Affiche pour le referendum de décembre 1851.

Affiche pour le referendum de décembre 1851.

Ralliement de la Garde nationale lors du coup d'état du 2 décembre 1851.

Ralliement de la Garde nationale lors du coup d'état du 2 décembre 1851.

Histoire d'un crime -  La Victoire.

Histoire d'un crime - La Victoire.

Affiche pour le referendum de décembre 1851.

Affiche pour le referendum de décembre 1851.

Lieu de conservation : musée de l’Armée (Paris)
site web

Date de création : 1851

Date représentée : 02 décembre 1851

H. : 61

L. : 46

Imprimé

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN - Grand Palais / Pascal Segrette

http://www.photo.rmn.fr

06-502223 / 2005.22.1

Le coup d'Etat du 2 décembre 1851

Date de publication : Décembre 2007

Auteur : Alexandre SUMPF

Deuxième République, Second Empire

Le 2 décembre 1851, le président de la IIe République, démocratiquement élu en décembre 1848, s’empare du pouvoir par un coup d’État. Le neveu de Napoléon Ier, Louis Napoléon Bonaparte, se proclame empereur des Français et prend le nom de Napoléon III. C’est la seconde fois en moins d’un siècle qu’une république née d’une révolution succombe de cette manière.

Pourtant, la révolution de février 1848 avait sonné le glas de tout régime monarchique en France. Le 23 avril 1848, pour la première fois de l’histoire de France, toute la population masculine est appelée aux urnes, progrès démocratique sans précédent. Mais ce scrutin conduit aussi à l’élection surprise de Louis Napoléon Bonaparte par 5,4 millions d’électeurs – alors même qu’il se présentait comme l’héritier de Napoléon, le fossoyeur de la Ire République.

C’est qu’entre-temps les journées d’émeute de juin 1848 ont condamné la république aux yeux d’une partie des Français, qui redoutent une dérive démocratique. De fait, les élections de 1849 font apparaître un fort socialisme rural, signe de la radicalisation des paysans. Un parti bonapartiste se forme également ; le Président joue la carte de l’ordre avec des accents populistes censés l’assurer du soutien populaire.

Se considérant gêné dans son pouvoir par l’Assemblée, Louis Napoléon Bonaparte décide de renverser la république le 2 décembre 1851 – date anniversaire de la victoire de Napoléon Ier à Austerlitz, en 1805. L’Assemblée et les barricades parisiennes ne résistent que jusqu’au 5 décembre. C’est alors que gonfle en province une vague inattendue, incarnée par des colonnes d’insurgés paysans qui marchent sur les villes. On comprend mieux le soin qu’avait pris le Président à s’assurer le soutien de l’armée.

Un coup d’Etat contre le peuple

À l’époque, la proclamation par affiches est le moyen le plus rapide d’atteindre la population dans son ensemble. À l’aube du 2 décembre 1851, deux affiches ont été placardées sur les murs de la capitale, adressées l’une à la population, l’autre à l’armée. Afin d’attirer le regard des passants sachant lire, le compositeur de l’appel a placé tout en haut de la feuille, en gras, trois mentions qui octroient au document solennité, personnalité et légalité. C’est au nom même du peuple français qui l’a élu que le président de la République décrète les dispositions qu’énumèrent les six articles. Mais deux images narrent une autre histoire.

Le tableau de Pierre-Eugène Lacoste met en scène le ralliement au coup d’État de la Garde nationale, pourtant chargée de la défense de l’Assemblée depuis février. On voit des groupes de soldats tenant entre leurs mains la proclamation dans une composition aux tons sombres. Dans la partie supérieure, la nuit noire règne, à peine éclairée des taches blanches des nuages et de fenêtres jaunâtres. Dans la partie inférieure, la Garde nationale en grand uniforme et en rangs serrés regarde attentivement les deux personnages centraux, éclairés d’en dessous par un feu de camp. Le premier, habillé en civil et de face, se distingue du reste de la foule par la netteté des traits de son visage. Au contraire, le second tourne le dos au spectateur et se fond dans la masse. Seul son bicorne, symbole reconnaissable entre tous, l’identifie.

La gravure intitulée « 4me journée - la Victoire », exécutée par Ernest Dargent pour la série « Histoire d’un crime », illustre bien la thématique de ce titre sans ambiguïté. Cette fois-ci, c’est en plein jour, de face, en gloire, qu’apparaît le nouvel empereur, qui touche au ciel de la pointe de son sceptre. Le tiers supérieur du dessin, structuré par des traits réguliers, révèle « l’alliance du sabre et du goupillon » qui fonde l’ordre impérial. Seulement, le trône en déséquilibre appelle le regard et le contraint à suivre l’oblique de l’épée du Président, pointée sur un monceau de cadavres. Là, dans les deux tiers inférieurs, le coup de burin se fait plus profond, l’encre noire du sang se coagule en une glaçante conclusion (« la Victoire ») qui contraste avec la blanche innocence des victimes du coup d’État : femmes, enfants, vieillards, jeunes républicains.

Le 18 Brumaire de Louis Napoléon Bonaparte

Le nimbe immaculé de l’empereur sur la gravure représente en fait le spectre de la Réaction qui a à nouveau triomphé du Peuple. L’affiche annonçant le plébiscite témoigne autant de la préparation du coup d’État que de sa soudaineté. La brièveté des articles souligne l’urgence, l’impératif indique une décision irrévocable. L’Imprimerie nationale a été occupée dans la nuit du 1er au 2 décembre afin qu’elle soit imprimée dans le plus grand secret par des typographes dont le pouvoir se méfiait. Les apparences de la légalité sont sauvées – Napoléon III sera d’ailleurs approuvé à une large majorité le 20 décembre. Le bonapartisme, courant de la droite française étudié par René Rémond, est bel et bien né.

Cependant, l’essentiel de l’action se déroule dans les rues de Paris et sur les chemins de campagne, qui restent peu visibles dans les représentations picturales, mais nourriront l’un des passages les plus forts de La Fortune des Rougon, roman initial de la saga d’Émile Zola. Lacoste exprime le ralliement capital de la Garde républicaine par des képis brandis en écho aux bras levés du civil et du général. Cette image centrale donne la sensation du mouvement : le civil agissant à découvert et commençant à lever le bras se mue en chef militaire victorieux, mais qui conspire dans l’ombre.
Le contraste est total avec le célèbre tableau de François Bouchot où Napoléon éclate de puissance au beau milieu des représentants du peuple. C’est d’ailleurs le constat fait par Karl Marx dans Le 18 Brumaire de Louis Napoléon Bonaparte : « Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. »

Maurice AGULHON, 1848 ou l’Apprentissage de la République, Paris, Le Seuil, coll. « Points Histoire », 1973.Karl MARX, Le 18 Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte, écrit en 1852, révisé en 1869.René RÉMOND, Les Droites en France, Paris, Aubier Montaigne, 1982.Jean-François SIRINELLI (dir.), Les Droites françaises, de la Révolution à nos jours, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 1992.

Alexandre SUMPF, « Le coup d'Etat du 2 décembre 1851 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 27/06/2022. URL : histoire-image.org/etudes/coup-etat-2-decembre-1851

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