Allégorie de la révolte du papier timbré.

Allégorie de la révolte du papier timbré.

Date de création : 1676

Date représentée :

H. : 105

L. : 150

Huile sur toile

© Musée des beaux-Arts de Rennes, Dist. RMN - Grand Palais / Adélaïde Beaudoin

05-519129 / INV1860-1-1

La révolte du papier timbré

Date de publication : Juin 2013

Auteur : Pascal DUPUY

La dernière grande révolte populaire

La révolte du papier timbré, ou des bonnets rouges, qui éclate en Bretagne en juillet 1675 est la dernière grande révolte populaire du XVIIe siècle en France. Louis XIV, en guerre avec les Provinces-Unies, a besoin d’argent. Pour y remédier, Colbert décide de vendre des offices, d’augmenter les impôts (taille, aides, gabelles…) et d’en inventer d’autres : taxe douanière, taxe sur la vaisselle d’étain, sur le papier timbré… Cette dernière mesure, qui oblige à timbrer les actes notariés, entraîne une vague de protestations en Bretagne, une province rattachée relativement récemment à la couronne française (1532) et qui connaissait jusqu’alors un régime d’exemptions et de libertés. Ces impôts décidés sans concertation et sans l’aval des états de la province de Bretagne provoquent des soulèvements tout d’abord urbains (Rennes, le 18 avril 1675, Nantes, Dinan, Vannes, Guingamp…), puis enfin villageois.

La répression se met rapidement en place mais, pendant plus de trois mois, les autorités constituées (le gouverneur, le duc de Chaulnes, les lieutenants de haute et de basse Bretagne) sont incapables de maîtriser la situation. D’autant qu’à partir de juillet, ces soulèvements antifiscaux prennent une dimension antinobiliaire avec des insurgés qui veulent forcer les seigneurs à renoncer aux prélèvements domaniaux. Ils rédigent même un « code paysan », réclamant à la fois « la liberté de la province armorique » et la suppression des droits seigneuriaux. Ces mouvements de contestation de l’autorité du roi et de l’ordre social sont violemment réprimés : le parlement de Rennes, jugé trop laxiste, est exilé à Vannes, et le duc de Chaulnes, qui a obtenu des renforts militaires, pratique procès expéditifs et exécutions sommaires. L’ensemble de ces mesures ramène bientôt le calme et la soumission.

 

Une critique de la politique fiscale de Louis XIV

Jean-Bernard Chalette, né en 1631, est le fils de Jean Chalette (1581-1644), établi à Toulouse comme peintre portraitiste. Il enseignera à son fils les rudiments de la peinture. À sa mort, Jean-Bernard est accueilli dans l’atelier de son successeur, Antoine Durant. Maître peintre en 1661, Chalette quitte Toulouse, sa ville natale, et on le retrouve en 1663 à Rennes comme directeur du chantier des « ornements du dedans » du parlement de Bretagne. Il réalise alors de nombreux tableaux dont l’Allégorie de la révolte du papier timbré, conservé aujourd’hui au musée de Rennes.

Commandée par monseigneur Jean de La Monneraye, protonotaire apostolique et archidiacre de Rennes, dont les armes figurent dans le coin en bas à droite du tableau, l’œuvre critique la politique fiscale de Louis XIV et celle du gouverneur de Bretagne, artisan de la répression : le duc de Chaulnes. Ce dernier est peut-être représenté sous la forme de la créature repoussante et maléfique conduisant le char tiré par deux tigres féroces ou sous les traits de l’être monstrueux visible à l’arrière-plan devant la ville en flammes. Le char est guidé par un homme assis sur un trône. À ses pieds gisent des sacs d’or, des coffres regorgeant de bijoux et de pierres précieuses. Autour du char, on relève des hommes en armure inanimés et les corps gisants de femmes et d’enfants. Au premier plan à droite à l’abri d’une tenture, les allégories de la Justice et la Paix, deux jeunes femmes vêtues à l’antique et entourées de leurs attributs symboliques respectifs (balance pour l’une, couronne de laurier pour l’autre), semblent converser et se désintéresser des scènes de violence qui se déroulent devant elles.

Une allégorie polémique

Le tableau est daté de 1676, soit une année à peine après le soulèvement. Visible au centre dans un cartouche, l’inscription « Les riches et les pauvres sont injustement acablés [sic] » constitue une claire indication de son propos. Le verset 2 du Psaume LVII, « Si vere utique justitiam loquimini, RECTA judicate, filii hominum » (« Si vraiment vous parlez de justice, jugez DROITEMENT, enfants des hommes »), renforce l’argumentaire décliné dans le tableau.

L’œuvre, sous une forme allégorique, commente de manière polémique la politique fiscale de l’État français et la répression qui a suivi en Bretagne la révolte du papier timbré. Le char, conduit par un diable, écrasant la population, symbolise l’État et ses impôts injustes. La Justice et la Paix préfèrent ignorer la scène ainsi que les violences et les meurtres commis autour d’elles. L’extrait du Psaume de David sous-entend que ce nouvel impôt a été décidé sans souci d’équité. La ville en flammes rappelle les incendies qui ont éclaté à Rennes lors de la répression menée par le duc de Chaulnes, l’un des êtres monstrueux aux ordres du monarque qui semble avoir signé par là un pacte avec le diable.

· Yvon GARLAN et Claude NIÈRES, Les Révoltes bretonnes de 1675. Papier timbré et bonnets rouges, Paris, Éditions sociales, 1975.

· « Jean-Bernard Chalette, maître-peintre à Rennes au XVIIe siècle », in Bulletin des Amis du Musée de Rennes, 1979.

Pascal DUPUY, « La révolte du papier timbré », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26/09/2022. URL : histoire-image.org/etudes/revolte-papier-timbre

Anonyme (non vérifié)

Puis-je me permettre: la phrase 'il réalise...dont l'allegorie...' N'est pas tout à fait exacte, il vaudrait mieux indiquer qu'apres la révolte et l'exil du parlement à Vannes Challette s'est retrouvé au chômage technique et s'est tourné vers des commandes privées, et que c'est dans ce cadre qu'il a exécuté la commande de Jean de la Monneraye.
Ce matin excellente émission de France Culture sur la révolte du papier timbré à la Fabrique de l'Histoire
Mardi 3.11.2015

mar 03/11/2015 - 10:12 Permalien

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

revolte-papier-timbre-f

La révolte du papier timbré

La dernière grande révolte populaire

La révolte du papier timbré, ou des bonnets rouges, qui éclate en Bretagne en juillet 1675 est la dernière…

Le vêtement en Bretagne

Les foires représentent un moment important dans la vie quotidienne des campagnes. Elles ont lieu au bourg, vers lequel des centaines de paysans…

La mort de Roland

Le mythe de Roncevaux

Seul épisode fameux du règne de Charlemagne qui n’implique pas directement le futur empereur d’Occident, la mort tragique de…

Le travail à domicile

Accepté au Salon du printemps 1888, Le Tisserand valut à son auteur, le peintre et théoricien[1] Paul Sérusier, une mention lors de l’attribution…

L'harmonie de Pont-Aven - Henri Lemoine

Jour de fête

La France des fanfares

Au début du XXe siècle, il n’est pas rare que les photographes professionnels comme Henri Lemoine (1848-1924)…

Jour de fête
Jour de fête

L'école républicaine en Bretagne

L’enseignement pour tous dans la France rurale sous la IIIe République

Au XIXe siècle, la Bretagne est encore largement déficitaire en…

Louis René de Caradeuc de La Chalotais

La Chalotais, symbole de la lutte contre le despotisme ministériel sous Louis XV

La démission du parlement de Bretagne et l’arrestation du procureur général La Chalotais (1765)

À l’issue de la désastreuse guerre de Sept Ans (…

La Chalotais, symbole de la lutte contre le despotisme ministériel sous Louis XV
La Chalotais, symbole de la lutte contre le despotisme ministériel sous Louis XV

Cultes et coutumes religieuses dans la France rurale du XIXe siècle

Alors que le XIXe siècle est souvent décrit comme un siècle de déchristianisation, due au déracinement que provoquent exode rural et…

Cultes et coutumes religieuses dans la France rurale du XIX<sup>e</sup> siècle
Cultes et coutumes religieuses dans la France rurale du XIX<sup>e</sup> siècle

Un marchand d'images

Au milieu du XIXe siècle la population française est déjà assez largement alphabétisée, cependant de grandes disparités existent d’une région à l’…

Commémorations de la guerre 1914-1918

Le panthéon rennais

Le panthéon rennais reflète l’ampleur du traumatisme de la Première Guerre mondiale et le mouvement de prise de conscience…