La France offrant la Liberté à l'amérique

La France offrant la Liberté à l'amérique

Date de création : 1784

Date représentée : 3 septembre 1783

H. : 135 cm

L. : 186 cm

huile sur toile

© RMN - Grand Palais (château de Blérancourt) / Daniel Arnaudet

lien vers l'image

98-012530 / MNB93.8

La France offrant la Liberté à l’Amérique

Date de publication : Septembre 2014

Auteur : Pascal DUPUY

Jean Suau est un peintre d’histoire quelque peu oublié, né en 1755 et mort en 1841. Il fut l’élève du chevalier de Rivalz (Pierre Rivalz) et le père du peintre Pierre-Théodore Suau (1789-1856), qu’il contribua à former dans son propre atelier. Jean Suau fut successivement membre et professeur de l’Académie de peinture, sculpture et architecture de Toulouse, professeur à l’École spéciale des beaux-arts de cette même ville, professeur à l’École centrale de Haute-Garonne et dirigea les classes de l’antique, du modèle vivant et d’anatomie artistique.

Il eut comme élève Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867) qui, comme son propre fils, fréquenta ensuite le célèbre atelier parisien de Jacques-Louis David (1748-1825).

En 1784, le peintre remporta le concours de l’Académie royale de Toulouse avec la peinture La France offrant la Liberté à l’Amérique. Ce tableau témoigne de l’immense intérêt que connut, en France, la Révolution américaine, sujet d’une importante iconographie allégorique. Entre 1779 et 1801, on relève plus d’une trentaine d’œuvres (sculptures, gravures, peintures) exposées aux Salons, à Paris, traitant directement des événements américains.

Au centre du tableau, la France est représentée portant une cuirasse et un manteau bleu orné de fleurs de lys dorées. Elle tient par la main la Liberté, qu’elle offre à l’Amérique. Celle-ci, représentée par un Indien portant une coiffe à plumes, s’empresse de la recevoir sur son embarcation. La Liberté tient dans sa main droite le sceptre, symbole de souveraineté, et dans sa main gauche le bonnet phrygien, icône de la liberté.

La France est suivie des allégories de la Victoire, ailée et tenant une couronne de laurier, de la Paix, agenouillée et coiffée d’une couronne de fleurs, de l’Abondance, tenant un bouquet de fleurs et d’épis de blé, et du Commerce, montrant une carte et une boussole. Au-dessus d’elles, dans un ciel nuageux en train de s’éclaircir, la Renommée annonce l’événement de sa trompette.

Sur la gauche du tableau, diverses nations s’occupent à entasser et déplacer des marchandises, attestant par là d’une prospérité commerciale et économique renaissante.

À l’extrême droite du tableau se trouve Hercule, qui chasse de sa massue le léopard anglais avec l’aide du coq français, piquant et menaçant.

Au loin, la mer s’ouvre sur un horizon ensoleillé. L’ensemble de la composition est baigné de couleurs douces, rehaussées de quelques traits vifs et éclatants.

Au lendemain de la guerre de Sept Ans (1756-1763), la politique fiscale de l’Angleterre déclencha dans ses treize colonies d’Amérique une vague de protestation qui allait bientôt se transformer, devant l’intransigeance britannique, en une véritable révolution. La rupture est définitivement consommée le 4 juillet 1776 avec la Déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique, qui marque la naissance d’une nouvelle République indépendante. La France, grâce à l’intervention de Benjamin Franklin et la détermination du marquis de La Fayette, décide, en 1778, d’intervenir auprès des insurgés américains. Grâce à ce soutien et à bien d’autres facteurs, la guerre prend fin en 1783 avec le traité de Paris qui consacre la défaite anglaise et la reconnaissance officielle des États-Unis d’Amérique.

S’ensuit, tout au long du dernier tiers du XVIIIe siècle, une vague d’œuvres allégoriques qui atteste de l’intérêt de l’opinion publique française pour les événements américains. Le tableau de Jean Suau en fait partie. Mettant en scène l’aide militaire et financière française aux insurgés américains lors de la guerre d’Indépendance d’Amérique (1776-1783) en utilisant un vocabulaire allégorique classique (la Liberté, la France, Hercule, le coq français, le léopard anglais…), il résume parfaitement les intérêts et les mobiles qui se cachent derrière l’intervention française : revanche contre l’Angleterre, sentiment anti-anglais, aspirations à la reconquête du commerce maritime, gloire de la France dans ses alliances. Ces éléments expliquent le couronnement de l’œuvre par l’Académie royale de Toulouse.

On remarquera enfin que l’identité de la jeune République américaine est représentée par un Indien, alors que la plupart des images de l’époque préfèrent utiliser son pendant féminin, la figure de l’Indienne sauvage et indomptable. Ici, probablement afin de donner à son sujet un caractère solennel, l’artiste a choisi un Indien à la peau blanche, dont seule la coiffe indique l’identité nationale.

COLLECTIF, L’Amérique des Lumières : partie littéraire, actes de colloque (Brest, 1976), Genève, Droz, coll. « Histoire des idées et critique littéraire » (no 168), 1977.

DUPRAT Annie, « De l’Indienne à l’aigle : identité, unité, patriotisme et universalisme dans l’iconographie américaine (1773-1802) », dans BÉLISSA Marc, COTTRET Bernard, Cosmopolitismes, patriotismes : Europe et Amériques (1773-1802), actes de journée d’étude (Nanterre, 2005), Rennes, Les Perséides, coll. « Le monde atlantique », 2005.

GUILLIN Marjorie, « “L’anéantissement des arts en province ?” L’Académie royale de peinture, sculpture et architecture de Toulouse au XVIIIe siècle (1751-1793) », thèse de doctorat en histoire de l’art, Toulouse, université Toulouse II – Le Mirail, 2013.

Pascal DUPUY, « La France offrant la Liberté à l’Amérique », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29/09/2022. URL : histoire-image.org/etudes/france-offrant-liberte-amerique

Anonyme (non vérifié)

Monsieur,

Je pense qu'il manque des mots dans la phrase suivante :
"La Liberté porte dans sa main droite une le sceptre symbole de souveraineté et dans sa main gauche le bonnet phrygien icône de la liberté."
Pourriez-vous vérifier la phrase s.v.p. ?
Je vous remercie.

See more at: http://www.histoire-image.org/site/oeuvre/analyse.php?i=1345#sthash.zAazrOds.dpuf

jeu 29/01/2015 - 13:09 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Bonjour,

Merci pour votre œil avisé et pour l'intérêt que vous portez à notre site.

Les corrections sont désormais effectives sur le site,

A bientôt,

Anne-Lise

lun 11/05/2015 - 10:04 Permalien

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

La France vaincue

La victoire de la Prusse à Sedan le 2 septembre 1870 entraîne l’effondrement du Second Empire. Deux jours plus tard, la déchéance de la famille…

La France vaincue
La France vaincue
La France vaincue

La décoration picturale de l'Hôtel de ville de Paris

La reconstruction de l’hôtel de ville de Paris après la Commune

Au terme de la semaine sanglante, les communards qui se repliaient devant l’armée…

Portrait de Turenne en général romain

Un portrait à l’attribution incertaine

S’il l’identification du modèle ne fait pas de doute – il s’agit d’Henri de La Tour d’Auvergne, vicomte de…

Le roi danse : Louis XIV et la mise en scène du pouvoir absolu

Le ballet de cour, un divertissement politique

La grande tradition des ballets de cour en France fut inaugurée par le Ballet comique de la Reine…

Plus jamais ça !

« Plus jamais ça ! »

La Grande Guerre, par sa durée insupportable, l’extension et la multiplication de ses fronts, l’expérience des tranchées et…

Plus jamais ça !
Plus jamais ça !

Une femme force les portes de l’Académie

L'Académie royale de peinture et de sculpture est fondée sur mandat royal en 1648. Elle constitue l'un des socles institutionnels sur lesquels…

Tombeau du maréchal Turenne (1611-1675)

Le tombeau de Turenne

Le tombeau d’un maréchal de France

Le 17 avril 1676, le neveu de Turenne, cardinal de Bouillon, passa commande d’un mausolée en mémoire de son…

Les Fugitifs : fuite, exode ou déportation ?

La signification des Fugitifs est assez mystérieuse.

On invoque le plus souvent, pour expliquer l’irruption de ce thème dans l’œuvre de…

La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix

Charles X et son impopulaire ministre, le prince de Polignac, remettent en cause les acquis de la Révolution. L’opposition libérale, par le biais…

Allégorie de la régence d’Anne d’Autriche

La régence d’Anne d’Autriche

Si sa date de réalisation est attestée – 1648 –, on ignore à la fois qui a commandé la toile et son emplacement…