L’alunissage le 20 juillet 1969

Date de publication : mai 2019

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Contexte historique

Un rêve devenu réalité

Le 20 juillet 1969, en direct en Mondovision, un homme pose le pied sur la Lune. Puis, 19 minutes après sa descente, Neil Armstrong (1930-2012) est rejoint par Buzz Aldrin (né en 1930), lequel est photographié par son coéquipier à cinq reprises. Contrairement aux images filmées, ces clichés sont en couleur. Les deux séries documentaires signent la fin d’une époque : la Lune n’est plus un objet de rêverie, le voyage vers le satellite n’est plus un fantasme. La mission Apollo 11 de la Nasa, très risquée, est une réussite totale qui vient effacer le retard américain sur les Soviétiques – ces derniers ont lancé en 1957 le Spoutnik, premier satellite artificiel autour de la Terre, puis des animaux (la chienne Laïka), le premier homme dans l’espace le 12 avril 1961 (Youri Gagarine) et la première femme, Valentina Terechkova, en 1963.

Pendant que Michael Collins (né en 1930) assure la garde du module de commande, Armstrong, pilote vétéran de la guerre de Corée, pilote d’essai d’avions-fusées, technicien expérimenté des missions spatiales, a logiquement été choisi comme commandant de la mission et pilote du module lunaire. Aldrin, son copilote, est plus spécifiquement chargé du déploiement du matériel scientifique. Les deux hommes restent sur la Lune environ 2 heures et vingt minutes afin notamment de collecter des matériaux lunaires qui doivent être analysés sur Terre. Ils consacrent aussi quelques minutes à poser une plaque commémorative et à photographier les environs, les marques de pas, et Aldrin dans sa combinaison d’astronaute. 

Analyse des images

La nouvelle image de la Lune

Jusqu’à ce beau jour de 1969, l’homme a admiré la Lune de loin, dessinée, scrutée au télescope. Les Soviétiques ont bien photographié sa face cachée en 1963, l’ont cartographiée en 1965, mais l’alunissage réussi filmé en direct et les clichés pris depuis la Lune même changent la donne. Les traces de pas multiples au premier plan révèlent le parcours effectué par Armstrong dans les minutes qui ont précédé ; encore timide dans cet espace totalement inconnu, il s’est limité aux alentours immédiats du module de la sonde Apollo. Tous les éléments de l’imaginaire spatial qui va désormais faire florès au cinéma sont présents. La poussière grise du sol, les ombres allongées et l’éclairage inhabituel du Soleil, l’absence d’atmosphère et de toute trace de vie donnent un air d’éternité à la scène. Le vaisseau spatial brillant, tout en métal, et le scaphandre blanc qui dissimule le héros de la conquête spatiale, attestent que la technique humaine a su encore une fois repousser ses limites. Enfin, la bannière étoilée, fille des drapeaux plantés au siècle précédent sur les pôles par des explorateurs de l’extrême, donne un indéniable accent américain à l’aventure. 

Interprétation

Le rêve de grandeur américain

La publication récente des archives photographiques de la Nasa pour les années 1960 montre que ses dirigeants ont soigneusement choisi les images les plus symboliques – en particulier celle associant la Lune, le drapeau américain, le module et Buzz Aldrin – et écarté beaucoup de clichés ratés parmi les 339 réalisés sur le satellite (1 470 pour la mission dans l’ensemble). L’alunissage réussi est un exploit scientifique, mais surtout un symbole de la puissance impériale américaine et une formidable publicité en couleurs, comme la télévision qui s’impose dans les foyers. Les États-Unis de Lyndon Johnson diffusent très largement dans le monde ces photographies et les images télévisées prouvant que le rêve fait par John F. Kennedy en 1961 est devenu réalité. La propagande utilise tous les médias disponibles et crée une culture matérielle autour de la conquête spatiale (timbres, maquettes, cartes postales, etc.). Les astronautes, rentrés sur Terre sains et saufs, sont engagés dans une ample campagne de conférences.

Cet événement d’importance planétaire s’inscrit dans un contexte de guerre froide relancée par Nikita Khrouchtchev après le décès de Staline (1953). Les États-Unis ont remporté le défi lancé aux Soviétiques. Outre le décès prématuré de leur ingénieur génial Sergueï Korolev en 1966, le défaut de direction unique du programme spatial et un financement erratique ont condamné toute chance de réussite. Des moyens exceptionnels sont mis à disposition de la Nasa, qui procède par essais successifs et finit par tenter l’alunissage à la onzième mission Apollo. Avec ce programme, preuve est donc faite que la science américaine l’emporte sur son adversaire. Sous couvert scientifique, la mission Apollo est avancée comme élément fédérateur pour des Américains au patriotisme en berne du fait de l’engagement militaire au Vietnam, secoués aussi par la lutte des Afro-Américains pour les droits civiques. Elle ouvre aussi la voie à des ambitions impérialistes au sommet de l’État : pas toujours réalistes, elles sont largement alimentées par la communication de la Nasa, devenue un État dans l’État grâce à la course de l’espace.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « L’alunissage le 20 juillet 1969 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 19 juillet 2019. URL : http://histoire-image.org/fr/etudes/alunissage-20-juillet-1969
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