Le défilé de la victoire sur les Champs-Élysées en 1944 | Histoire et analyse d'images et oeuvres

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Le défilé de la victoire sur les Champs-Élysées en 1944

Date de publication : octobre 2016

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Contexte historique

Montrer le « Paris libéré »

À mesure qu’ils libèrent le territoire métropolitain, les Alliés reconquièrent aussi la possibilité de produire les images qu’ils souhaitent montrer, et notamment celles de leurs victoires.

Après les représentations du débarquement et de l’avancée en Normandie de juin 1944, les films et photographies de la libération de Paris constituent un nouveau moment décisif dans cette guerre des images, presque aussi essentielle que celle qui se mène sur les champs de bataille.

Prise le 26 août 1944 par Jack Downey, cette photographie devient immédiatement célèbre à travers le monde, remplissant parfaitement les intentions de propagande de l’United States Office of War Information auquel le photographe appartient. Du fait de sa modernité (il s’agit d’une photographie couleur), de sa valeur esthétique et, bien sûr, de l’importance de l’événement qu’elle immortalise, cette image frappe durablement les esprits.

Analyse des images

Le défilé vu de l’intérieur

Jack Downey semble avoir pris cette photographie à partir de l’un des véhicules qui descendent l’avenue, situé un peu à droite (en regardant l’Arc de Triomphe) de l’axe de la route. Il est, en effet, en léger surplomb par rapport à la chaussée et à la foule, tout proche d’un cordon de militaires qui balise le cortège. Il s’agit donc d’une image prise « de l’intérieur », au cœur même de l’événement dans lequel il immerge sans filtre le spectateur.

La photographie met en valeur la perspective offerte par les Champs-Élysées. L’Arc de Triomphe trône en arrière-plan, imposant et majestueux. Un large drapeau français y est suspendu.

Des deux côtés de l’avenue, une foule compacte se masse, composée essentiellement de civils. On trouve ici majoritairement des hommes, même si l’on aperçoit, à gauche, quelques femmes et enfants, ou encore, à droite, des infirmières, nettement identifiables à leurs blouses blanches. On distingue également quelques policiers à droite, et des soldats casqués chargés de la sécurité, disposés çà et là le long du parcours. Des officiers et dignitaires occupent épisodiquement le premier rang (à droite et au centre, en bleu).

Dans le public sont visibles deux pancartes, dont les inscriptions bien régulières et loin d’être artisanales (« Vive de Gaulle » à droite, et « De Gaulle au pouvoir » plus loin à gauche) constituent le seul « texte » présent dans cette manifestation.

Au centre de la composition et de toutes les attentions, les troupes du général Leclerc défilent, héroïques, sur la route. Sur les chars, les jeeps et les motos se tiennent fièrement les soldats des Forces françaises libres, en uniforme beige.

Cette photographie laisse voir les couleurs resplendissantes de l’été (le bleu du ciel et le vert des feuillages), donnant une impression de modernité et de luminosité assez remarquables.

Interprétation

Un « triomphe » moderne

Si Paris ne figure pas parmi les objectifs prioritaires de l’État-major allié, qui souhaite avant tout emprunter le chemin le plus rapide vers l’Allemagne, l’insurrection qui s’étend dans la capitale à partir du 18 août ainsi que l’insistance du général de Gaulle conduisent le général Eisenhower à modifier ses plans, puis à accepter que les troupes de la France Libre se chargent de reprendre la ville. Le 21 août 1944, la 2e division blindée du général Leclerc, à l’avant-garde du 5e corps US, se lance sur la ville, qu’elle atteint le 24. Le 25, Choltitz signe devant le général Leclerc l’acte de reddition allemande à la gare Montparnasse.

Dès le 26 août, un défilé de la victoire est organisé sur les Champs-Élysées, à l’occasion duquel des milliers de Parisiens en liesse saluent les troupes du général Leclerc. À l’instar de ce cliché, qui en est l’un des plus célèbres, les nombreuses représentations de cet événement témoignent du fait que ce triomphe allié est aussi celui de la France combattante, qui peut, de ce fait, revendiquer une place parmi les pays vainqueurs. Comme le rappellent les deux pancartes lisibles sur l’image, le défilé ainsi que les images qui en sont diffusées sont également l’occasion pour le général de s’imposer aux yeux du monde comme l’unique chef de cette France libérée et victorieuse.

Si la scénographie et les lieux – les Champs-Élysées et l’Arc de Triomphe ont justement été conçus pour ce genre de célébration – renvoient vaguement à l’imaginaire des triomphes de la Rome antique, c’est surtout une forme de modernité qui caractérise cette photographie. Avec ses couleurs, son atmosphère lumineuse, son grand drapeau français, ses uniformes et ses véhicules inédits, l’image semble avoir été conçue pour en remplacer d’autres, tout aussi célèbres mais autrement plus lugubres, qui, en noir et blanc, montraient les nazis défiler ici même quatre ans plus tôt. Avec la libération de Paris, c’est donc un jour nouveau qui se lève, et cette image entend bien le montrer au monde entier.

Bibliographie

ABDELHOUABAB Farid, L’année de la liberté (juin 1944 – juin 1945), Paris, Acropole, 2004.

AZÉMA Jean-Pierre, Nouvelle histoire de la France contemporaine. XIV : De Munich à la Libération (1938-1944), Paris, Le Seuil, coll. « Points : Histoire » (no 114), 1979.

DE GAULLE Charles, Mémoires de guerre. III : Le salut (1944-1946), Paris, Plon, 1959.

DELPORTE Christian, MARÉCHAL Denis (dir.), Les médias et la Libération en Europe (1945-2005), Paris, L’Harmattan/Ina, coll. « Les médias en actes », 2006.

MARCOT François (dir.), Dictionnaire historique de la Résistance : résistance intérieure et France Libre, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2006.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « Le défilé de la victoire sur les Champs-Élysées en 1944 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 08 décembre 2019. URL : http://histoire-image.org/fr/etudes/defile-victoire-champs-elysees-1944
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