Elisabeth-Charlotte de Bavière, duchesse d'Orléans, dite la Palatine

Elisabeth-Charlotte de Bavière, duchesse d'Orléans, dite la Palatine

Date de création : vers 1713

H. : 139 cm

L. : 119,5 cm

Huile  sur toile. Réplique d'atelier d'après Hyacinthe Rigaud.

© RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot / Christian Jean

Lien vers l'image

MV 2084 - 89-000881

  • Elisabeth-Charlotte de Bavière, duchesse d'Orléans, dite la Palatine

Hyacinthe Rigaud et le portrait courtisan

Date de publication : Février 2022

Auteur : Stéphane BLOND

La belle-sœur de Louis XIV

Depuis qu’il a pignon sur rue à Paris, le peintre Hyacinthe Rigaud (1659-1743) jouit d’une notoriété exceptionnelle. En 1701, le portrait du roi est à l’origine de nombreuses commandes au sein de l’élite versaillaise. Pour les courtisans les plus importants, obtenir un portrait par l’artiste est un privilège rare et une marque supplémentaire de prestige. En 1713, la belle-sœur du roi, Élisabeth-Charlotte de Bavière (1652-1722), autrement appelée Madame Palatine, se prête à l’exercice. Issue de la maison de Wittelsbach-Simmern, la fille du prince-électeur du Palatinat du Rhin devient en 1671 la seconde épouse de Monsieur, frère unique du roi et duc d’Orléans (1640-1701).

Ce portrait est commandé par un amateur parisien, serviteur de la princesse : Nicolas-Joseph Foucault (1643-1721), ancien magistrat et intendant du roi en province, devient conseiller d’État en 1704, puis chef du Conseil de Son Altesse Royale Madame en 1712. Grand connaisseur des arts et bibliophile (1) averti, celui-ci souhaite ajouter ce tableau à sa collection. Trois décennies après un premier portrait réalisé vers 1680 par François de Troy (1679-1752), la princesse prend la pose au château de Marly. Finalement, l’original reste dans la collection d’Orléans, avant sa mise en vente et son achat à la fin du XXe siècle par le Deutsches Historisches Museum de Berlin.

Payée 6000 livres à l’artiste, la toile étudiée ici correspond à l’une des nombreuses répliques d’atelier commandées au maître. D’abord présentée dans les demeures de la famille d’Orléans, en 1834, cette toile rejoint Versailles sur ordre du roi Louis-Philippe, afin d’agrémenter les Galeries historiques. Comme souvent dans l’œuvre de Rigaud, ce portrait est décliné en gravures. La première est produite en 1714-1716 par Charles-Louis Simonneau (1645-1728), avec un cadrage similaire au portrait original.

Une personnalité haute en couleurs

Une hypothèse veut que la toile soit d’abord conçue en buste, puis élargie sur ses côtés, avec des marques de couture nettement visibles. Son Altesse Royale prend place dans un décor majestueux digne de son rang, semblable aux autres portraits de personnages puissants. Elle est assise sur un large fauteuil à dossier droit qui fait office de trône, entourée par une colonne de marbre et un dais de velours. Elle porte le manteau royal à l’avers bleu azur parsemé de fleurs de lys, doublé d’hermine au revers. Sa main gauche saisit délicatement une couronne posée sur une petite table recouverte d’un velours. Elle porte également un collier de perles et un brocart somptueux aux nuances dorées et fleuries qui tranchent avec le voile noir du veuvage de Monsieur.

La mémoire de la Cour de France

Bien connu des réseaux courtisans, Rigaud produit une œuvre dont la ressemblance avec son modèle est saluée par le souverain. Selon l’Abrégé de la vie de Rigaud, « le roi fut si frappé de la ressemblance et de la magnificence des ajustements de cet ouvrage, qu’il dit à cette princesse, qu’il voulait qu’elle le gardât pour elle, et qu’elle en fit faire une copie pour celui à qui elle l’avait destiné, ce qui fut exécuté. Ce grand prince ajouta que cet ouvrage faisait honneur à son auteur et qu’il lui en ferait dans tous les temps. »

Grande, d’allure masculine et passionnée de chasse à courre, la princesse possède des goûts qui s’accordent mal avec ceux de son mari. Elle lui donne néanmoins trois héritiers, dont le futur régent du règne de Louis XV. Grande connaisseuse de la Cour et des rites de l’étiquette versaillaise, la surnommée Liselotte entretient un vaste réseau épistolaire (2) à travers l’Europe. Elle produit environ 90 000 lettres qui constituent une source de premier choix sur le règne du Roi Soleil.

La princesse qui ne manque jamais une occasion de tirer un portrait acerbe des courtisans, passe au crible de l’œil infaillible de Rigaud. Elle n’a jamais aimé son physique, représenté sans concession et les effets du temps sont visibles. Madame est âgée de 63 ans, son embonpoint, son visage ridé et les marques de la petite vérole ne sont pas dissimulés par l’artiste dont le modèle princier considère qu’il est parvenu à produire son « contrefait ».

Portrait de Madame Palatine Château de Versailles

Lettres de Madame, duchesse d’Orléans, née princesse Palatine, Mercure de France, 1985.

Lucien BÉLY, Élisabeth-Charlotte de Bavière, in Lucien BÉLY (dir.), Dictionnaire Louis XIV, Robert Laffont, 2015, p. 456-460.

Ariane JAMES-SARAZIN, Hyacinthe Rigaud, 1659-1743, Éditions Faton, 2016.

Ariane JAMES-SARAZIN (dir.), Hyacinthe Rigaud ou le portrait soleil, Établissement public du château, du musée et du domaine de Versailles, Éditions Faton, 2020.

Stéphan PERREAU, Hyacinthe Rigaud, 1659-1743 : le peintre des rois, Les Presses du Languedoc, 2004.

Stéphan PERREAU, Hyacinthe Rigaud : 1659-1743, catalogue concis de l’œuvre, Nouvelles presses du Languedoc, 2013.

Dirk VAN der CRUYSSE, Madame Palatine, princesse européenne, Paris, Fayard, 1988.

1 - Bibliophile : personne qui aime et collectionne les livres rares et précieux. On parle de bibliophilie pour cette activité.

2- Epistolier/ière : personne qui écrit beaucoup de lettres et dont la correspondance a un intérêt littréaire ou historique. Avoir un réseau épistolaire signifie écrire des lettres à de nombraux correspondants.

Stéphane BLOND, « Hyacinthe Rigaud et le portrait courtisan », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 27/06/2022. URL : histoire-image.org/etudes/hyacinthe-rigaud-portrait-courtisan

En savoir plus sur Hyacinthe Rigaud

Visite virtuelle de l'exposition Hyacinthe Rigaud ou le portrait soleil

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