Mr Tout-à-Tous ou le Modèle de reconnaissance, au Congrès de Vienne.

Mr Tout-à-Tous ou le Modèle de reconnaissance, au Congrès de Vienne.

Date de création : 1815

Date représentée : 13 mars 1815

H. : 20

L. : 17,5

Estampe. Paris, Martinet, dépôt légal : Bibliothèque Impériale, 29 avril 1815 (n°. 395 pour la version publiée [A Paris, chez {Lecoeur}]).

© Photo RMN - Grand Palais - Droits réservés

http://www.photo.rmn.fr

76-004077 / invgravures4294

Talleyrand au Congrès de Vienne et la déclaration du 13 mars 1815

Date de publication : Octobre 2010

Auteur : Guillaume NICOUD

La déclaration du 13 mars 1815

Issu d’une famille de la haute noblesse, Charles Maurice de Talleyrand-Périgord (1754-1838) est évêque d’Autun lorsqu’il est élu député aux états généraux en 1789. En 1790, il prête serment à la constitution civile du clergé. Après un exil sous la Terreur, il est ministre des Relations extérieures presque sans interruption de 1797 à 1807, date à laquelle il démissionne car il désapprouve la politique expansionniste de Napoléon. Président du gouvernement provisoire en avril 1814, ministre des Affaires étrangères à partir de mai, il négocie avec les Alliés la fin du régime impérial, le retour des Bourbons et un traité de paix honorable pour la France. Il rejoint alors Vienne pour défendre avec succès les intérêts de la France au congrès où se redessine la carte de l’Europe. Mais en mars 1815, par « un coup de maître » (Talleyrand), Napoléon débarque en France et entre à Paris tandis que Louis XVIII fuit les Tuileries.

Talleyrand reste fidèle au roi en exil à Gand. Réagissant rapidement, il réussit à pousser « les rois de l’Europe [à] marcher vite [pour ne pas] laisser à l’homme le temps de s’établir » (Stendhal). Il prend l’initiative d’une déclaration diplomatique d’une violence inhabituelle qu’il fait signer le 13 mars à tous les vainqueurs de 1814 et qui place Napoléon au rang de criminel du genre humain. Mais la déclaration n’est connue à Paris qu’après le retour de Napoléon, qui la fait aussitôt publier comme modèle d’iniquité des souverains de l’Europe à son égard.

Napoléon, « ennemi et perturbateur du repos du monde »

Anonyme, ce portrait à charge de Talleyrand publié dès avril 1815 le représente assis à son bureau, rédigeant la déclaration réduite à la citation : « Les Puissances déclarent que Napoléon s’est placé hors des relations civiles et sociales, et que, comme ennemi et perturbateur du repos du monde, il s’est livré à la vindicte publique. » Ces termes lui sont dictés à l’oreille par le diable au moyen d’un cornet acoustique.

La position de Talleyrand s’inspire de son portrait peint durant l’Empire par François Gérard. L’auteur cherche délibérément à convaincre le spectateur de l’ingratitude du ministre vis-à-vis de son ancien souverain, ce qu’il a résumé par le titre Mr Tout-à-tous ou le Modèle de reconnaissance, au Congrès de Vienne.

« Tout-à-tous » renvoie à une précédente caricature parue en mars dans le journal satirique Le Nain Jaune où Talleyrand dit « Périgueux, prince de Bienauvent » (en référence à la principauté de Bénévent qu’il a reçue de Napoléon en 1806) est nommé chef du nouvel « ordre de la Girouette ». Va-t-il alors se rallier à l’Empire ?…

De plus, dès le début de la Révolution et avant même Napoléon, Talleyrand est parfois associé au diable. Évêque parjure, excommunié et marié, il est vilipendé par les royalistes et catholiques qui critiquent ses mœurs, son goût du gain et son adhésion aux principes révolutionnaires. Son pied bot lui vaut dès cette époque le surnom de « diable boiteux », en référence au roman homonyme d’Alain-René Le Sage publié en 1707.

« Une sentence de mort civile »

En mauvais termes avec Louis XVIII, Talleyrand considère toutefois le retour de Napoléon comme un « délire criminel et impuissant ». S’il le range par sa déclaration « hors du genre humain », c’est surtout que « pour empêcher l’Autriche de se souvenir jamais qu’elle avait un gendre [Marie-Louise et l’Aiglon résident alors à Vienne], il fallait lui faire mettre sa signature au bas d’une sentence de mort civile, et non d’une déclaration de guerre. On peut toujours traiter avec un ennemi ; on ne se remarie pas avec un condamné ».

Par cette déclaration, il tente aussi en vain d’apporter le soutien des Alliés à Louis XVIII et il cherche à conserver les engagements pris à Paris en 1814.

Talleyrand tarde à rejoindre Louis XVIII en Belgique. Retrouvant son portefeuille, il devient même durant juillet Président du conseil des ministres. Mais démissionnaire en septembre, il ne joue par la suite qu’un rôle politique secondaire avant de décéder à Paris le 17 mai 1838.

Emmanuel DE WARESQUIEL, Talleyrand : le prince immobile, Paris, Fayard, 2003.Talleyrand ou le Miroir trompeur, catalogue de l’exposition du musée Rolin, Autun, 16 novembre 2005-15 février 2006, Paris-Autun, Somogy-Musée Rolin, 2005.

Guillaume NICOUD, « Talleyrand au Congrès de Vienne et la déclaration du 13 mars 1815 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 01/10/2022. URL : histoire-image.org/etudes/talleyrand-congres-vienne-declaration-13-mars-1815

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Louis-Philippe vu par Daumier

Au début de l’année 1834, au moment où paraît cette planche, la monarchie de Juillet, régime né de l’insurrection populaire des « Trois Glorieuses…

« Y’a bon » Banania

L’appel à l’empire

Délaissant l’Antillaise de ses premières affiches, la marque Banania (1914), qui cherche à transformer en produit patriotique…

Les frères Goncourt - Nadar Jeune

Un Goncourt en cache un autre

Au cœur du Paris artiste des années 1850 à 1880

Les frères Jules (1830-1870) et Edmond (1822-1896) de Goncourt, fameuses figures du milieu…

Un Goncourt en cache un autre
Un Goncourt en cache un autre
Un Goncourt en cache un autre

La crinoline dans tous ses états

Sous le Second Empire, les jupons superposés (jusqu’à six ou sept) laissent place au jupon à cerceaux, avatar de la crinoline. Mais cette nouvelle…

Thérésa, la première vedette de café-concert

Thérésa « la diva du ruisseau »

Le Second Empire voit s’épanouir un nouveau type de divertissement qui séduit le public populaire comme…
Thérésa, la première vedette de café-concert
Thérésa, la première vedette de café-concert
Thérésa, la première vedette de café-concert

L’anticléricalisme dans le premier XIXe siècle

Après la Révolution qui rompt brutalement avec l’Église en récusant l’association, fondatrice de l’Ancien Régime, entre ordre politique et ordre…

Jules Grandjouan

Premières élections pour les communistes français

La guerre, « catalyseur de l’histoire » selon les termes de Lénine, a profondément bouleversé l’…

L'Union des gauches de 1932

Le retour du parti radical au pouvoir : l’Union des gauches de 1932

L’expérience du Cartel des gauches a laissé un souvenir très mitigé à ses…

L'Union des gauches de 1932
L'Union des gauches de 1932

Caricatures de Napoléon

Si la caricature fit référence à la culture populaire, elle s’inspira aussi de la grande culture devenue elle-même proverbiale, et par là…

Caricatures de Napoléon
Caricatures de Napoléon

Marie Curie et la presse

Marie Curie, femme de science

Marya Sklodowska est née à Varsovie, en 1867, en Pologne alors partie intégrante de l’Empire russe et décède en…

Marie Curie et la presse
Marie Curie et la presse