Place de la nation, 14 juillet 1936, Édouard Daladier à la tribune.

Place de la nation, 14 juillet 1936, Édouard Daladier à la tribune.

Léon Blum à son bureau de Matignon devant un micro de radio.

Léon Blum à son bureau de Matignon devant un micro de radio.

Édouard Daladier prononçant un discours à la radio.

Édouard Daladier prononçant un discours à la radio.

Place de la nation, 14 juillet 1936, Édouard Daladier à la tribune.

Place de la nation, 14 juillet 1936, Édouard Daladier à la tribune.

Auteur : ANONYME

Lieu de conservation : Eyedea-Keystone (Paris)
site web

Date de création : 1936

Date représentée : 14-juil-36

H. : 0

L. : 0

A ses côtés Léon Blum, Maurice Thorez, Roger Salengro.

© Keystone / Eyedea - "reproduction et exploitation interdites sans accord préalablement écrit de l'agence"

La radio, une affaire politique

Date de publication : Octobre 2005

Auteur : Cécile MÉADEL

La radio est-elle une affaire publique ou un loisir privé dans lequel l’État ne doit intervenir qu’a minima ? Dans les années 1920, alors qu’apparaissent les premières stations de radio, nées de la passion de quelques amateurs fascinés par la télégraphie sans fil, la question du statut se pose avec force. Dans la plupart des pays européens, comme la Grande-Bretagne ou l’Allemagne, la radio devient un service public alors qu’aux États-Unis elle est organisée selon un régime commercial. Le système français est original puisqu’il voit coexister jusqu’à la Libération un double secteur : la moitié de la trentaine de stations émettant en France sont privées, mais soumises à autorisation de l’Etat ; les autres sont publiques, mais avec un contrôle étatique assez lâche.

Jusqu’aux années trente, le politique se soucie de la radiodiffusion principalement des points de vue législatif et technique. Au Parlement, le débat fait rage pendant plus de dix années autour de la question du monopole. La puissance publique se penche également sur l’exploitation technique de la diffusion et de la répartition des fréquences, et place la radio sous l’autorité du ministère des Postes, Télégraphes & Télécommunications. Mais les programmes et les informations elles-mêmes intéressent peu les hommes politiques, jusqu’au milieu des années trente au moins.

Georges Mandel est le premier ministre en charge de la radio qui, entre 1934 et 1936, propose une politique ambitieuse pour ce nouveau média. Il veut qu’il soit accessible à tous en tout point du territoire et accélère la construction d’émetteurs puissants. Il croit en son futur imagé et encourage les recherches sur la télévision. Mais surtout, il anticipe son rôle politique et accroît la tutelle de l’État sur les stations publiques. Il organise ainsi en 1935 des élections ouvertes à tous, femmes comprises, pour choisir les responsables des radios publiques, considérant qu’ils doivent rendre compte de leur action à l’ensemble des citoyens.

Ce sont les prémices d’une politisation du média. La crise économique et politique, la montée des périls, mais aussi la diffusion croissante des récepteurs radio dans la population et les exemples étrangers transforment alors le loisir des radio-amateurs en instrument politique.

Avec le Front populaire, la politique imprègne désormais de plus en plus les programmes et la vie des stations. Pour la première fois, en mai 1936, la campagne électorale est radiodiffusée et tous les partis ont accès au micro, selon des conditions qui ont été négociées avec la présidence du Conseil. L’innovation a en définitive un impact limité. La plupart des orateurs ne savent pas comment s’exprimer devant un micro et hésitent entre la grandiloquence du meeting et le ton lénifiant de la conférence. Les partis négligent quelque peu la tribune qui leur est offerte et n’utilisent pas tous les temps alloués. Les journaux y accordent peu d’importance, à la fois par crainte vague de la concurrence, mais surtout par mimétisme avec le public, peu favorable à cette politisation des ondes. Au lendemain de la campagne, on voit ici, le 14 juillet 1936, derrière Édouard Daladier, à moitié caché par les micros, Marceau Pivert, qui s’occupe des questions de médias à la présidence du Conseil et, à la tribune en dessous, Léon Blum, Maurice Thorez et Roger Salengro.

La « grande espérance culturelle » levée par le gouvernement de Front populaire n’a guère d’écho en matière de radio. Le nouveau président du Conseil, Léon Blum, à l’image de son parti la S.F.I.O., souhaite surtout qu’elle soit accessible à tous les partis et abritée de l’omniprésence des « puissances de l’argent », quitte à être plus soumise à la puissance publique. Les programmes continuent de se politiser ; les discours politiques se font plus présents ; le rythme de la radio s’accélère et la couverture des informations devient plus rapide.

À la fin des années trente, alors que la situation internationale se tend, les gouvernements successifs accroissent progressivement leur tutelle sur la radio. Les stations ne s’impliquaient pourtant pas dans le combat politique et restaient, à quelques rares incidents près, cantonnés dans un rôle de prudente neutralité. Mais c’est encore trop à la veille de la guerre. Le gouvernement d’Édouard Daladier impose le contrôle des informations radiodiffusées, par les postes privés comme publics ; puis, en juillet 1939, il place toutes les stations sous l’autorité directe du président du Conseil. On voit ici qu’en 1939, pour les communications importantes au pays, le président du Conseil Édouard Daladier passe désormais par le micro.

Avec la campagne électorale de 1936, la radio est devenue un acteur du jeu politique. Si son influence sur l’élection du gouvernement de Front populaire est sans doute limitée, cette campagne montre cependant le chemin des micros aux hommes politiques, jusque-là passablement indifférents ; elle les rend également plus attentifs aux informations radiodiffusées. Cette irruption un peu brutale du politique n’est guère appréciée des auditeurs : la moitié des Français qui a accès à une radio à la veille de la guerre apprécient peu les causeries et discours politiques ; ils leur préfèrent très largement les émissions de divertissement ou bien le journal parlé : c’est en effet désormais vers la radio qu’ils se tournent pour connaître les nouvelles. Cet intérêt pour la radio suit d’ailleurs les progrès de l’équipement : d’environ 50 000 récepteurs en 1920, ils sont au nombre de 5 millions en 1940. Pourtant, la radio française reste un nain en matière de propagande, dans une Europe qui va bientôt connaître une guerre des ondes d’une très forte intensité.

Christian BROCHAND, Histoire générale de la radio et de la télévision en France, tome I « 1921-1944 », Paris, La Documentation française-Comité d’histoire de la radiodiffusion, 1994.Jean-Noël JEANNENEY (dir.), L’Écho du siècle.Dictionnaire de la radio et de la télévision en France, Paris, Hachette-Arte-La Cinquième, 1999, 2e édition mise à jour, coll. « Pluriel », 2001.Cécile MÉADEL, Histoire de la radio des années trente.Du sans-filiste à l'auditeur, Paris, I.N.A.-Anthropos-Economica, 1994.

Cécile MÉADEL, « La radio, une affaire politique », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 04/10/2022. URL : histoire-image.org/etudes/radio-affaire-politique

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