Registre des ordonnances au porteur, dit « Livre rouge »

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Registre des ordonnances au porteur, dit « Livre rouge »

Date de création : 1750-1789

Date représentée : 1750-1789

H. : 31,3 cm

L. : 23,2 cm

Reliure en maroquin rouge en forme de portefeuille aux armes de France. Armes de France ceintes des colliers du Saint-Esprit et de Saint-Michel. Décor de dentelles. Serrure d'argent. Monogramme royal. Fers à l'oiseau. Au revers du rabat, semis de fleurs de lys.

© Centre historique des Archives nationales - Atelier de photographie

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AE/I/3/1a - AE/I/3/1b - AE/I/3/1c

La publication du Livre rouge, mise en cause de l'absolutisme

Date de publication : Août 2005

Auteur : Luce-Marie ALBIGÈS

La publication du Livre rouge, mise en cause de l'absolutisme

La publication du Livre rouge, mise en cause de l'absolutisme

La crise des finances et le scandale des pensions royales

Sous l’Ancien Régime, les finances royales proviennent de la fiscalité, des revenus du domaine royal et de l’emprunt. Le Contrôleur général des finances, en charge du budget, doit gérer de multiples caisses de statuts divers ; il exerce aussi un contrôle étroit sur le Trésor royal, qui rassemble sous Louis XVI seulement un peu plus de 50 % des revenus de la monarchie. Le roi de France y puise pour accorder à des particuliers des gratifications ou des pensions selon son appréciation personnelle aussi bien que pour services rendus à l’État.

Alors qu’elle prépare une constitution destinée à limiter l’absolutisme qui a mené le royaume au bord de la banqueroute, l’Assemblée nationale décide, le 2 novembre 1789, la confiscation des biens du clergé pour sauver le pays de la faillite. Le 28, le député Armand Camus dénonce à l’Assemblée l’existence du « Livre rouge », lequel contient des renseignements sur les pensions attribuées par le roi ; celle-ci vote immédiatement son impression.

Le Contrôleur général des finances Jacques Necker, conscient du scandale et des conséquences politiques d’une telle révélation dans le contexte effervescent de 1789, essaie de dissuader le roi d’accepter. Louis XVI tente de gagner du temps mais finit par laisser faire. Le « Livre rouge » est remis au Comité des pensions de la Constituante en mars 1790 et publié le 1er avril.

La reliure de maroquin rouge est à l’origine du nom de « Livre rouge » donné au « Registre des ordonnances au porteur de 1773 à 1788 » (à gauche) dont est publié en 1790 ce qui concerne le règne de Louis XVI ; les volumes plus anciens seront retrouvés en 1793.

De fastueuses reliures « à dentelle »

Emblématiques de la splendeur royale, ces trois reliures réalisées sous le règne de Louis XV, vers 1750, 1760 et 1773 – date à laquelle commence chacun des recueils – sont des créations uniques et comptent parmi les plus belles du XVIIIe siècle. Les relieurs royaux Antoine Pasdeloup (1685-1758) et Pierre-Paul Dubuisson (mort en 1762) pourraient être les auteurs des deux plus anciennes (à droite). Le décor doré foisonnant des reliures accroche la lumière et donne à chaque volume un éclat fascinant. Pour obtenir une telle richesse de dorure, le relieur se sert de fleurons placés les uns à côté des autres, qui composent cette sorte de dentelle.

L’ornementation part de filets et de roulettes ornées au bord de chaque plat de reliure et se continue en s’étendant davantage vers le centre depuis les angles et le milieu de chacun des côtés. L’espace laissé libre entre les fleurons est constellé de points plein or, de cercles évidés, de fleurs ouvertes, qui servent à donner la même intensité de brillance et de dorure à l’ensemble de la surface ornée. Aux coins on reconnaît le chiffre de Louis XV, deux « L » se faisant face autour d’une fleur de lis. Sur les grands côtés et le rabat de la plus ancienne reliure, munie d’un fermoir en argent, figurent des fers à l’oiseau.

Les plats des trois reliures portent au centre les armoiries royales, ceintes du collier de l’ordre du Saint-Esprit et de celui de Saint-Michel.

Des libéralités incohérentes et dispendieuses

Le « Livre rouge » n’est pas un livre de comptes, mais un enregistrement des sorties de fonds ordonnées par le roi qui ont toutes reçu le paraphe royal « L » (pour Louis). Publié tel quel en 1790, le Livre rouge apparaît incohérent et dispendieux ; il provoque un tollé général dans la presse patriote qui le reproduit et le commente largement de propos narquois et injurieux auxquels se joignent de nombreuses caricatures.

Sur ces pages concernant 1787 et 1788, des sommes énormes sont dévolues à différents départements qui les gèrent : les Affaires étrangères, la Maison du roi, ou à des besoins exceptionnels : le transfert de fonds en Hollande pour paiement en florins concerne probablement l’approvisionnement en grains en raison de la disette.

Les deux « ordonnances sur » Charles de Savalette de Magnanville (1713-1790) et François La Borde de Mériville (1761-1802) « pour frais de service extraordinaire des finances » relèvent du fonctionnement des finances royales. Tous deux gardes du Trésor royal, ces financiers ont acheté leur charge un prix considérable et servent de soutien financier à la monarchie. Leurs innombrables prêts aux caisses royales se chiffrent en dizaines de millions de livres par an, ce que l’on appelle « faire le service du Trésor ».

La divulgation des noms des bénéficiaires de pensions scandalise davantage. À l’exception du riche banquier vaudois Isaac Panchaud (1736-1789), cofondateur de la Caisse d’escompte, ce sont de riches nobles comme le comte d’Artois, frère de Louis XVI (futur Charles X), des princes étrangers comme Maximilien des Deux-Ponts – principauté de Rhénanie-Palatinat – de la famille Wittelsbach, le comte d’Albany, prince Stuart prétendant au trône d’Angleterre, et sa femme Louise Maximilienne, fille de Gustave-Adolphe de Stolberg Gedern, général de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche, ou la comtesse Josepha de Brionne, fille du duc Louis III de Lorraine et veuve d’Amédée II de Savoie-Carignan.

Plusieurs personnes de la cour reçoivent des pensions, souvent sans véritable motif comme la comtesse d’Ossun, dame d’atours de la reine, « pour sa table », la comtesse d’Andlau, fille du philosophe Helvétius, « pension secrète ». Ces faveurs disproportionnées et souvent cumulatives versées à la famille royale, aux courtisans favoris et à des familles nobles choquent profondément, au regard du déficit et de la misère populaire.

Un retentissement immense


La publication du « Livre rouge » met en évidence les abus de l’absolutisme, le désordre des finances et le besoin de réformes. La Constituante établit une distinction entre les finances publiques et les finances personnelles du roi, à qui elle attribue une liste civile. Le Comité des pensions verse, à partir de l’été 1790, des pensions sur des critères complètement revus.

La divulgation des bénéficiaires des largesses royales discrédite davantage encore l’aristocratie et produit un effet immense tant à Paris qu’en province. Pour le journaliste Loustalot, des Révolutions de Paris, elle rend « toute contre-révolution impossible ».

Cette affaire révèle aussi la faiblesse de Louis XVI, qui tergiverse mais ne trouve pas à temps de solution pour empêcher le scandale. Un autre souverain aurait refusé de livrer le document ou l’aurait détruit.
Rendu au roi après publication, le « Livre rouge » est redécouvert en 1793 par les révolutionnaires vainqueurs. Désireuse d’exploiter son puissant impact sur l’opinion, la Convention en vote à nouveau l’impression – mais cette fois, ce sont les trois volumes qui seront publiés.

 

Bruno BLASSELLE, À pleines pages : histoire du livre volume I, Paris, Gallimard, 1997.

Yves DEVAUX, Dix siècles de reliure française. Paris, Éditions Pygmalion, 1977.

Luce-Marie ALBIGÈS, « La publication du Livre rouge, mise en cause de l'absolutisme », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 12/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/publication-livre-rouge-mise-cause-absolutisme

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