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L'Amour présentant à Louis XV le portrait de l'infante Marie-Anne-Victoire d'Espagne

L'Amour présentant à Louis XV le portrait de l'infante Marie-Anne-Victoire d'Espagne

Date de création : 1724

H. : 132 cm

L. : 157 cm

Huile sur toile transposée.

Domaine : Peintures

© RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Philipp Bernard

Lien vers l'image

MV 4388 - 89-000309-02

  • L'Amour présentant à Louis XV le portrait de l'infante Marie-Anne-Victoire d'Espagne

La Petite fiancée de Louis XV, Marie-Anne-Victoire d'Espagne

Date de publication : Janvier 2024

Auteur : Lucie NICCOLI

Le projet d’une alliance pour la paix

À la fin du long règne de Louis XIV, en 1715, son unique successeur était son arrière-petit-fils Louis XV, un orphelin âgé de cinq ans. Pendant sa minorité, c’est Philippe d’Orléans, neveu et gendre de Louis XIV, qui assura la régence. La France sortait alors tout juste de la guerre de Succession d’Espagne, à l’issue de laquelle était monté sur le trône Philippe V, un petit-fils de Louis XIV. Une deuxième guerre opposant cette fois l’Espagne à la France et ses alliés, visant à limiter les prétentions espagnoles sur l’Italie (patrie de la reine d’Espagne Élisabeth Farnèse), s’acheva en 1720.

En 1721, afin de sceller la paix entre les Bourbons espagnols et français, le Régent eut l’idée de lier les deux royaumes par des mariages entre leurs héritiers : Luis, prince des Asturies, quatorze ans, devait épouser l’une des filles du Régent, Louise-Élisabeth, onze ans, tandis que sa petite sœur, Maria Ana Victoria, trois ans seulement, était promise à Louis XV, onze ans. Afin que les jeunes gens fassent connaissance avant leurs fiançailles, il fut procédé en janvier 1722 à un échange des princesses à la frontière franco-espagnole matérialisée par le fleuve Bidassoa, là même où avait déjà eu lieu en 1615 un échange entre la fille de Philippe III d’Espagne, Anne d’Autriche, accordée à Louis XIII, et celle d’Henri IV, Élisabeth, promise à Philippe IV. Tandis que Louise-Élisabeth gagnait Madrid, la jeune infante rejoignit Louis XV à Paris, puis à Versailles.

Aussitôt furent commandés aux meilleurs peintres des portraits des jeunes fiancés : dès 1722, Nicolas de Largillière esquissa pour le Bureau de la Ville de Paris une grande allégorie des fiançailles (projet abandonné par la suite), Jean-François de Troy en livra un double portrait en pied en 1723, sans doute destiné à la cour d’Espagne, et Alexis-Simon Belle, élève du père de ce dernier, reçut en 1724 la somme de 700 livres pour la version que lui avait commandée le Régent.

Le portrait officiel d’un futur couple royal

Le format ovale horizontal du tableau exécuté par Belle est inhabituel : il s’agissait sans doute à l’origine d’un portrait en pied rectangulaire, comme celui de Troy, qui a été tronqué à mi-corps. Dans un riche intérieur suggéré par le pan de marbre rouge derrière lui, le jeune Louis XV, de trois-quarts, une main sur la hanche, désigne de l’autre le portrait peint de sa petite fiancée, qui se tient debout, de face, sur un fond de ciel bleu et gris. Leurs noms respectifs – « LOUIS XV » et « M. V. AINFANTE DESPAGNE » sont inscrits en lettres d’or. Comme il convient pour une future mariée, les petites fleurs rose pâle et blanches qui composent son bouquet et la rose blanche derrière elle symbolisent l’amour pur, sincère et discret qui doit déjà l’animer. À sa gauche, des œillets du même rouge que la veste de son fiancé suggèrent peut-être l’amour plus intense qui devait naître à l’issue du mariage. Sous ces fleurs apparaît la tête d’un enfant joufflu, probablement un petit Amour destiné à éveiller en Louis XV des sentiments pour sa promise, comme dans le tableau de Rubens représentant Henri IV recevant le portrait de Marie de Médicis (1621-1624). Afin de signifier l’harmonie entre les jeunes gens, ils portent tous deux de très riches vêtements brodés d’or et garnis de fines dentelles – l’habit de Louis XV, coiffé au naturel de ses boucles châtain, et la robe à la française de l’infante, assortie au discret ornement de sa coiffure basse et poudrée de blanc, semblent tissés d’or. Le futur roi arbore par ailleurs le ruban bleu de l’ordre du Saint-Esprit, reçu à son baptême. Le visage de Louis XV, à l’expression souveraine, est reconnaissable, très proche de celui peint par Belle dans un grand portrait qu’il fit de lui en costume de sacre ; celui de Maria Ana Victoria, sereine et digne comme une reine en miniature, est plus stéréotypé et moins enfantin que celui qu’il peignit un an plus tôt de la petite fille, nonchalamment assise dans le parc de Versailles.

L’éphémère union de Louis XV et de la petite infante

Le choix de représenter la princesse sur une toile dans la toile et non aux côtés de son fiancé, qu’elle fréquentait pourtant depuis janvier 1722, était peut-être un procédé visant à faire paraître la petite fille plus grande qu’elle ne l’était à côté de l’adolescent, sans avoir à la jucher sur un fauteuil. Il peut cependant aussi être interprété comme le symbole de sa mise à distance du cœur du roi, la princesse évoluant dans un décor différent, relié à celui du roi seulement par sa main tendue. En dépit des efforts déployés par le peintre pour faire paraître la petite fille à la hauteur de son rôle et le couple harmonieux, l’écart d’âge est visible et l’absence d’affinité entre les fiancés, manifeste.

Au moment de l’exécution et de la livraison du tableau, la cour et le peintre savaient déjà que l’amour n’avait pas uni les deux fiancés : Louis XV, qui n’avait pas même été consulté pour ce projet de mariage, était très mécontent du choix de la princesse, de huit ans sa cadette. Alors que la petite fille, charmante et gracieuse, s’efforçait de tenir son rang et de plaire à son futur mari, ce dernier, humilié de devoir faire la cour à une « poupée », lui adressait à peine la parole.

Le mariage n’eut finalement pas lieu : à la mort du Régent, en 1723, le duc de Bourbon, devenu Premier ministre, décida de trouver à Louis XV une autre épouse, en âge de procréer, afin d’assurer la continuité dynastique. Les fiançailles avec Maria Ana Victoria furent rompues et celle-ci renvoyée en Espagne en avril 1725, tandis que l’annonce des noces de Louis XV avec Marie Leszczynska, vingt-deux ans, fille du roi de Pologne en exil, était publiée. Humiliés et furieux, les Bourbons d’Espagne renvoyèrent en France la fille du Régent, prématurément veuve à la mort du jeune Luis Ier, et interrompirent leurs relations diplomatiques avec la France pendant deux ans. Maria Ana Victoria, quant à elle, épousa en 1729 Joseph Ier, roi du Portugal.

Nathanaël PAYEN, « L'échange des princesses française et espagnole en 1722 et 1725 », dans Marie-Bernadette DUFOURCET-HAKIM et Josette PONTET, Guerre et paix : les enjeux de la frontière franco-espagnole (XVIe-début XIXe siècle), Presses Universitaires de Bordeaux, 2016.

Chantal THOMAS, L’Échange des princesses, Seuil, Paris, 2013.

Simone BERTIERE, « L’Infante-Reine » dans Les Reines de France au temps des Bourbons, vol. III : La Reine et la favorite : Marie Lesczynska, Madame de Pompadour, Paris, Éditions de Fallois, 2000.

Lucie NICCOLI, « La Petite fiancée de Louis XV, Marie-Anne-Victoire d'Espagne », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24/02/2024. URL : histoire-image.org/etudes/petite-fiancee-louis-xv-marie-anne-victoire-espagne

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