Les Entre-Paroles du manant dé-ligué et du maheustre

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Date de création : 1594

gravure

© Domaine public / source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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RES FOL-LA25-6

Henri IV, le premier roi « médiatique » de l’histoire de France

Date de publication : Juin 2020

Auteur : Joël CORNETTE

Dans sa (re)conquête du pouvoir après l’assassinat d’Henri III le 2 août 1589 sous le couteau de Jacques Clément, Henri IV a su accompagner plusieurs événements de son règne fragile et contesté par ce qu’on pourrait appeler une « campagne médiatique », si l’on veut bien excuser le caractère un peu moderne de cette expression.

Cette gravure-affiche de Jean Le Clerc (1586-1633) a été largement diffusée en 1594, alors qu’une grande part du royaume était toujours aux mains des ultra-catholiques ligueurs. Jean III Le Clerc (1525-1599), qui réalisa et diffusa largement cette scène gravée en taille-douce, appartenait à une dynastie d’éditeurs et de marchands d’estampes. Il a tenu une place centrale dans la diffusion de l’image du roi, en s’associant à d’autres graveurs et marchands d’estampes. Son enseigne, rue Saint-Jean-de-Latran, intitulée La Salamandre, devint en 1601 La Salamandre Royale.

Dans cette gravure, trois personnages emblématiques, chacun nommément défini par une légende, occupent l’essentiel de la scène.

1. « La Ligue » est représentée sous la forme d’une vieille femme qui quitte une cité fortifiée – comme l’étaient une majorité des villes à la fin du XVIe siècle – et montre – enfin – son vrai visage en quittant le masque de l’hypocrisie. Le hachoir du boucher pendu à sa ceinture constitue un jeu de mots sur le patronyme de Jean Boucher (1548-1646), qui était alors l’un des plus acharnés prédicateurs de la Ligue. Le monde qui l’entoure est un monde d’aridité et de sécheresse.

2. « Le maheustre » (ici, « maheutre » ; ce mot signifiait « soldat », et s’entendait particulièrement, chez les ligueurs, d’un soldat protestant) a la figure d’un cavalier, partisan d’Henri IV : il est bien reconnaissable à sa longue écharpe blanche. Il ne brandit pas l’épée, sagement rangée dans son fourreau ; sa main, qui n’a plus de gantelet de fer, dessine un geste cordial à destination du personnage central. Il incarne le valeureux défenseur d’une noble cause. Le commentaire qui accompagne l’image le qualifie de « généreux soldat ». Une pluie céleste (partie droite de la gravure) apporte, en abondance, de « beaux épis », gage d’opulence et de prospérité qui s’oppose à la stérilité qui entoure (partie gauche de la gravure) la Ligue. Pour bien des contemporains, notamment les habitants des villes, qui vivaient une période de disette et de cherté, assurer la nourriture quotidienne était alors le principal souci.

3. « Le manant » (ici, « manan »), entre ces deux personnages, au centre de l’image, tourne le dos à la Ligue et salue en soulevant son chapeau d’un geste amical le maheustre qui se présente devant lui : c’est un manant « dé-ligué ». Il a enfin les yeux dessillés et a quitté définitivement le parti de l’Union (autre nom de la Ligue) pour se rapprocher du fier et pacifique chevalier.

Alors que la huitième guerre de Religion (1585-1598), qui ensanglante de nombreuses provinces du royaume, est loin d’être achevée, cette gravure de propagande se veut pleinement rassurante sur les intentions des vainqueurs : elle dit qu’aucune représaille, qu’aucune vengeance ne sera exercée sur les habitants des villes encore fidèles à la Ligue qui se soumettront à Henri IV.

Cette image n’est qu’un exemple parmi des dizaines d’autres largement répandues dans le royaume par des graveurs parisiens dont les noms reviennent constamment : outre Jean Le Clerc, il faut aussi citer Thomas de Leu et Léonard Gaultier, éditeur et marchand d’estampes établi rue Saint-Jacques.

Ces gravures attestent qu’Henri IV a su « fabriquer » une contre-image pour répondre à celle qui le décrivait comme un démon. En effet, lors de son avènement en 1589, le roi était toujours protestant – il s’est converti en 1593 – et présenté par les curés ligueurs comme l’incarnation du diable. Pour répondre aux critiques, cette contre-image ne peut être que positive, rassurante, apaisante, afin de convaincre l’opinion publique (le manant) de la justesse, et la justice de la cause du premier Bourbon, à l’exemple, emblématique, du panache blanc et de l’écharpe blanche du maheustre, véritable signe de ralliement.

C’est dans l’été 1589 que l’écharpe blanche est devenue la « marque du roi », signe de reconnaissance dans l’armée, alors que se multipliaient les portraits d’Henri de Navarre accompagnés de ce blanc identitaire (panache ou écharpe) pour faire de lui le souverain de la « nation France », le tout accompagné de tableaux, d’affiches, de livres illustrés : toutes les villes qui, une à une, se ralliaient à Henri IV organisaient des « fêtes des Écharpes blanches » pour traduire leur sentiment d’appartenance à la monarchie restaurée, construisant ainsi la figure mythique d’un roi accessible, proche de ses sujets. En arborant ce blanc identitaire, chacun des Français devint, en quelque sorte, « portrait du roi ».

Par le nombre et la diversité des images qui ont entouré le début de son règne (vainqueur au cœur des batailles, portraits équestres, images de son visage…), le premier des Bourbons fut sans doute le premier roi « médiatique » de l’histoire de France. En reconnaissant la force de l’image, Henri IV fut bien un « maître de la communication ».

Joël CORNETTE, « Henri IV, le premier roi « médiatique » de l’histoire de France », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 10/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/henri-iv-premier-roi-mediatique-histoire-france

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