Un balcon, boulevard Haussmann.

Un balcon, boulevard Haussmann.

Boulevard des Italiens, 33 - Pavillon de Hanovre.

Boulevard des Italiens, 33 - Pavillon de Hanovre.

Hôtel de Préfecture.

Hôtel de Préfecture.

Un balcon, boulevard Haussmann.

Un balcon, boulevard Haussmann.

Lieu de conservation : collection particulière

Date de création : 1880

Date représentée :

H. : 69 cm

L. : 62 cm

peinture à l'huile sur toile

© Photo RMN - Grand Palais - G. Blot

http://www.photo.rmn.fr

93DE6235

L’haussmannisation

Date de publication : Mars 2016

Auteur : Ivan JABLONKA

Bien que survenue quarante ans après celle de Londres, la brutale métamorphose de Paris sous le Second Empire a frappé l’opinion nationale et internationale. L’originalité de l’œuvre du préfet Haussmann, qui régna de 1853 à 1870 « presque comme un ministre de la capitale », tient en trois points : l’importance accordée aux équipements collectifs, la création d’une ville bourgeoise, l’édification d’un ensemble urbanistique cohérent. Les tableaux et photographies de l’époque reflètent souvent ces deux derniers aspects.

L’ouverture de grandes artères (le boulevard de Strasbourg, le boulevard de Sébastopol, le boulevard Saint-Michel pour l’axe nord-sud, le boulevard Saint-Germain, la rue de Rennes, etc.) et l’agrandissement d’autres voies (la rue de Rivoli et la rue Saint-Antoine pour l’axe est-ouest) constituent dans l’esprit d’Haussmann les « moyens de satisfaire aux nécessités d’une circulation toujours plus active » (HAUSSMANN, Mémoires, t. 3, Grands travaux de Paris, Victor Havard, 1893, p. 53). L’alignement des façades, leur plan identique et les proportions régulières des immeubles cossus, bâtis pour la grande bourgeoisie du Second Empire, concourent en outre à l’harmonie de l’ensemble.

Dans le tableau de Caillebotte, au-dessus des frondaisons s’élèvent les immeubles du boulevard Haussmann au croisement de la rue La Fayette. Un homme en habit et haut-de-forme, sur son élégant balcon en fer forgé, se penche pour regarder l’animation des trottoirs. La clarté des feuillages, le blanc crème des pierres de taille, l’impression d’aération qui se dégage de ce large boulevard percé entre 1857 et 1862 correspondent parfaitement à l’esthétique de la ville nouvelle, tant il est vrai que l’avenue haussmannienne est « large et droite. […] Les amples trottoirs sont plantés d’arbres […] ; des immeubles cossus la bordent, longue façade en pierre de taille, à porte cochère, à balcons et à décoration sculptée » (L. GIRARD, Nouvelle histoire de Paris. La Deuxième République et le Second Empire). En peignant cette toile vive et fraîche, Caillebotte se pose en témoin de son temps, ce qui est une des caractéristiques de la peinture impressionniste (et de la littérature naturaliste).

Trois décennies plus tard, Atget a la même ambition. Son cliché du boulevard des Italiens montre une large perspective plantée d’arbres. Ouvert en 1685, celui-ci n’a pas attendu l’haussmannisation de Paris pour devenir célèbre. La pavillon de Hanovre, au centre, a été construit par le maréchal de Richelieu en 1760. Les façades du bâtiment se trouvent désormais dans le parc de Sceaux en région parisienne. Débouchant sur le boulevard Haussmann et abritant aussi bien le Café Riche, le Café Anglais et Tortonique l’immeuble du Crédit Lyonnais, le boulevard des Italiens, ce roi des « grands boulevards », participe de la fête impériale. On peut d’ailleurs s’étonner qu’Atget s’y soit intéressé, dans la mesure où le photographe du vieux Paris n’avait aucune affection pour le « Paris haussmannien, riche, pompeux et grandiose ».

Les transformations urbanistiques du Second Empire ont aussi affecté la province, en particulier Lyon, Lille, Bordeaux et Marseille. Le port phocéen s’est enrichi de nombreux édifices, parmi lesquels le palais de la chambre de commerce, Notre-Dame de la Garde et la préfecture, grande bâtisse blanchâtre et austère que Terris a photographiée en pleine construction. Marseille s’est dotée en outre d’un réseau d’égouts modernes et de grands axes comme la rue Impériale, actuelle rue de la République, ouverte à travers des vieux quartiers.

Sous le Second Empire, l’haussmannisation a bouleversé l’organisation spatiale et sociale des principales villes de France.

À Paris, les expropriations, les percées et les constructions nouvelles ont entraîné une flambée des prix à laquelle les classes populaires n’ont pu faire face, si bien que l’entreprise haussmannienne s’est traduite par une aggravation des disparités « entre Paris et la banlieue, entre quartiers riches de l’Ouest et quartiers pauvres de l’Est, entre rive droite et rive gauche » (B. MARCHAND, Paris, histoire d’une ville (XIXe-XXe siècle), Seuil, 1993, p. 88).

C’est surtout l’aspect général de Paris qui a été transformé. Ces grandes avenues rectilignes, vitrines de l’Empire, devaient donner l’impression que la ville s’était embellie et aérée, laissant désormais passer la lumière, les hommes et l’eau dont ils ont besoin. Cette nécessité de circulation répond à une exigence de prestige, mais aussi de maintien de l’ordre. C’est la double fonction de ces larges axes conçus aussi pour le passage de la troupe, comme le boulevard du Prince-Eugène (aujourd’hui boulevard Voltaire) qui permet de veiller sur le populaire quartier du faubourg Saint-Antoine.

Les contemporains, dans l’ensemble, eurent le sentiment que la ville s’était assainie et avait fait « sa toilette de civilisation : plus de masures humides où la misère s’accouple à l’épidémie, et trop souvent au vice ». Paris s’était enfin doté d’ « habitations dignes de l’homme, dans lesquelles la santé descend avec l’air, et la pensée sereine avec la lumière du soleil » (T. GAUTIER, préface de E. FOURNIER, Paris démoli, 1855).

Pourtant, jusqu’à la fin du XIXe siècle, beaucoup fustigeront l’énormité de la dette laissée par « les comptes fantastiques d’Haussmann », selon le titre du pamphlet de Jules Ferry, la ségrégation sociale créée par les travaux et les destructions, ainsi que les choix urbanistiques du baron. En 1926, on lit encore sous la plume d’acerbes critiques : « Il ne faut pas l’accuser d’avoir haussmannisé trop, mais trop peu. En dépit de sa mégalomanie théorique, nulle part, dans la pratique, il n’a vu assez large, nulle part il n’a prévu l’avenir. Toutes ses vues manquent d’ampleur, toutes ses voies sont trop étroites. […] Par-dessus tout, le Paris du Second Empire manque de beauté » (L. DUBECH, P. D’ESPEZEL, Histoire de Paris, Payot, 2 vol., 1926, p. 164).

Patrice DE MONCAN, Christian MAHOUT, Le Paris du baron Haussmann. Paris sous le Second Empire, Paris, Éd. SEESAM-RCI, 1991.

Ivan JABLONKA, « L’haussmannisation », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 08/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/haussmannisation

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