Alexis-Charles-Henri Cléral de Tocqueville.

Alexis-Charles-Henri Cléral de Tocqueville.

Date de création : 1850

Date représentée : 1850

H. : 131,5 cm

L. : 98,5 cm

huile sur toile

© RMN - Grand Palais (Château de Versailles) / Franck Raux

Lien vers l'image

MV 7384 - 15-528625

Tocqueville, historien et visionnaire

Date de publication : Mars 2016

Auteur : Robert FOHR et Pascal TORRÈS

Magistrat sous la Restauration, Alexis de Tocqueville (Paris, 1805-Cannes, 1859) fut chargé d’une mission d’information aux Etats-Unis et publia à son retour, avec son collègue Gustave de Beaumont, un ouvrage qui servit à la réforme de l’administration pénale, Du système pénitentiaire aux Etats-Unis et de son application en France (1832). Démissionnaire de ses fonctions de juge, il plaida au barreau, voyagea en Angleterre où il se maria et, en 1835, publia la première partie d’un ouvrage qui, achevé en 1840, assura sa célébrité et devint la référence des partisans du libéralisme politique : De la démocratie en Amérique.

Député de la Manche en 1839, Tocqueville siège dans l’opposition. En 1841, il est élu à l’Académie française. Très indépendant, il mène alors une enquête sur l’Algérie, soutient la liberté de l’enseignement et les idées libre-échangistes.

Après les journées de février 1848, député à l’Assemblée constituante où il siège à droite, puis à la Législative, il devient ministre des Affaires étrangères dans le ministère Barrot. Hostile à l’ascension de Louis Napoléon Bonaparte, il signe le 2 décembre 1851 la demande de mise en accusation du prince-président et est incarcéré. Il se retire ensuite de la vie politique, séjournant en Italie et en Allemagne. Sa grande œuvre historique, L’Ancien Régime et la Révolution (1856), bien qu’inachevée, est une remarquable reconstitution des événements politiques et sociaux.

Pour Tocqueville, la liberté de la presse et l’indépendance du pouvoir judiciaire constituent les deux garanties nécessaires à l’exercice de la démocratie, menacée par le despotisme de la majorité.

Elève d’Ingres (il entre dans son atelier fin 1830 ou début 1831), Théodore Chassériau fait ses débuts au Salon en 1836 : il y envoie des portraits de membres de sa famille (Louvre) et le Retour de l’enfant prodigue (Le Havre, musée Malraux). En 1840, il séjourne à Rome, puis, en 1846, en Algérie : le passage d’un académisme strict vers une peinture ouverte à l’orientalisme caractérise alors son œuvre.

Portraitiste de talent, Chassériau voit dans la pratique de ce genre un moyen d’opérer une synthèse personnelle entre son classicisme ingresque et ses aspirations romantiques. Ses modèles, comme le père Lacordaire (tableau exposé au Salon de 1841 ; musée du Louvre) et Tocqueville, étaient généralement des proches : loin de toute convention, il les représente dans un cadre dépouillé, attirant l’attention sur la beauté des mains et du regard, qui traduit la qualité de l’homme et la profondeur de sa réflexion.

Dans une redingote noire que seule vient éclairer la blancheur du col et des manchettes de sa chemise, Tocqueville, alors ministre, pose debout, vu à mi-corps, la main droite reposant sur le dossier d’un fauteuil de bois doré recouvert d’une soierie verte brodée d’or, seule concession à la couleur d’une composition baignée par les accords gris-vert que diffusent les boiseries de la pièce. Chassériau modifia la pose initiale du modèle, comme l’atteste un dessin préparatoire (Paris, musée Carnavalet), où l’écrivain est représenté de face, assis dans un fauteuil, les deux bras posés sur les accoudoirs.

Grand connaisseur de la pensée de Tocqueville, François Furet a laissé cette très belle page sur ce portrait : «Chasseriau peint un homme au faîte de sa carrière en lui prêtant un visage qui rêve encore son propre avenir : l'expression générale soignée et timide, un air de mélancolie et de sensibilité qui ne doit rien à la mode, un regard attentif et un peu perdu à la fois. (…) Ce qu'il a saisi admirablement c'est le Tocqueville qui vit dans un autre monde que celui des carrières, étranger au monde bourgeois, peu à l'aise dans la politique des intérêts et des compromis, obsédé par la nouveauté du monde que découvrent ses pensées. Son univers tient à la fois de l'aristocratie, dont il vient, et de l'égalité démocratique dont il fait la philosophie. Il l'isole de ses contemporains et de la vie publique de son temps, même quand il parvient à y jouer un rôle. Alors que tant de portraits de la même époque respirent la satisfaction de la réussite et l'orgueil terrestre des choses accomplies, celui-ci peint avec un tact exquis le géni le plus inquiet et le plus profond de la pensée politique du XIX ème siècle.»

Raymond ARON Les étapes de la pensée sociologique : Montesquieu, Comte, Marx, Tocqueville, Durkheim, Pareto, Weber Paris, Gallimard coll. « Tel », 1997.

François FURET La Révolution II : 1814-1880 ,Paris, réed. Hachette coll."Pluriel", 1992.

André JARDIN Alexis de Tocqueville : 1805-1859 Paris, Hachette, 1984.

Pierre MANENT Tocqueville et la nature de la démocratie Paris, Fayard, 1993.

Pierre MANENT Les Libéraux Paris, Gallimard, coll.« Tel », 2001.

Françoise MÉLONIO Tocqueville et les Français Paris, Aubier, 1993.

Pascal ORY (dir.) Nouvelle histoire des idées politiques Paris, Hachette coll. « Pluriel », 1989.

Alexis de TOCQUEVILLE Oeuvres (De la démocratie en Amérique ; Souvenirs ; L’Ancien Régime et la Révolution) Paris, Laffont coll..« Bouquins », 1997.

Robert FOHR et Pascal TORRÈS, « Tocqueville, historien et visionnaire », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 13/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/tocqueville-historien-visionnaire

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Combat dans la rue Saint-Antoine, 28 juillet 1830.

L'ère des barricades, 1827-1851

Une époque révolutionnaire

A l’époque où la barricade constitue un sujet nouveau dans la peinture et la littérature, son rôle devient…

L'ère des barricades, 1827-1851
L'ère des barricades, 1827-1851
L'ère des barricades, 1827-1851
L'ère des barricades, 1827-1851

Episode du siège de Rome : prise du bastion n° 8 à la porte de San Pancrazio, le 30 juin 1849

Malgré la promulgation d’une constitution libérale en mars 1848, la popularité du pape Pie IX ne résista pas à son refus de rompre avec l’Autriche…

Les figures symboliques de la IIe République

La Révolution de février 1848 entraîne un retour des républicains au pouvoir.

Dès la fin du mois de mars, le gouvernement lance par…

Les figures symboliques de la II<sup>e</sup> République
Les figures symboliques de la II<sup>e</sup> République
Les figures symboliques de la II<sup>e</sup> République

Ratapoil

C’est dans le climat politique tendu qui précéda le coup d’Etat du 2 décembre 1851, à la suite duquel Louis-Napoléon Bonaparte devint président de…

Ratapoil
Ratapoil
Ratapoil
Ratapoil

Tocqueville, historien et visionnaire

Magistrat sous la Restauration, Alexis de Tocqueville (Paris, 1805-Cannes, 1859) fut chargé d’une mission d’information aux Etats-Unis et publia à…

Louis Napoléon, Président de la République et futur empereur

Le 9 juin 1850, la Ville de Saint-Quentin recevait le prince Louis Napoléon Bonaparte, unique président de la IIe République.
Le 10 décembre…

La IIe République abolit l’esclavage

1848, l’abolition de l’esclavage

Affirmant l’égalité entre les hommes et leur droit naturel à la liberté, les philosophes du XVIIIe

La liberté d'enseignement et la loi Falloux

La question de l’enseignement en 1848

Sous la monarchie de Juillet, les défenseurs des prérogatives de l’État en matière d’enseignement s’opposent…

La liberté d'enseignement et la loi Falloux
La liberté d'enseignement et la loi Falloux
Le suffrage universel - Marie-Cécile Goldsmid

Le suffrage universel, estampe dédiée à Ledru-Rollin

La république selon la citoyenne Goldsmid

Avec la révolution de février 1848, la France connaît une ébullition éditoriale. Journaux et images…

Les ateliers nationaux au Champ de Mars

Les Ateliers nationaux

Les ateliers nationaux, « moment » de l’année 1848

À l’issue de la révolution de février 1848, la IIe République est établie, mettant…