Marie Leszczynska, représentée en 1748 en habit de ville

Marie Leszczynska, représentée en 1748 en habit de ville

Date de création : 1748

Date représentée : 1748

H. : 146

L. : 113

Huile sur toile, titre complet : Marie Leszczynska, reine de France (1703-1768), représentée en 1748 en habit de ville, coiffée d'une marmotte de dentelle et lisant les évangiles.

© Photo RMN - Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

http://www.photo.rmn.fr

07-506243 / MV8543

Nattier et le portrait en toute intimité de Marie Leszczynska

Date de publication : Décembre 2013

Auteur : Saskia HANSELAAR

Marie-Charlotte-Sophie-Félicité Leszczynska est la fille du roi détrôné de Pologne, Stanislas Leszczynski. Née en 1703, elle est mariée en 1725 à Louis XV, alors âgé de quinze ans, à Strasbourg. Bien que n’étant pas un parti intéressant (son père est désargenté, et elle est issue d’une famille aristocratique élue par le peuple polonais, et non princesse de sang royal), elle est en âge de procréer, au moment où la France attend un héritier mâle. En effet, Louis XV est le dernier des descendants de Louis XIV, après les décès du Grand Dauphin, du Petit Dauphin (son père), de sa mère et de ses deux frères aînés. De précédentes fiançailles avec la trop jeune fille de Philippe V d’Espagne, Marie-Anne Victoire, sont rompues afin d’éviter de laisser le trône sans descendance.

Polyglotte et protectrice des arts (elle peint de manière égale toute sa vie durant et s’entoure des plus grands peintres de son temps), la jeune reine vit de manière heureuse ses premières années à Versailles, bien qu’elle soit tenue éloignée du pouvoir politique. Aimée de Louis XV, elle donne naissance à dix enfants, dont six mourront jeunes. L’impossibilité pour la reine de continuer à enfanter, ainsi que les tromperies de Louis XV, engendrent une lassitude au sein du couple. En 1748, elle est âgée de quarante-cinq ans ; depuis quelques années déjà, la religion a pris une grande place dans son quotidien et elle aime s’entourer d’un cercle amical restreint mais loyal.

Le tableau est commandé par la reine elle-même en 1748, en même temps que deux copies (l’une pour le comte de Maurepas et l’autre pour le comte de Pâris-Duvernay). La reine demande expressément à être représentée non pas en tenue d’apparat, mais en « habit de ville ».

Vêtue d’une robe rouge brodée d’hermine et rehaussée par des manchettes en dentelle, Marie Leszczynska est assise dans un fauteuil dont le tissu brodé de fleurs de lis rappelle discrètement le statut du modèle. La reine porte un bonnet de dentelle blanche retenu par une mantille de dentelle noire, symbole d’une félicité domestique étrangère à un portrait d’apparat. L’artiste semble reprendre par cet accessoire et la couleur de la robe des éléments qu’il avait déjà exploités dans le portrait d’Ulrika Lovisa Sparre, comtesse Tessin en 1741 (musée du Louvre). Les regalia habituels, éléments indispensables au portrait d’une reine, ne sont pas présents. Seule la draperie bleue tendue derrière la reine confère une majesté certaine à l’arrière-plan, rythmé par des pilastres doriques ; d’autres objets discrets, tels les bijoux (boucles d’oreilles, collier en pierres précieuses orné d’une miniature représentant saint Jean Népomucène, le saint favori de la reine), apportent de l’élégance et de la grâce au modèle. Marie Leszczynska semble être tirée de sa lecture des évangiles par l’arrivée d’un de ses proches ; le sourire qu’elle esquisse à son approche détermine une certaine intimité et laisse apparaître le portrait d’une femme charmante.

Dernier tableau pour lequel Marie Leszczynska accepte de poser et qui est présenté au Salon de 1748, l’œuvre reçut des critiques enthousiastes tant pour la ressemblance du portrait que pour la « noble simplicité » qui émane de la figure.

Cette toile livre un visage plus humain et plus intime de la royauté, qui correspond profondément à la personnalité de la reine et à son mode de vie. Ayant respecté toute sa vie le protocole de la cour, le roi lui accorde plus de libertés à partir de la fin des années 1740. C’est donc une scène du quotidien que Nattier choisit de représenter dans ce tableau. En effet, il tranche radicalement avec les portraits officiels réalisés par Louis Tocqué en 1740 (musée du Louvre) et Carle Van Loo en 1747 (musée national des châteaux de Versailles et du Trianon). Le portrait au pastel de la reine par Maurice Quentin de la Tour (musée du Louvre), présenté au même Salon, obtient lui aussi un franc succès pour les mêmes raisons.

Le nombre important des copies issues de l’atelier de Nattier, du vivant de la reine mais également de manière posthume, démontre sans ambiguïté le pouvoir de séduction du tableau ainsi que la popularité indéfectible de cette reine. Diffusé par la gravure dès 1755, le portrait perd sa fonction intime pour atteindre un statut iconique en tant que dernier portrait de Marie Leszczynska.

· Xavier SALMON (dir.), Jean-Marc Nattier. 1685-1766, catalogue de l’exposition du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon (26 octobre 1999-30 janvier 2000), Paris, R.M.N., 1999.

· Xavier SALMON (dir.), Parler à l’âme et au cœur. La peinture selon Marie Leszczynska, catalogue de l’exposition du musée du château de Fontainebleau (18 juin-19 septembre 2011), Fontainebleau-Dijon, Musée national du château de Fontainebleau-Faton, 2011.

Saskia HANSELAAR, « Nattier et le portrait en toute intimité de Marie Leszczynska », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 12/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/nattier-portrait-toute-intimite-marie-leszczynska

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