Napoléon Ier sur le trône impérial en costume de sacre.

Napoléon Ier sur le trône impérial en costume de sacre.

Napoléon Ier en costume de sacre.

Napoléon Ier en costume de sacre.

Napoléon Ier empereur des français (1769-1821).

Napoléon Ier empereur des français (1769-1821).

Napoléon Ier sur le trône impérial en costume de sacre.

Napoléon Ier sur le trône impérial en costume de sacre.

Date de création : 1806

Date représentée : 1804

H. : 259 cm

L. : 162 cm

huile sur toile

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN - Grand Palais / Emilie Cambier

Lien vers l'image

4 ; Ea 89.1 ; INV 5420 - 11-533900

Portraits de l’empereur Napoléon

Date de publication : Mars 2016

Auteur : Jérémie BENOÎT

Dès le couronnement, comme il l’avait fait avec ses portraits le représentant en Premier consul lors de la commande de 1803 pour la Belgique (à laquelle Ingres avait déjà participé pour la Ville de Liège), Napoléon voulut diffuser son image d’empereur.

En 1805, il se tourna vers les artistes les plus en vue, mais les résultats furent inégaux, d’autant qu’il ne posait jamais et que les peintres devaient avoir recours aux gravures ou à d’autres tableaux qu’ils devaient de plus adapter au nouveau profil de l’Empereur, assez distinct de celui du Premier consul. En outre, chaque artiste avait son style et sa conception propres, et les ambiguïtés du nouveau régime furent très vite sensibles entre les différentes perceptions.

Le tableau d’Ingres

Tenant les regalia, ou mains de justice (sans doute apparues sous Saint Louis), et sceptre de Charlemagne qui dessinent un triangle s’ouvrant vers le ciel, l’Empereur est assis sur un trône dont le dossier circulaire rejoint l’ample collier de la Légion d’honneur et forme comme une auréole autour de sa tête. Ce trône est posé sur un tapis orné de l’aigle impériale aux ailes ouvertes, comme s’il était emporté vers le monde sacré. Ingres n’a en effet retenu de Napoléon que le côté divinisé de l’homme providentiel. C’est cette immatérialité de la figure de l’Empereur, encore accentuée par les plis du lourd manteau de velours rouge brodé d’abeilles, symbole impérial, manteau qui semble nier toute la réalité du corps, qu’a peinte Ingres. Bien que statique, l’œuvre apparaît pourtant élevée au ciel par l’aigle.

Proche des représentations médiévales des souverains germaniques de la dynastie ottonienne (mais le critique du Mercure de France parla de Dagobert !), le tableau d’Ingres rompt avec toutes les représentations traditionnelles des souverains, depuis Titien et Van Dyck. L’image qu’il donne de Napoléon est celle d’une sorte de dieu, véritable Christ Pantocrator byzantin, totalement désincarné.

Le tableau de Gérard

Comme dans le précédent tableau, Napoléon porte pour le sacre le grand costume d’empereur, dessiné par Isabey et Percier. La broderie associe des branches d’olivier, de chêne et de laurier entrelacées et encerclant le chiffre N de l’Empereur. La robe longue de satin blanc est brodée d’or, le col est en dentelle. Les insignes impériaux sont l’œuvre de Biennais. Napoléon, couronné de lauriers d’or (une feuille est conservée à Fontainebleau) porte le grand collier de la Légion d’honneur et tient le sceptre dans la main droite. Enfin, il porte l’épée du sacre incrustée de diamants (le Régent apparaît sur la coquille). La main et le globe de justice sont posés sur le coussin visible au second plan. Le trône, l’estrade, le velours cramoisi ressuscitent le faste de l’Ancien Régime et rappellent, bien que modernisé par la mode néoclassique plus sobre, l’apparat du portrait de Louis XIV par Rigaud (musée du Louvre).

Comparé au tableau d’Ingres, Napoléon est ici réel. Il est certes solennel, d’une tenue impériale, mais, s’il regarde le spectateur, il ne semble pas le fixer de cet étrange regard désincarné. Il s’impose au contraire à lui dans toute sa nouvelle dignité. L’équilibre entre le sacré et la réalité est parfaitement respecté par Gérard.

Le tableau de Lefèvre

Commandé plus tardivement que les deux précédents, en 1811, le tableau de Lefèvre était destiné au Corps législatif. L’artiste y peint Napoléon dans une pose à peine différente de celle qu’a choisie Gérard. Toutefois, comme pour le portrait en costume de sacre, il semble bien que Lefèvre ait travaillé d’après un mannequin, ce qui confère au souverain une attitude un peu raide. De ce fait, l’Empereur ne possède plus la noble solennité du portrait de Gérard. Il semble un peu engoncé dans ses vêtements, et c’est finalement l’homme plus que le souverain que Lefèvre a revêtu des symboles impériaux.

Napoléon tend le doigt dans une direction improbable, ce qui lui donne encore plus d’irréalité. Mais le tableau n’a cependant rien de l’immatérialité voulue par Ingres. Les portraits de Lefèvre possèdent au contraire quelque chose de maladroit qui les place parmi les œuvres les moins bonnes de l’époque napoléonienne.

Toutes ces images de l’Empereur sont destinées à inscrire Napoléon dans la tradition du souverain français. Toutefois, excepté l’effigie peinte par Ingres, le réalisme direct de ces portraits, surtout chez Gérard, révèle l’autocrate derrière le souverain. Cette nouvelle conception d’un régime autoritaire et efficace, voire sacré, est tout entière résumée par la présence du Régent : ce diamant qui orna la couronne de Louis XV fut en effet restitué à la France par le banquier néerlandais Vanlenberghem après que le gouvernement français eut épuré les dettes du Directoire.

Mais ces portraits valent surtout par leur confrontation, qui révèle l’ambiguïté du nouveau régime impérial. Chaque artiste tend à faire valoir sa conception de Napoléon. Au sacré d’Ingres s’oppose le réalisme de Lefèvre. L’équilibre n’est obtenu que chez Gérard.

Louis BERGERON, L’Épisode napoléonien. Aspects intérieurs. 1799-1815, Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », 1972.

Isabelle COMPIN, Anne ROQUEBERT, Catalogue sommaire illustré des peintures du musée du Louvre et du musée d’Orsay, 2 vol., Paris, RMN, 1986.

Annie JOURDAN, Napoléon, héros, imperator, mécène, Paris, Aubier, 1998.

Colombe SAMOYAULT-VERLET, Jean-Pierre SAMOYAULT, Château de Fontainebleau. Musée Napoléon Ier, Paris, RMN, 1986.

Jean TULARD (dir.), Dictionnaire Napoléon, Paris, Fayard, 1987.

Jean TULARD (dir.), L’Histoire de Napoléon par la peinture, Paris, Belfond, 1991.

COLLECTIF, De David à Delacroix : la peinture française de 1774 à 1830, catalogue de l’exposition au Grand Palais à Paris, Paris, Éditions des Musées nationaux, 1974-1975.

Jérémie BENOÎT, « Portraits de l’empereur Napoléon », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 13/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/portraits-empereur-napoleon

Un article consacré à l’iconographie de Napoléon Ier sur Wikipédiahttp://fr.wikipedia.org/wiki/Iconographie_de_Napol%C3%A9on_IerUn dossier consacré à l’œuvre d’Ingres sur le site du musée national de l’Arméehttp://www.musee-armee.fr/fileadmin/user_upload/Documents/Support-Visite-Fiches-Objets/Fiches-periode-napoleon/MA_napo-ingres.pdf« Devenir un dieu : évolution politique des portraits de Napoléon Ier », par Émilie Sitzia, maître de conférences en histoire et théorie de l’art à l’université de Canterbury, sur le site Raison publiquehttp://www.raison-publique.fr/article186.html

Anonyme (non vérifié)

il faudrait plus d'analyse de tableau mais autrement c'est bien

sam 26/03/2011 - 16:12 Permalien
Anonyme (non vérifié)

on me demande di analiser mais je vois rien PRATIKE

sam 02/04/2011 - 17:47 Permalien
Anonyme (non vérifié)

On peut pas voir les noms des trucs qu'il y a sur ce tableau et a quoi servent ils!!

mar 24/05/2011 - 03:18 Permalien
Anonyme (non vérifié)

C'est super, merci!!! (:
Grâce à vous, je vais pouvoir avoir une bonne note en histoire des arts!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
76 RPZ

jeu 22/03/2012 - 21:11 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Moi aussi grace à vous j'aurais une bonne note en histoire des arts ! merci beaucoup !

dim 08/04/2012 - 11:45 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Il faudrait peu être plus expliquer la signification des symboles présents sur le tableau, sinon l'étude est très bien réalisée.

jeu 27/02/2014 - 17:05 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Bonjour et merci, votre site est très réussi.
Cette représentation de Napoléon par Ingres évoque selon vous le Christ pantocrator de l'art byzantin. Ne faudrait-il pas plutôt la rapprocher du Christ en majesté (Christ en gloire dont on peut voir le corps complet assis sur un trône), plus courant dans l'Occident médiéval?

dim 09/05/2021 - 15:20 Permalien

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