Comment voter contre le bolchevisme ?

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Contre les valets de Staline, votez National.

Contre les valets de Staline, votez National.

Comment voter contre le bolchevisme ?

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Date de création : 1919

Date représentée : 1919

H. : 0

L. : 0

© Collections La Contemporaine

De l'antibolchevisme à l'anticommunisme

Date de publication : Janvier 2006

Auteur : Alexandre SUMPF

L’antibolchevisme, puis l’anticommunisme qui lui succède, surgissent et s’apaisent en France au gré de la progression et du recul du mouvement communiste. C’est un phénomène essentiellement réactif, qui s’observe notamment au moment crucial des élections.

Ainsi, les premières élections suivant la Grande Guerre se déroulent dans un contexte politique et social profondément bouleversé. La double révolution russe de 1917 a été lourde de conséquences au plan international. Sur le front ouest, d’importantes mutineries ont secoué les armées embourbées dans les tranchées, en particulier du côté français. L’état-major, dirigé désormais par Pétain, a opéré une répression sans précédent, en s’acharnant notamment à punir les mutinés « rouges ». La révolte sociale s’est amplifiée malgré la loi d’avril 1919 instaurant la journée de travail de huit heures. Clemenceau, chef de l’exécutif de la République française, fait alors campagne sur le thème de l’union nationale et de la « menace du bolchevisme ». La Chambre élue en novembre est « bleu horizon », de la couleur de l’uniforme des anciens combattants qui y siégent en nombre.

Quinze ans plus tard, en 1934, l’antibolchevisme fait place à l’anticommunisme. La Section française de l’Internationale communiste (S.F.I.C.) est née en novembre 1920 de la scission entre socialistes et communistes, lors du congrès de Tours de la S.F.I.O. Entre 1921 et 1933, sauf à de rares moments, le parti communiste français connaît une période d’éclipse électorale et de désaffection militante. Pourtant l’U.R.S.S., un temps menacée de l’extérieur, entre à partir de 1924 dans le concert des nations, notamment sous l’impulsion du radical Herriot. Abandonnant, avec l’accord de Staline, la stratégie de lutte « classe contre classe », les communistes s’engagent alors dans le combat antifasciste. Le rapprochement des positions socialistes et communistes inquiète la droite républicaine qui vient déjà de perdre les élections de 1932 au profit d’un « nouveau cartel » des gauches. Le communisme semble désormais menacer la République de l’intérieur, après avoir été l’une des principales forces d’opposition à ce régime.

L’image d’un bolchevik couteau entre les dents est particulièrement fameuse, incarnant à elle seule l’antibolchevisme et l’anticommunisme français de l’entre-deux-guerres. Cette affiche reprend la couverture d’une brochure éditée à la veille des élections de 1919, « en vente dans toutes les librairies » pour la modique somme de 50 centimes de l’époque. Son auteur, Adrien Barrière (1877-1931), était jusqu’alors connu par ses affiches pour le théâtre d’épouvante. L’unique coloration employée, le rouge, et l’inscription en gros caractères du terme « bolchevisme », conjuguent la couleur traditionnelle de la révolution à une notion politique nouvelle. Cette dernière fait ainsi son entrée dans le vocabulaire politique commun. L’aspect tremblé de l’écriture et le cadrage insolite renforcent l’aspect sauvage de la figure de ce bolchevik hirsute, mal rasé, aux traits animaux, aux yeux exorbités pour suggérer la folie. Le couteau, ustensile que les affichistes français réutiliseront souvent par la suite, n’est pas une référence complètement inédite. Elle s’inspire directement, selon L. Gervereau et P. Buton, de cartes postales éditées en France pour illustrer la sauvagerie des tirailleurs sénégalais pendant le premier conflit mondial. Le concepteur de l’image s’appuie également sur la réputation des soldats russes qui combattaient sur le front ouest, particulièrement sanguinaires. Enfin, les dents apparentes de cet être inhumain et résolument non français, le sang qui goutte de la pointe du couteau, veulent certainement réveiller des souvenirs traumatisants chez les nettoyeurs de tranchées.

L’affiche visant Staline, commandée en 1934 par le Centre de propagande des républicains nationaux, constitue l’un des avatars les plus connus de l’image antibolchevique de 1919. La comparaison avec cette dernière s’impose d’elle-même, notamment du fait de l’emploi du verbe « voter », dans les deux cas. La couleur rouge a été généralisée à l’ensemble de l’image, par teinture du papier, comme pour illustrer l’extension du mal communiste qui menace la France. La grimaçante incarnation du communisme figure cette fois au centre de l’affiche, et on reconnaît parfaitement Staline, d’ailleurs expressément nommé. Le visage est marqué là encore par une pilosité noire comme l’âtre, mais sa fonction est bien différente de celle du bolchevik de 1919. La figuration des cheveux évoque des flammèches, élément auquel l’affichiste Petit associe des oreilles pointues et surtout des yeux plissés exprimant la fourberie. Ces traits particuliers font de Staline non plus un animal, mais le Diable en personne. Quant à la moustache, elle cache une bouche aux dents invisibles, une bouche de maître silencieux régnant sur d’innombrables « valets ». Enfin le grand couteau, arme à tuer, barre l’affiche dans toute sa largeur et devient un symbole à lui tout seul. Sa longue lame fait penser à une guillotine, tandis que son manche est gravé de symboles : la faucille et le marteau pour dénoncer les communistes français ainsi que les « valets » stigmatisés par le slogan ; les trois flèches de la S.F.I.O. pour représenter les socialistes ; enfin, le compas et l’équerre pour désigner les francs-maçons.

Les commanditaires de la brochure de 1919 se définissent eux-mêmes par leur implantation dans la « banlieue rouge » ceinturant Paris. L’antibolchevisme précède l’anticommunisme, au moment où le parti communiste n’existe pas encore en tant que tel. Il s’agit donc d’un courant de fond de la société française, d’une tendance ultraconservatrice, antirévolutionnaire, qui s’exprime dans les milieux des entrepreneurs industriels, quotidiennement confrontés à la classe « laborieuse » et « dangereuse ».

Henri de Kerillis, fondateur du Centre de propagande des Républicains nationaux en 1926, inscrit toutefois cette tradition réactionnaire dans le respect de la République et du jeu démocratique, à la différence des ligues d’extrême droite qui fleurissent à cette époque. Il cherche en effet à redynamiser la droite parlementaire à la suite des victoires de la gauche en 1924 et en 1932. La reprise du thème de l’homme au couteau entre les dents en 1934 a d’ailleurs un sens électoral précis : elle sous-entend qu’en dépit du changement de ligne imposé par Staline au Komintern, les communistes demeurent les mêmes et représentent la même menace qu’en 1919.

Le milieu des industriels et celui de la droite républicaine insistent tous deux sur l’altérité, l’incompatibilité avec la France d’une idée et d’un parti venant de l’Orient barbare. Leurs images, surtout, sont empreintes d’une violence qui rappelle directement les horreurs de la Première Guerre mondiale et marquera durablement les esprits. Il n’est que de constater la permanence de l’image du bolchevik et la récurrence du symbole du couteau dans l’imaginaire collectif – y compris celui des communistes eux-mêmes, qui ne se privent pas de le tourner en dérision ou de le détourner à l’occasion.

Maurice AGULHON, La République, Paris, Hachette, coll. « Pluriel », 2 tomes, nouvelle édition augmentée, 1990.Jean-Jacques BECKER et Serge BERSTEIN, Histoire de l’anticommunisme en France, tome I « 1917-1940 », Paris, Orban, 1987.Philippe BUTON et Laurent GERVEREAU, Le Couteau entre les dents : soixante-dix ans d’affiches communistes et anticommunistes (1917-1987), Paris, Chêne, 1989.Pascal ORY (dir.), Nouvelle histoire des idées politiques en France, Paris, Hachette, coll. « Pluriel », édition revue et augmentée, 1987.René REMOND, Les Droites en France, Paris, Aubier-Montaigne, 1982.Jean-François SIRINELLI (dir.), Les Droites françaises.De la Révolution à nos jours, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 1992.Michel WINOCK, Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France, Paris, Le Seuil, coll. « Points », 1990.

Alexandre SUMPF, « De l'antibolchevisme à l'anticommunisme », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 07/10/2022. URL : histoire-image.org/etudes/antibolchevisme-anticommunisme

Anonyme (non vérifié)

Bonjour,

Je suis élève de 3ème et je vais présenter cette affiche au cours de mon oral d'Histoire des Arts qui aura lieu le lundi 16 mai. Je vous remercie de cette analyse détaillée qui m'a permis de bien comprendre cette affiche. J'ai cependant deux petites questions à vous posées : Cette affiche à -t-elle bien été commanditée pour les éléctions législatives de 1936 en France ? et le logo MHC en bas à droite est-ce celui du Musée d'Histoire Contemporaine dans lequel cette affiche est conservée ? merci de votre réponse rapide ^^

jeu 12/05/2011 - 01:33 Permalien
Anonyme (non vérifié)

bonjour je sui une élève de 3°, et je vais présenter cette affiche pour mon oral d'Histoire des Arts.
Celui-ci aura lieu lundi 23 mai.
j'ai quelques questions même si vos explications sont intéréssantes.
Je vais présenter cette affiche avec celle qui lui est associée "contre ça votez communiste" je voulais savoir si je devais présenter les affiches séparément ou si je les mets en parrallèles ?
et je voulais savoir aussi si tout ce qui est écrit sera suffisant pour mon épreuve ou si il en faut plus?
merci de répondre vite.

dim 22/05/2011 - 01:32 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Cher baobab, il est malheureusement sans doute un peu tard pour vous répondre.

A la question de savoir s'il convient de les présenter séparément ou ensemble, il y a une différence entre les deux documents. La première image datée de 1919 peut être présentée de façon autonome. En revanche pour la seconde datant de 1934, un parallèle avec la première image semble indispensable car il s'agit bien d'une référence à la première image, très connue à l'époque.

Quant à savoir si le contenu de l'étude convient à votre épreuve, il est bien difficile de vous répondre. Mais il est sûr qu'elle livre une analyse détaillée des images en révélant leur intérêt historique.

lun 23/05/2011 - 17:38 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Chère Eugénie,
>>Cette affiche à -t-elle bien été commanditée pour les élections législatives de 1936 en France ?
Cette affiche n'est pas directement liée aux élections de 1936 car elle date de 1934. Mais la perspective de ces élections est envisageable dans cette réalisation. Surtout elle manifeste après l'échec du coup de force des journées de février 1934, une volonté clairement affirmée de la droite nationale de parvenir au pouvoir par les urnes.

>> et le logo MHC en bas à droite est-ce celui du Musée d'Histoire Contemporaine dans lequel cette affiche est conservée ?
Tout-à-fait, cette affiche est conservée à la bibliothèque de documentation internationale contemporaine du musée d'histoire contemporaine.

C'est un peu tard pour répondre. J'espère que votre oral d'Histoire des arts s'est bien passé et que cette étude a pu vous aider.

lun 23/05/2011 - 17:46 Permalien
Anonyme (non vérifié)

merci pour ces renseignements mais est-ce que vous en avez des renseignements pour h.Petit ?
Merci encore

jeu 08/12/2011 - 14:32 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Bonjour, je suis élève de 3ème et j'ai un DM en histoire à faire sur cette affiche et sur celle qui s'intitule "contre ça votez communiste"... Pour les deux on me demande ce que l'on connait de l'auteur mais je n'arrive pas à trouver même sur d'autres sites... Pourriez vous m'indiquer une grande oeuvre provenant de lui ?
Merci d'avance!!!

lun 26/12/2011 - 17:52 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Vous racontez n'importe quoi, cette affiche n'a rien a voir avec les élections de 1936. Comme je dis toujours :"On réfléchis avant d'écrire une ineptie

jeu 23/02/2012 - 15:42 Permalien
Anonyme (non vérifié)

>> Vous racontez n'importe quoi, cette affiche n'a rien a voir avec les élections de 1936.

C'est ce qui est dit... L'affiche date de 1934, comme il est indiqué dans la notice, l'analyse et les commentaires.

ven 24/02/2012 - 15:40 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Bonjour,
Je dois présenter cette affiche lors de mon histoire des arts qui est a rendre avant le 18 avril ! Pourriez vous répondre a mes questions?
Que représente les 3 symboles sur le manche du couteau?
Et a quoi a servie cette affiche?
Merci de répondre le plus rapidement possible.

dim 08/04/2012 - 19:19 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Bonjour,

Toutes les réponses à vos questions se trouvent dans les commentaires et leurs réponses !

A bientôt,

Anne-Lise

mar 10/04/2012 - 10:02 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Bonjour!
J'ai bien compris l'analyse de l’œuvre etc, mais je ne comprend pas, si cette affiche n'a pas été crée pour les élections de 1936, pourquoi alors?

ven 11/05/2012 - 18:49 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Je suis en 3ème également, dans mon établissement nous avons eu des "entretient" avec nos professeurs afin de savoir ce qu'il fallait mettre dedans, completez, enlever, ... je travaille sur les affiches Hitler + Staline avec les couteaux entre les dents et nos professeurs (histoire et francais) nous ont dit d'ajouter les images parlant des 40heures (pour et contre) puis trouver une problematique regroupant tout cela. J'espère que ça pourra vous aider pour votre HDA :) Cha.

dim 03/06/2012 - 22:44 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Bonjour, je voulais savoir :
Qu'elles sont les dimensions du l'affiche de 1919 d'Adrien Barrère ?

dim 15/03/2015 - 18:43 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Bonjour Noémie,

Nous ne sommes pas en mesure de répondre à votre question car nous ne connaissons pas les dimensions de l'affiche.
Pour information, la notice détaillée de la BNF ne les mentionne pas non plus : http://gallica.bnf.fr/Search?adva=1&adv=1&tri=&t_relation=cb398373720&q=affiche+propagande

Bon courage dans vos recherches,
A bientôt,

Juliette

mar 07/04/2015 - 15:05 Permalien

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