Louis XIV en Jupiter, vainqueur de la Fronde

Louis XIV en Jupiter, vainqueur de la Fronde

Louis XIV en Apollon triomphant du serpent Python

Louis XIV en Apollon triomphant du serpent Python

Louis XIV en Jupiter, vainqueur de la Fronde

Louis XIV en Jupiter, vainqueur de la Fronde

Date de création : 1652-1653

H. : 170 cm

L. : 146,5 cm

huile sur toile

© RMN - Grand Palais (château de Versailles) / Gérard Blot

lien vers l'image

93-000752-02 / MV 8073

Louis XIV en Jupiter – Louis XIV en Apollon

Date de publication : Novembre 2020

Auteur : Sonia DARTHOU

La construction d’une propagande royale

Si ces deux œuvres s’insèrent dans la politique de propagande monarchique, elles se distinguent par leur contexte et leur ampleur.

La peinture d’apparat de Charles Poerson, disciple de Simon Vouet, qui affectionne les compositions théâtrales, doit se lire dans le contexte historique de la lutte contre la Fronde (vers 1648-1653) : elle se caractérise par une violente opposition au souverain des parlementaires notamment, puis des grands seigneurs qui revendiquent de participer au gouvernement du royaume. En 1652, le jeune roi réussit à juguler l’opposition, menée particulièrement par le prince de Condé. Aux côtés des portraits officiels du roi « en majesté », se développent alors à cette époque des portraits allégoriques de Louis XIV, qui utilisent l’histoire ou la mythologie antique pour construire son image et sa légitimité.

L’œuvre miniaturiste de Joseph Werner, peintre suisse appelé pour son talent remarqué à la cour de Louis XIV, appartient également, malgré ses dimensions réduites, à cette production de portraits allégoriques à la gloire du monarque.

Ces tableaux, qui présentent Louis XIV en Jupiter et en Apollon, permettent de lui accorder une puissance éclatante, augmentée, prestigieuse voire divine.

Louis XIV entre Jupiter et Apollon

Les deux portraits, tout en conservant les traits du roi, mélangent savamment Antiquité et modernité comme l’indique, dans l’huile sur toile de Charles Poerson, le décor qui croise une colonne dorique et une tenture pourpre, ou encore le costume de Louis XIV qui mélange le bleu de France avec des sandales romaines.

La peinture de Charles Poerson affiche le roi trônant dans une composition pyramidale bordée par une colonne qui évoque l’architecture antique, le présentant ainsi comme une statue divine de marbre à l’intérieur d’un temple grec. Louis XIV s’attribue surtout les attributs de Zeus-Jupiter, qui lui permettent de s’identifier au souverain de l’Olympe : le foudre, qui évoque son pouvoir de lancer le feu du ciel ; l’aigle, son messager, qui tient à son tour les éclairs jupitériens entre ses serres ; et la couronne de chêne, qui est son arbre attitré. Cuirassé à l’antique, le jeune roi, qui a une quinzaine d’années lors de ces événements, foule à ses pieds un bouclier orné d’un épisème (signe distinctif) de Gorgone hurlante, hérissée de serpents, qui rappelle les boucliers grecs et romains mais qui symbolise surtout ici la victoire éclatante du roi face à la Fronde. À l’arrière-plan, trois hommes au travail évoquent la forge d’Héphaïstos-Vulcain, le dieu forgeron qui a réalisé les armes héroïques d’Achille. La taille de l’œuvre (166 × 143 cm), en présentant le roi à « taille réelle », accentue encore plus le « réalisme » de ce portrait allégorique pour les spectateurs.

La gouache de Joseph Werner utilise des codes iconographiques similaires. Le roi, parfaitement identifiable, porte la perruque et pose de manière aussi élégante que contradictoire avec l’exploit qu’il a réalisé : tuer le serpent monstrueux Python, figure de rébellion, qui disputait à Apollon la souveraineté sur le sanctuaire de l’oracle de Delphes. Nanti des attributs identitaires du dieu Apollon – l’arc et le carquois –, le roi, dans un paysage arboré, pose aux côtés du monstre vaincu criblé de ses flèches divines, jetant un regard condescendant sur sa victime à terre. Un petit Éros-Cupidon surplombe la scène, son arc à la main, comme un spectateur fasciné par cette victoire mémorable.

La mythologie au service du roi

Cette assimilation par l’image permet d’accorder à Louis XIV les qualités des deux plus puissantes divinités de l’Olympe, Zeus-Jupiter et Apollon : supériorité divine, puissance guerrière, victoire sur les monstres de désordre, action civilisatrice, pouvoir de soumission, mais également justice et légitimité.

Ces images, qui utilisent la force évocatrice de la mythologie, contribuent incontestablement à la refondation de la puissance monarchique pour impulser un règne très personnel. La thématique purement apollinienne se développera par la suite, pour finaliser de construire l’image du Roi-Soleil et afficher une nation qui repose totalement sur la figure royale, comme l’exprime cette assertion de Louis XIV tirée du Mémoire pour l’instruction du duc de Bourgogne : « La nation ne fait pas corps en France, elle réside tout entière dans la personne du roi. »

BURKE Peter, Louis XIV : les stratégies de la gloire, Paris, Le Seuil, 1995.

MARIN Louis, Le portrait du roi, Paris, Les Éditions de Minuit, coll. « Le sens commun », 1981.

MILOVANOVIC Nicolas, MARAL Alexandre (dir.), Louis XIV : l’homme et le roi, cat. exp. (Versailles, 2009-2010), Paris, Skira-Flammarion / Versailles, château de Versailles, 2009.

PERNOT Michel, La Fronde, Paris, Éditions de Fallois, 1994.

PETITFILS Jean-Christian, Louis XIV, Paris, Perrin, coll. « Tempus » (no 8), 2002.

SABATIER Gérard, « La gloire du roi : iconographie de Louis XIV de 1661 à 1672 », Histoire, économie et société, vol. 19, no 4 (CHALINE Olivier, RUGGIU François-Joseph RUGGIU [dir.], Louis XIV et la construction de l’État royal [1661-1672]), 2000, p. 527-560.

Iconographie : Ensemble des images correspondant à un même sujet. On parle de programme iconographique lorsqu’un décor en plusieurs parties regroupe de manière cohérente différents sujets autour d’un même thème.

Ordre dorique : Ordre architectural, le plus ancien et le plus simple de la Grèce antique. Il se caractérise par une colonne cannelée à arêtes vives, sans base, un chapiteau nu et une frise alternant métopes (plaques) et triglyphes (trois bandes verticales en relief).

Sonia DARTHOU, « Louis XIV en Jupiter – Louis XIV en Apollon », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 27/06/2022. URL : histoire-image.org/etudes/louis-xiv-jupiter-louis-xiv-apollon

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Plan du bourg de La Gardeloupe

La Guadeloupe, une image au service de la colonisation

La colonisation de la Guadeloupe

L'histoire de la colonisation de la Guadeloupe par les européens débute avec le second voyage de Christophe…

Louis XIV devant la grotte de Téthys

La cour de Louis XIV

La cour de Louis XIV

Louis XIV choisit de stabiliser la cour dans sa résidence royale de Versailles qu’il fait aménager, agrandir et embellir. Il…

La cour de Louis XIV
La cour de Louis XIV

Le passage du Rhin par Louis XIV

L’offensive éclair de la France

Le 6 avril 1672, Louis XIV déclare la guerre aux Provinces-Unies (Pays-Bas du Nord) afin d’abaisser l’outrageuse…

Le passage du Rhin par Louis XIV
Le passage du Rhin par Louis XIV

Mort de Saint Louis devant Tunis

Un saint dynastique mort en croisade célébré sous la Restauration

Présentée au Salon de 1817, l’œuvre de Georges Rouget, élève de Jacques Louis…

Allégorie à la révocation de l'Edit de Nantes par Louis XIV en 1685

L'édit de Fontainebleau

Révoquer l’édit de Nantes

Le 18 octobre 1685, Louis XIV scelle l’édit de Fontainebleau, par lequel il met fin à près de quatre-vingt-dix ans d’…

La duchesse de Longueville

Un portrait conventionnel

Ce portrait est attribué à l’atelier de Charles et Henri Beaubrun, qui s’illustrèrent dans l’art du portrait de cour sous…

Un frondeur invétéré : le cardinal de Retz

Graver un prince de l’Église

Gilles Rousselet (1610-1686) est un illustre représentant du monde des graveurs du Grand Siècle. Il participe en…

La chambre de la mort de Louis XIV

La mort de Louis XIV

La longue agonie du roi Soleil

Au cœur de l’été 1715, Louis XIV approche de ses 77 ans. Le souverain souffre de multiples maux, en particulier de…

Louis XIV protecteur des Arts et des Sciences

Roi de guerre, roi-soleil, Louis XIV se veut aussi le protecteur des arts et des sciences. D’autant que le jeune monarque, né en 1638, de l’union…

L’expédition de Cavelier de La Salle pour la Louisiane

Jean Antoine Théodore de Gudin est aujourd’hui un peintre oublié. Cet exact contemporain de Victor Hugo, fils du général d’Empire Charles Étienne…