par d’autres. Cependant, ni Labille-Guiard ni Boilly n’ont réussi à montrer l’essentiel de la personnalité de Robespierre, cette intime conviction du droit naturel qui l’habitait et le porta à vouloir régénérer l’homme… Il n’y aura plus de portraits de lui durant la Convention, sinon un anonyme du musée Carnavalet, toujours avec cet éternel sourire indéchiffrable.

Ces deux portraits ne sont pas celui d’un maître ou d’un tyran. Robespierre n’est même pas montré en action, à la tribune de l’Assemblée ou au Comité de salut public. Il est représenté comme un homme simple mais raffiné, et les deux œuvres, même si le portrait de Labille-Guiard, en raison du costume, montre un homme politique, ne s’inscrivent que dans la conception du portrait de la fin du XVIIIe siècle, qui accorde la primauté du social.

« Robespierre », « Terreur », « Montagnards », « Thermidor », in François FURET et Mona OZOUF (dir.)Dictionnaire critique de la Révolution françaiseParis, Flammarion, 1988, rééd.coll.« Champs », 1992.Patrice GUENIFFEYLa Politique de la terreur, essai sur la violence révolutionnaireParis, Fayard, 2000.Patrice GUENIFFEYRobespierreParis, Fayard, 2003.Dossier « Robespierre, portrait d’un tyran »in L’Histoiren° 177, mai 1994.Catalogue de l’expositionBoilly 1761-1845, Un grand peintre français de la Révolution à la RestaurationLille, Musée des Beaux-Arts, 1988.Catalogue de l’expositionLa Révolution française et l’Europe 1789-1799Grand Palais, Paris, Réunion des Musées Nationaux, 1989.

Jérémie BENOÎT, « Robespierre », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 06/07/2022. URL : histoire-image.org/etudes/robespierre

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