l'apothéose de Napoléon III.

l'apothéose de Napoléon III.

Date de création : 1854

Date représentée :

H. : 65

L. : 81

Huile sur toile

© Photo RMN - Grand Palais

http://www.photo.rmn.fr

77EN3305 / FPN 4705

L’Apothéose de Napoléon III

Date de publication : Novembre 2009

Auteur : Alain GALOIN

L’Apothéose de Napoléon III

L’Apothéose de Napoléon III

Le développement du rationalisme scientifique au XVIIIe siècle a entraîné le déclin de l’allégorie dans l’art. Victime de l’air du temps qui voyait rapidement refluer les valeurs humanistes et se fortifier le discours scientifique, l’allégorie ne répondait plus aux attentes de personne. Emphatique et creuse pour les artistes avides de sincérité, de réalisme et d’idéologie militante, elle semblait relever du plus pur obscurantisme pour les hommes de science. Son élitisme pédant était en contradiction avec la découverte de l’idéal démocratique. Au XIXe siècle, elle alla se réfugier dans l’académisme de l’art officiel et des peintres pompiers. Les frontons des hôtels de ville, des palais de justice, ou la décoration de quelques édifices religieux entretinrent ici ou là le souvenir du genre, mais la répétition systématique de quelques configurations majeures n’a pas suffi à pérenniser la source du discours allégorique dans la mémoire collective.

Cette esquisse de Cabasson peut être divisée en trois registres.
Dans la partie centrale de l’œuvre, Napoléon III est debout sur un char avec, à ses côtés, la France qui lui donne la main et qui tient le drapeau tricolore dans la main droite. Le char est mené, à gauche, par Athéna et Héraclès. Athéna est coiffée du casque attique. Elle porte le bouclier rond (hoplon) orné en son centre du gorgonêion. Elle tient une lance dans la main gauche. Héraclès est revêtu de la peau du lion de Némée (leontè) et porte sa massue sur l’épaule droite. Leur char est suivi par les allégories de la Peinture, de la Sculpture et de l’Architecture, trois figures féminines. A l’extrême droite de ce registre, la Justice est assise sur un lion symbolisant la Clémence. Elle tient une balance dans la main droite et un sceptre dans la main gauche. Elle est encadrée par deux jeunes femmes : la Loi à gauche et, à droite, une figure allégorique qui pourrait être l’Autorité.
Dans le registre supérieur, une Renommée ailée survole l’attelage. Au-dessus de l’Empereur, une Victoire, tenant un rameau d’olivier dans la main droite, pose une couronne de laurier sur la tête du souverain. En haut et à gauche, deux putti soutiennent l’urne du suffrage universel. Celui de gauche brandit le parchemin sur lequel est inscrit le résultat : Napoléon III Empereur. L’aigle impérial plane au-dessus de l’ensemble tandis que, dans la nuée, l’ombre de Napoléon Ier émerge de la lumière et salue le cortège en soulevant son célèbre bicorne ; derrière lui, on distingue les maréchaux d’Empire admis au paradis des braves.
Au registre inférieur, un groupe central est constitué par Hermès, dieu du Commerce, identifiable à son caducée, qu’encadrent à gauche l’Abondance, qui s’appuie sur la corne d’Amalthée, et à droite Déméter, déesse de l’Agriculture et des produits de la terre, qui tient une faucille dans la main droite et dont le bras gauche repose sur une gerbe de blé. Ce groupe est environné, à gauche et à droite, par des putti. En bas et à gauche, deux amours ailés portent les armes impériales.

Nous sommes ici en présence d’un discours iconologique particulièrement riche et élaboré. Cabasson s’inspire manifestement du décor des vases grecs décrits dans le catalogue de la collection Hamilton gravé par Tischbein. Son Apothéose de Napoléon III est incontestablement une transposition de l’apothéose d’Héraclès, héros antique à qui ses fabuleux exploits ont valu de rejoindre les divinités de l’Olympe et de devenir un immortel parmi les dieux.
La présence de Napoléon Ier sur l’image inscrit le règne du neveu dans l’exacte continuité de celui de l’oncle. Le règne de Napoléon III tient sa légitimité du suffrage universel, puisqu’il est le fruit du plébiscite des 21 et 22 novembre 1852 ayant permis la proclamation de l’Empire le 2 décembre suivant. Le rameau d’olivier que brandit la Victoire rappelle le slogan de Napoléon III pendant la campagne électorale : « L’Empire, c’est la paix. »
Les autres figures allégoriques placent le règne sous le signe de l’ordre et de la justice, de la prospérité économique et du développement des beaux-arts.
On ne pourra manquer de comparer cette œuvre de Cabasson avec l’esquisse d’Ingres représentant L’Apothéose de l’empereur Napoléon Ier, réalisée un an plus tôt, en 1853, et conservée au musée Carnavalet. Cette esquisse était l’ébauche préparatoire du plafond du salon de l’Empereur à l’Hôtel de Ville de Paris. Présenté à l’Exposition universelle de 1855, ce plafond disparut dans l’incendie de 1871, pendant la Commune.

Napoléon III et la Côte-d’Or catalogue de l’exposition, Dijon, 1968, n° 25.

Jean TULARD (dir.) Dictionnaire du Second Empire Paris, Fayard, 1995.

Alain GALOIN, « L’Apothéose de Napoléon III », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 20/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/apotheose-napoleon-iii

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Un enterrement à Ornans

Enterrement de la IIe République

Singulier destin que celui de cet enterrement de campagne ! Symbole de l’ordure moderne pour les contemporains, chef-d’œuvre révéré aujourd’hui,…

Les meurtrissures de la Grande Guerre

La Grande Guerre comme source d’inspiration

Théophile Alexandre Steinlen (1859-1923) est âgé de cinquante-cinq ans quand la Première Guerre…

Les meurtrissures de la Grande Guerre
Les meurtrissures de la Grande Guerre
Les meurtrissures de la Grande Guerre

Le soutien aux républicains depuis la France

La guerre en Espagne vue de France

Bien que les deux alliances électorales portent le nom de « front populaire », les nouveaux gouvernements…

David, artiste révolutionnaire

De l’artiste libéral au député de la Convention

Le Salon de peinture du Louvre de 1789 présente une nouvelle série d’oeuvre commandées depuis 1775…

David, artiste révolutionnaire
David, artiste révolutionnaire

La ménagerie impériale

La caricature – de l’italien caricare, « charger, exagérer » – est l’expression plastique la plus significative de la satire dans le graphisme, la…

Scène de Juillet 1830, dit aussi Les Drapeaux

Le drapeau bleu-blanc-rouge

Au cours de la Révolution, l’emblème tricolore devient le support d’un nombre croissant de souvenirs et de fidélités.…

L'Atelier du peintre. Allégorie réelle. Gustave Courbet

Courbet, peintre réaliste de la société

« C’est le monde qui vient se faire peindre chez moi »

En 1854 ou 1855, Gustave Courbet peignit un grand tableau de 6 mètres sur 3 mètres, L’…

Louis XIII, « une foi, une loi, un roi »

Le portrait d’un peintre baroque

Cette composition serait une réplique d’atelier d’une toile de Simon Vouet conservée à Versailles. Due à l’…

Les Fugitifs : fuite, exode ou déportation ?

La signification des Fugitifs est assez mystérieuse.

On invoque le plus souvent, pour expliquer l’irruption de ce thème dans l’œuvre de…

Le peuple mangeur de rois

La Révolution française, période privilégiée pour les caricatures politiques, multiplie le recours aux allégories mythologiques malgré le décalage…