Portrait du duc de Villars | Histoire et analyse d'images et oeuvres

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Portrait du duc de Villars

Date de publication : juin 2020

Université d'Evry-Val d'Essonne

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Contexte historique

Le duc de Villars, maréchal de France

Ce tableau est regardé comme la copie, une dizaine d’années plus tard, d’un premier portrait réalisé en 1704. Son commanditaire né en 1653 est Claude-Louis-Hector de Villars, fils d’un lieutenant général des armées du roi devenu ambassadeur. La mort prématurée de son frère aîné destine le jeune marquis à l’exercice des armes. Le 14 octobre 1702, cinq mois après le déclenchement de la guerre de Succession d’Espagne, il est l’artisan de la victoire de Friedlingen sur les impériaux. Six jours plus tard, il devient le 39e maréchal de France créé par Louis XIV.

Auréolé de gloire, le maréchal passe commande d’un portrait à Hyacinthe Rigaud, peintre de renom. L’année suivante, il bat les troupes impériales à Höchstädt, puis rejoint les Cévennes en 1704, afin d’y rétablir l’ordre face aux protestants camisards. Le premier portrait est achevé au même moment pour la somme de 530 livres. Il est exposé au château de Vaux-le-Vicomte, domaine acquis par Villars en 1705, érigé la même année en duché-pairie par Louis XIV. D’autres copies de ce portrait sont destinées au cercle familial ou à des institutions monarchiques.

Reçu à l’Académie de peinture et de sculpture en 1700, Rigaud est réputé pour ses talents de portraitiste. Il rencontre le succès auprès des membres de la famille royale et des courtisans, surtout depuis la réalisation du portrait d’apparat de Louis XIV en 1701. Le portrait de 1704 est le point de départ d’une longue liste d’huiles sur toile et gravures réalisées par ou d’après Rigaud, selon une mise en scène reproduite à l’identique. Cette seconde toile est définitivement achevée après le mois d’août 1713, car le maréchal arbore l’ordre de la Toison d’or dont il vient d’être fait chevalier. Elle est issue des collections d’Honoré-Armand (1702-1770), le fils du duc et son successeur comme gouverneur de Provence. Faute de descendants, ce tableau est récupéré par les pouvoirs publics à la fin du XVIIIe siècle, avant d’intégrer les collections du Musée des Beaux-Arts de Marseille.

Analyse des images

Le mérite par les armes

Le duc-maréchal est au faîte de la renommée lorsque cette copie est achevée. Il vient de remporter la bataille de Denain (24 juillet 1712) sur les troupes coalisées commandées par le prince Eugène de Savoie. Grâce à ce nouveau fait d’armes, il protège l’accès à la capitale et devient un héros vivant des armées du roi de France. L’artiste utilise le registre militaire pour représenter son client qui adopte une posture altière. Comme sur le tableau original, le duc est représenté en buste de trois quarts jusqu’aux genoux, cadrage que le peintre se plaît à reproduire dans la plupart de ses toiles. Le maréchal porte une cuirasse, une épée au fourreau et le large manteau bleu des pairs de France, une dignité à laquelle il accède en décembre 1709, trois mois après la bataille de Malplaquet. À défaut d’être une victoire pour la France, cette bataille constitue un coup d’arrêt important pour ses ennemis.

À la manière de Louis XIV s’appuyant sur son sceptre, le duc tient dans sa main droite le bâton de maréchal parsemé de fleurs de lys dorées. La tonalité sombre du portrait est atténuée par des jeux de lumières vers la tête rehaussée par un collier de fine dentelle, les rubans rouge vif des médailles de l’ordre du Saint-Esprit et de la Toison d’or. À l’arrière-plan, derrière le bâton, un combat fait rage devant une ville. Comme pour justifier l’obtention de la dignité de Maréchal de France, il s’agit probablement d’une représentation du coup d’éclat de Friedlingen, victoire qui précède la commande du portrait original.

Interprétation

L’épée des Français

Ce tableau utilise les marques du service et de l’honneur de l’État : emploi d’un peintre réputé, médailles, bâton de maréchal, luxueux costume et large perruque sont les témoins du parcours exceptionnel d’un noble d’épée dont l’action alterne entre les champs de bataille et les missions diplomatiques. Villars participe aux grands conflits du Roi Soleil qu’il décrit dans de volumineux mémoires : guerres de Hollande, de la Ligue d’Augsbourg et de Succession d’Espagne. En 1702, il intègre le cercle très fermé des maréchaux de France dont Louis XIV a porté le nombre de seize à vingt. Attesté depuis le XIIe siècle, le maréchalat est un grade qui récompense les militaires les plus éminents de l’armée du roi, jusqu’à sa suppression en 1793.

Homme de valeur, le duc de Villars est comblé d’honneurs. Dans les semaines qui suivent la bataille de Denain, il est l’envoyé du roi de France lors des négociations du congrès de Rastadt mettant fin à la guerre de Succession d’Espagne. De retour de mission, il devient membre de l’Académie française, participe à l’éducation du jeune Louis XV et reçoit la présidence du Conseil de la guerre pendant la polysynodie (1715-1718). Au début de la guerre de Succession de Pologne, alors qu’il est âgé de quatre-vingts ans, Villars reprend les armes comme lieutenant général commandant l’armée d’Italie. En 1733, il est élevé à la dignité exceptionnelle et rare de maréchal des camps et armées du roi, ce qui lui donne une préséance sur tous les autres maréchaux du roi et lui vaut le surnom « d’épée des Français ». Cette énième récompense couronne sa carrière exceptionnelle, encore marquée par la conquête du Milanais, quelques mois avant sa mort à Turin, le 17 juin 1734.

Bibliographie

Fadi El HAGE, Le maréchal de Villars : l’infatigable bonheur, Paris, Belin, 2012.

Fadi El HAGE, Histoire des maréchaux de France à l’époque moderne, Paris, Nouveau Monde éditions, 2012.

Thierry SARMANT (dir.), Les ministres de la Guerre, 1570-1792 : Histoire et dictionnaire biographique, Paris, Belin, 2007.

Simon SURREAUX, Les maréchaux de France des Lumières, Histoire et dictionnaire d’une élite militaire dans la société d’Ancien Régime, Paris, SPM, 2013.

Simon SURREAUX, Servir le roi : Vie et mort des maréchaux de France au XVIIIe siècle, Paris, Vendémiaire, 2017.

François ZIEGLER, Villars, le centurion de Louis XIV, Paris, Perrin, 1996.

Pour citer cet article
Stéphane BLOND, « Portrait du duc de Villars », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 septembre 2020. URL : http://histoire-image.org/fr/etudes/portrait-duc-villars
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