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Le Couronnement de Marie de Médicis à Saint-Denis, le 13 mai 1610

Le Couronnement de Marie de Médicis à Saint-Denis, le 13 mai 1610

Lieu de conservation : musée du Louvre (Paris)
site web

Date de création : 1622

Date représentée : 13 mai 1610

H. : 394 cm

L. : 727 cm

Domaine : Peintures

RMN - Grand Palais (musée du Louvre) / Christian Jean / Hervé Lewandowski

Agence photographique

89-001831 / INV1778

Le couronnement de Marie de Médicis

Date de publication : Octobre 2017

Auteur : Jean HUBAC

Peindre la reine en majesté

Cette toile clôt la partie gauche de la galerie consacrée par Rubens à Marie de Médicis. Elle suit La remise de la régence et précède L’Apothéose d’Henri IV et la régence de Marie de Médicis. Avec ces deux autres compositions, elle constitue le tournant de la vie de la reine ainsi que celui de sa mise en scène picturale au palais du Luxembourg.

Marie de Médicis, épouse d’Henri IV et mère de Louis XIII, souhaitait effectivement que le célèbre peintre anversois Rubens réalise pour son nouveau palais parisien une série de grandes toiles qui célébrât les épisodes marquants de sa vie publique, depuis sa naissance jusqu’à son retour en grâce auprès de son fils au début des années 1620 – la commande date de 1622. Son couronnement en 1610 fait partie des événements majeurs d’une vie rêvée et peinte tout à la fois comme une aventure, une allégorie du pouvoir et une affirmation de la souveraineté.

Pour donner vie à cette œuvre de grande dimension, Rubens, dont les portraits princiers avaient contribué à asseoir la notoriété dans les milieux curiaux et artistiques, s’inspire des gravures imprimées juste après le couronnement, et en particulier de celle de Léonard Gaultier à partir d’une composition de Nicolas Bollery. Le peintre s’attache donc à rendre compte d’un événement historique sans allégorie, tranchant ainsi avec la grande majorité des toiles de la série du palais du Luxembourg. Le rendu du décor, des poses, des physionomies s’appuie sur les gravures avec un fort souci de fidélité. La toile est livrée en 1625 et admirée pour la première fois par un public choisi lors de la célébration des noces d’Henriette, sœur de Louis XIII, avec Charles Ier d’Angleterre.

Le couronnement d’une reine

La scène se déroule le 13 mai 1610, dans l’abbatiale de Saint-Denis, haut lieu de la monarchie française. Rubens en représente fidèlement l’architecture et les espaces.

À droite, devant l’autel, sur une estrade et sous un dais fleurdelysés, un groupe de prélats (cardinaux en pourpre – Sourdis, Gondi et du Perron –, évêques et archevêques en or) entoure l’officiant (le cardinal de Joyeuse) qui est peint sur le vif, au moment où il ceint la reine de la couronne royale. Marie de Médicis est représentée en orante, agenouillée, les mains jointes et la tête droite. Témoin privilégié, son fils Louis semble l’encourager d’un geste de la main. Derrière elle, sa fille aînée, Madame Élisabeth, invite du regard le spectateur à participer à la scène. La queue du manteau du sacre sépare ce groupe, intercesseur avec le divin, des autres acteurs de l’événement, foule disparate et colorée se déployant sur plusieurs plans et parmi laquelle on distingue Marguerite de Valois, première épouse d’Henri IV et portant une couronne fermée, deux enfants légitimés d’Henri IV, César et Alexandre de Vendôme, qui portent les regalia, respectivement le sceptre et la main de justice, des princesses de la puissante maison de Lorraine… La nombreuse assistance est composée de la haute noblesse et de la haute prélature, parfois confondues et toujours soigneusement hiérarchisées (seules les princesses du sang, ici la princesse de Conti, la duchesse de Guise et la duchesse de Montpensier, sont par exemple habilitées à tenir la queue du manteau royal), des ambassadeurs, des officiers, des musiciens... Tout l’entourage qui a soutenu la reine dans son ascension est présent pour célébrer son statut de souveraine.

Henri IV est représenté à un balcon, en position supérieure d’observateur extérieur ; sa présence-absence donne sa caution légitime à l’événement. Il réaffirme le lien dynastique avec l’Église et sa fidélité à la religion romaine, alors même qu’il s’apprête à prendre les armes contre un souverain catholique en soutenant des princes protestants.

Seul sacrifice à l’allégorisation, deux anges surplombent la traîne et répandent des pièces d’or au moyen d’une corne d’abondance. Ils annoncent la prospérité et la félicité qui accompagnent le sacre et signifient la capacité financière d’une monarchie qui affirme sa puissance également par le faste.

Le sacre pour dire le pouvoir souverain

En 1610, afin de donner une plus grande légitimité à la reine dans le cadre de la régence d’absence imposée par le départ imminent du roi Henri IV pour la guerre, il fut décidé de procéder à une cérémonie de couronnement de Marie de Médicis. Pourtant, la princesse florentine était devenue reine de France en 1600 et son sacre avait été repoussé à plusieurs reprises en raison de l’état des finances royales. Il s’agit donc d’un sacre à la fois opportun et à la charge symbolique d’autant plus forte qu’il permettait de consolider la position de la reine comme exerçant la dignité souveraine lors d’une période par nature plus fragile pour le pouvoir (absence du roi).

Rubens dit tout cela dans son œuvre et profite de ce qu’il sait de la suite des faits (assassinat d’Henri IV le lendemain du couronnement) pour faire de la scène un événement médiatique, une onction conférant une dimension nouvelle à une reine destinée à devenir régente. Comme l’avaient affirmé rétrospectivement les contemporains, Rubens fait du couronnement un « sacre inaugural », donnant à cette « distorsion de sens » (J.F. Dubost) une valeur anticipatrice. Plus grave au regard de la loi salique qui excluait les femmes de l’accès au trône, le sacre de Marie de Médicis devient ainsi un sacre d’avènement, alors même que la reine était décrétée incapable de régner. L’audace de cette toile est donc plus politique qu’artistique, parce qu’elle manifeste subtilement la prétention d’une femme à régner sur la France de manière légitime et par la volonté du roi défunt.

Fanny COSANDEY, La reine de France. Symbole et pouvoir, Gallimard, Paris, 2000.

Id., « Représenter une reine de France. Marie de Médicis et le cycle de Rubens au palais du Luxembourg », in Clio. Femmes, Genre, Histoire [en ligne], 19 – 2004, mis en ligne le 27 novembre 2005, consulté le 30 septembre 2016. URL : http://clio.revues.org/645

Jean-François DUBOST, Marie de Médicis. La reine dévoilée, Payot, Paris, 2009.

Marie-Anne LESCOURRET, Rubens, Flammarion, Paris, 1990.

Marie de Médicis, un gouvernement par les arts, Somogy éditions d’art et Château de Blois, 2003 (catalogue d’exposition).

Médicis : Famille florentine de banquiers collectionneurs et protecteurs des arts. Ses membres s’emparent progressivement du pouvoir à Florence au XVe siècle. Deux grands papes de la Renaissance en sont issus : Léon X (1475-1521) et Clément VII (1478-1534). Anoblie au XVIe siècle, la famille Médicis s’allie deux fois à la France en lui donnant deux reines et régentes : Catherine (1519-1589), épouse d’Henri II, et Marie (1575-1642), épouse d’Henri IV.

Jean HUBAC, « Le couronnement de Marie de Médicis », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24/05/2024. URL : histoire-image.org/etudes/couronnement-marie-medicis

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