Louis XV enfant recevant une leçon

Date de publication : juillet 2016

Université d'Evry-Val d'Essonne

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Contexte historique

L’éducation du roi

Devenu roi à l’âge de 5 ans à la mort de son arrière-grand-père, Louis XV doit encore parfaire sa formation.

Ce tableau anonyme, réalisé pendant la Régence, évoque l’organisation de l’enseignement donné au jeune souverain. La scène se déroule probablement aux Tuileries, là où ce dernier s’installe au début de l’année 1716, après avoir quitté Versailles pour Vincennes à la mort de Louis XIV.

Quelques indices suggèrent que la leçon ici représentée se déroule vers 1717. Le roi a alors 7 ans, âge auquel l’éducation élémentaire confiée à sa gouvernante, Maman Ventadour, prend fin. Jusqu’à sa majorité (13 ans), il est entouré d’hommes qui organisent sa formation théorique et pratique destinée à le préparer à l’exercice du pouvoir.

Les intervenants sont désignés dans le testament de son trisaïeul, puis confirmés par le Parlement de Paris et le Régent, Philippe d’Orléans : le duc du Maine, bâtard légitimé de Louis XIV, est surintendant de l’Éducation ; le maréchal de Villeroy, un militaire fidèle au feu roi, occupe quant à lui la fonction de gouverneur, alors que le prélat André-Hercule de Fleury, ancien évêque de Fréjus, devient précepteur ; deux sous-gouverneurs (les marquis de Saumery et de Ruffey) et plusieurs sous-précepteurs complètent ce groupe.

Analyse des images

L’équipe pédagogique

Le jeune souverain est représenté assis, entouré de sept personnages. Un huitième rejoint la bibliothèque, située au dernier plan. Il s’agit peut-être du gouverneur, étonnement absent de la scène alors que sa mission impose une surveillance constante du souverain.

Le Régent, aisément reconnaissable par le ruban bleu de l’ordre du Saint-Esprit, rend visite à son petit-neveu. Ce dernier montre de la main droite les documents qu’il étudie, un volume oblong ouvert sur la table ainsi qu’un plan qui se déploie jusqu’au sol, comme pour signifier qu’il est bon élève. Derrière eux, trois valets de la Maison civile du Roi font office d’appariteurs, apportant documents et objets. Il s’agit probablement d’un cours d’architecture militaire sur l’art des fortifications – une matière que le souverain affectionne –, car le plan étudié par le jeune roi ainsi que celui transporté par l’un des valets figurent les lignes de défense d’une citadelle.

Trois prélats sont installés de l’autre côté de la table de marbre. André-Hercule de Fleury, face au souverain, est probablement le maître de la leçon ; le futur cardinal tient une place de plus en plus importante auprès du monarque, et deviendra quelques années plus tard, entre 1726 et 1743, son principal ministre. Les deux autres prélats appartiennent probablement au groupe des sous-précepteurs, qui comprend les abbés Jehan Vittement, Robert Pérot et Pierre-Joseph Alary. Fleury s’assure aussi les services de spécialistes de domaines variés, comme l’abbé Dufour de Longuerue, qui enseigne la géographie historique.

Interprétation

L’éveil aux sciences

Cette représentation montre la place importante des sciences dans le programme de formation du jeune Louis XV. Si les disciplines classiques, comme le français, le latin ou les mathématiques, ne sont pas négligées, l’éducation du souverain fait également appel à de nouveaux savoirs, comme la biologie, l’anatomie, l’astronomie ou la cartographie. Ainsi, le peintre représente une série de cartes, de volumes et d’instruments scientifiques, avec un globe, une équerre, un astrolabe, des compas ou encore un cadran solaire, un attirail scientifique traduisant une mutation pédagogique avec un important volet pratique basé sur des exercices.

À l’inverse, les matières traditionnelles comme la théologie (dont le nom latin, teologia, est inscrit en haut de la bibliothèque) paraissent reléguées au second plan.

En ce sens, ce tableau fait œuvre de militantisme en plaçant sur le devant de la scène les outils modernes de la connaissance. Il s’inscrit dans le prolongement des représentations des visites de Louis XIV à la nouvelle Académie royale des sciences et à l’Observatoire de Paris.

Par la suite, le programme éducatif des enfants de France intègre davantage les disciplines scientifiques, devenues de véritables outils de gestion dans l’administration du royaume.

Au XVIIIe siècle, le souverain se déplace moins dans les institutions savantes, car les démonstrations viennent à lui, comme à Versailles qui devient le « lieu d’enseignement des sciences » (Pascale Mormiche).

Bibliographie

ANTOINE Michel, Louis XV, Paris, Fayard, 1989.

MORMICHE Pascale, Devenir prince : l’école du pouvoir en France (XVIIe-XVIIIe siècles), Paris, CNRS Éditions, 2009.

PETITFILS Jean-Christian, Louis XV, Paris, Perrin, 2014.

SAULE Béatrix, ARMINJON Catherine (dir.), Sciences et curiosités à la cour de Versailles, cat. exp. (Versailles, 2010-2011), Paris, Réunion des musées nationaux / Versailles, château de Versailles, 2010.

Pour citer cet article
Stéphane BLOND, « Louis XV enfant recevant une leçon », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 17 septembre 2019. URL : http://histoire-image.org/fr/etudes/louis-xv-enfant-recevant-lecon
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