Aller au contenu principal
Sortie de l'ambassadeur de la Sublime Porte, Mehemet Effendi, de l'audience accordée par le roi, le 21 mars 1721

Sortie de l'ambassadeur de la Sublime Porte, Mehemet Effendi, de l'audience accordée par le roi, le 21 mars 1721

Date de création : vers 1721

Date représentée : 21 mars 1721

H. : 80 cm

L. : 115 cm

huile sur toile

Domaine : Peintures

© RMN - Grand Palais / Agence Bulloz

lien vers l'image

03-009276 / P1073

Sortie de l’ambassadeur de la Sublime Porte (21 mars 1721)

Date de publication : Février 2019

Auteur : Stéphane BLOND

Les honneurs d’une grande puissance

Le 21 mars 1721, la capitale du royaume est en pleine effervescence. La foule se regroupe aux abords des palais du Louvre et des Tuileries, attirée par l’exotisme de la suite accueillie en grande pompe par le jeune Louis XV. Diplomate expérimenté, Yirmisekiz Çelebi Mehemet Effendi (1670-1732) est l’envoyé officiel du sultan ottoman Ahmet III auprès du roi de France. Parti de Constantinople le 7 octobre 1720, il débarque à Toulon le 22 novembre. Cinq mois plus tard, il est reçu à Paris avec tous les honneurs, dans le but d’impressionner la délégation et d’entretenir une image de grandeur qu’elle véhiculera en retour.

Le moment représenté intervient après une séance publique en présence du roi, du Régent et des grands du royaume, installés à Paris depuis la mort de Louis XIV. L’événement est si important qu’il engendre une multitude de représentations : tableaux, gravures, médailles et tapisseries. Ainsi, Charles Parrocel (1688-1752), peintre de l’Académie royale, figure l’arrivée et le départ de l’ambassadeur du côté des Tuileries. Une gravure anonyme décrit la cérémonie publique au cours de laquelle l’ambassadeur complimente le souverain, âgé de 11 ans, et lui offre les présents du sultan. En 1724, Pierre Gobert reçoit également une commande des Bâtiments du Roi pour un portrait à mi-corps de l’ambassadeur.

Pierre-Denis Martin (1663-1742), élève de Joseph Parrocel (1646-1704), est « peintre ordinaire et pensionnaire du Roy et de Sa Majesté ». Particulièrement actif dans la représentation des faits du début du règne de Louis XV, il répond sûrement à une commande officielle exécutée dans les semaines qui suivent la réception. Le parcours de l’œuvre n’est pas connu dans le détail, mais elle est vraisemblablement destinée au décor de l’une des demeures royales, avant son acquisition en 1912 par le musée Carnavalet où elle est toujours exposée.

L’hôte de Sa Majesté

La mise en scène de l’artiste insiste sur la solennité de l’événement.

Le cortège officiel traverse la Seine à partir du quai des galeries du Louvre, qui longe le palais dont on aperçoit le pavillon de Flore à l’arrière-plan. Le pont Royal permet de gagner la rive gauche du fleuve, avec le quai Malaquais ou des Théatins, d’où la vue est prise vers le nord.

La délégation est saisie sur le vif, au débouché du pont sur lequel s’étend le défilé.

Comme à son habitude, Martin représente une foule nombreuse qui s’assemble au passage du convoi, à la manière d’un instantané de la vie mouvementée des Parisiens, curieux de découvrir l’émissaire du sultan et sa suite de quatre-vingt-cinq personnes.

Afin de satisfaire à la démonstration de puissance voulue par le pouvoir, toutes les compagnies de la Maison militaire du Roi sont mobilisées : gardes françaises, chevau-légers de la garde du roi, gardes suisses et mousquetaires.

Habillé d’un caftan traditionnel de couleur verte et coiffé d’un turban blanc, l’ambassadeur attire les regards des spectateurs au premier plan de la toile. Encadré par les gardes et les représentants du roi, il se dirige vers la rue de Tournon, non loin du palais du Luxembourg. Il est attendu à l’hôtel des Ambassadeurs extraordinaires, installé dans l’hôtel d’Ancre, acquis en 1621 par Louis XIII. Depuis plusieurs décennies, ce site est le théâtre de fêtes somptueuses pour l’accueil des ambassadeurs étrangers, comme ceux de l’ordre de Malte, du tsar de Moscovie ou du roi de Siam.

La propagande diplomatique

Cette représentation n’est pas seulement un outil de mémoire, car elle participe à une propagande. Après les déboires des dernières guerres du règne de Louis XIV, cette toile illustre les multiples relations que la France souhaite entretenir en Europe et au-delà. L’enjeu est de maintenir le royaume dans le cercle fermé des grandes puissances qui orientent la politique extérieure, tout en resserrant ses liens avec l’empire ottoman depuis l’alliance entre François Ier et Soliman le Magnifique en 1536.

Contrairement au roi de France qui possède un ambassadeur permanent à Constantinople, la Sublime Porte envoie des émissaires temporaires qu’il faut choyer. Onze mois durant, l’ambassadeur est donc au cœur des attentions. Son voyage intervient pendant la période dite des Tulipes (1718-1730), lorsque la diplomatie turque écarte la guerre et manifeste son attirance pour la culture européenne. Cette démarche est décrite dans la lettre de mission de l’ambassadeur, chargé de « faire une étude approfondie des moyens de civilisation et d’éducation et de faire un rapport sur ceux capables d’être appliqués ». Effendi enchaîne les visites qui mettent en scène l’art de vivre et le savoir français, comme la bibliothèque du Roi, l’observatoire de Paris, l’Académie royale des sciences, Versailles, les manufactures royales ou le canal du Midi.

L’ambassadeur quitte Paris le 7 septembre 1721 et rejoint Constantinople un mois plus tard. Il est reçu par l’empereur afin de faire le récit de ses observations, publiées parallèlement dans des relations intitulées Le Paradis des infidèles. Il nourrit la soif de découverte de l’Occident pour les Ottomans, comme la passion des Français pour l’Orient illustrée par le succès de l’édition française des Mille et Une Nuits depuis 1704, comme la publication des Lettres persanes de Montesquieu (1689-1755) la même année que la visite de l’ambassadeur. La France renouvelle son soutien au sultan, y compris en 1736, lorsque les Russes engagent une guerre contre les Turcs. En 1746, une seconde ambassade ottomane, conduite par Mehemet Saïd Pacha, fils de Mehemet Effendi, déjà présent en 1720-1721, est reçue par Louis XV.

BÉLY Lucien, Espions et ambassadeurs au temps de Louis XIV, Paris, Fayard, 1990.

BÉLY Lucien, Les relations internationales en Europe (XVIIe-XVIIIe siècle), Paris, Presses universitaires de France, coll. « Thémis : histoire », 1992.

EFENDI Mehmed, Le Paradis des infidèles : relation de Yirmisekiz Çelebi Mehmed Efendi, ambassadeur ottoman en France sous la Régence, texte présenté et commenté par VEINSTEIN Gilles, trad. de l’ottoman par GALLAND Julien-Claude, Paris, La Découverte, coll. « Poche », 2004.

GÖÇEK Fatma Müge, East Encounters West: France and the Ottoman Empire in the Eighteenth Century, New York, Oxford University Press, coll. « Studies in the Middle Eastern History », 1987.

KISLUK-GROSHEIDE Daniëlle, RONDOT Bernard (dir.), Visiteurs de Versailles : voyageurs, princes, ambassadeurs (1682-1789), cat. exp. (Versailles, 2017-2018 ; New York, 2018), Versailles, château de Versailles / Paris, Gallimard, 2017.

YERASIMOS Stéphane, « Explorateurs de la modernité : les ambassadeurs ottomans en Europe », Genèses : sciences sociales et histoire, no 35 (LEROY Jean [dir.], L’Europe vue d’ailleurs), 1999, p. 65-82.

Stéphane BLOND, « Sortie de l’ambassadeur de la Sublime Porte (21 mars 1721) », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 18/04/2024. URL : histoire-image.org/etudes/sortie-ambassadeur-sublime-porte-21-mars-1721

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Eugène Atget et le pittoresque montmartrois

Eugène Atget et le pittoresque montmartrois

Une ville transformée

Avec les travaux d’urbanisme du second Empire, le visage de Paris se modifie profondément : pour construire les…

Eugène Atget et le pittoresque montmartrois
Eugène Atget et le pittoresque montmartrois
Eugène Atget et le pittoresque montmartrois
Eugène Atget et le pittoresque montmartrois
Le Mobilier urbain, un symbole de Paris

Le Mobilier urbain, un symbole de Paris

Des colonnes dans la rue

La multiplication des lieux de divertissement tels que les théâtres ou les cirques sur les boulevards au cours du XIX…

L'Hôtel de ville de Paris : du lieu des révolutions à celui des célébrations

L'Hôtel de ville de Paris : du lieu des révolutions à celui des célébrations

Au XIXe siècle : un lieu politique majeur

De 1789 à 1794, l’Hôtel de Ville a abrité le Comité de salut public. En juillet 1830, la…

L'Hôtel de ville de Paris : du lieu des révolutions à celui des célébrations
L'Hôtel de ville de Paris : du lieu des révolutions à celui des célébrations
L'Hôtel de ville de Paris : du lieu des révolutions à celui des célébrations
L'arrestation du gouverneur de la Bastille, le 14 juillet 1789

L'arrestation du gouverneur de la Bastille, le 14 juillet 1789

A Paris, la nouvelle du renvoi de Necker le 11 juillet 1789 provoque de nombreuses manifestations. Le 14, à la suite du refus du gouverneur des…

Des Médicis aux Pinault : la bourse de commerce à Paris

Des Médicis aux Pinault : la bourse de commerce à Paris

La halle aux blés, peinte vers 1810 et photographiée environ un siècle plus tard, fait partie du paysage parisien depuis le XVIIIe siècle. La…

Des Médicis aux Pinault : la bourse de commerce à Paris
Des Médicis aux Pinault : la bourse de commerce à Paris
Le Père-Lachaise et les derniers combats de la Commune

Le Père-Lachaise et les derniers combats de la Commune

Le Père-Lachaise et les derniers combats de la Commune

Situé au cœur du Paris populaire où les communards sont solidement implantés, le cimetière…

La Statue de la Liberté

La Statue de la Liberté

L’amitié franco-américaine en point de mire

Un siècle après le soutien décisif apporté par les troupes de Rochambeau et La Fayette aux insurgents…

La Statue de la Liberté
La Statue de la Liberté
La Statue de la Liberté
La fête de la Fédération

La fête de la Fédération

La genèse de la fête

Il s’agit de la fête la plus célèbre de la Révolution française. Fête emblématique, au point qu’aujourd’hui encore notre…

Le chemin de fer à Paris

Le chemin de fer à Paris

Après l’ouverture, le 1er janvier 1828, de la première voie ferrée française, qui relie Saint-Étienne à Andrézieux, Baptiste Alexis…

Le chemin de fer à Paris
Le chemin de fer à Paris
Panorama des Palais

Panorama des Palais

Une exposition d’envergure

L’exposition de 1878, inaugurée le 1er mai après dix-neuf mois de travaux et de préparation, s’inscrit dans…