Louis XIII sous la figure d'Hercule | Histoire et analyse d'images et oeuvres

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Louis XIII sous la figure d'Hercule

Date de publication : novembre 2020
Auteur : undefined

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Contexte historique

Commémorer une victoire contre l’Espagne

Cette œuvre est un portrait du roi Louis XIII en héros de la mythologie Héraclès-Hercule triomphant. Il s’agit d’une estampe à l’eau-forte d’un des plus célèbres graveurs français, Abraham Bosse, membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture. Cette gravure est datée d’après le 20 mai 1635, car on y reconnaît une représentation de la victoire de l’armée royale française contre l’Espagne à la bataille d’Avein (Avin-en-Hesbaye), aux Pays-Bas espagnols, durant la Guerre de Trente ans. Cette eau-forte s’inspirerait d’un tableau de Vignon réalisé pour Richelieu l’année précédente et intitulé Hercules Admirandus ou le Triomphe d’Hercule qui mettait cette fois en image le cardinal en Hercule. L’eau-forte, imprimée sur un placard surplombant une ode de trente sizains, appartient à la propagande officielle royale, en commémorant de manière mythologique cette victoire française inédite contre l’Espagne qui serait représentée à l’arrière-plan. Effectivement, en mai 1635, l’armée française menée par les maréchaux de Châtillon et de Brézé écrase les troupes espagnoles du prince Thomas de Savoie qui perdent dans la défaite 5 000 soldats. L’œuvre de circonstance a donc vocation à inscrire dans la mémoire cette victoire « héroïque » qui constitue un succès français très isolé au milieu des années 1630.

Analyse des images

Louis XIII, un Hercule moderne

L’œuvre répond aux codes des peintures mythologiques royales qui se multiplient au XVIIe siècle. En portraiturant Louis XIII sous les traits du héros, elle met en écho Antiquité et modernité et insuffle toute la force de l’Antique à l’imagerie royale. Le roi, coiffé d’une perruque et la moustache finement dessinée, est revêtu de la panoplie militaire de l’imperator (général victorieux) romain tandis que les fleurs de lys de sa cuirasse rappellent le royaume de France. Comme Héraclès qui foule à ses pieds un monstre mythologique, le roi trône sur des trophées de boucliers et de drapeaux décorés des armoiries de ses ennemis (Savoie, Castille, Espagne). Louis XIII s’approprie surtout les attributs d’Héraclès, ce qui lui permet de s’identifier, par l’image, au héros des Douze travaux. La leonté (peau du lion de Némée) coiffant sa tête et drapée sur ses épaules rappelle le premier travail héroïque et la massue qu’il porte négligemment symbolise ses combats contre les monstres de désordre. Louis XIII est enserré par des motifs de victoire de tous côtés : laurier et palmier, deux chars dans le ciel qui reprennent les codes iconographiques de l’apothéose l’encadrent symboliquement (Héraclès à gauche et, à droite, Henri IV en Héraclès la massue à la main), inscription au frontispice « foederatorum vindici » - « triomphe de ses ennemis ». Quant au coq, symbole de la royauté française et de son peuple, il fait fuir le lion qui incarne l’Espagne tandis que, derrière le roi, l’armée des cavaliers français achève ses adversaires espagnols. Imprimée sur un placard comprenant une ode de trente sizains sur quatre colonnes intitulée « Sur la guerre déclarée en France par un héraut », l’œuvre assimile clairement le roi à un héros de la mythologie.

Interprétation

La mythologie au service de la royauté

Ce portrait allégorique fait partie d’un programme iconographique très politique au service de la monarchie qui utilise la force symbolique du héros antique pour construire une image royale surhumaine. Tel Héraclès-Hercule, fils de Zeus-Jupiter souverain, Louis XIII apparaît avec une majesté antique qui lui accorde les qualités du héros grec : nature divine, force guerrière, capacité de victoire, mais également ordre et justice, puisqu’il est représenté dans une position souveraine, tel un vainqueur « pacifique ». Cette œuvre montre combien la mythologie fait partie de la culture occidentale et combien la figure d’Hercule, réappropriée par la modernité, garde sa pertinence sous la royauté de France pour héroïser une figure du pouvoir temporel.

Bibliographie

Pierre CHEVALLIER, Louis XIII, roi cornélien, Fayard, Paris, 1979.

Yann LIGNEREUX, Les rois imaginaires. Une histoire visuelle de la monarchie de Charles VIII à Louis XIV, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2016.

Jean-Christian PETITFILS, Louis XIII, Perrin, Paris, 2008.

Gérard SABATIER, Le prince et les arts : stratégies figuratives de la monarchie française, de la Renaissance aux Lumières, Seyssel, Champ Vallon, 2010.

 

Pour citer cet article
undefined, « Louis XIII sous la figure d'Hercule », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28 novembre 2020. URL : http://histoire-image.org/fr/etudes/louis-xiii-figure-hercule
Glossaire
  • Académie des beaux-arts : Créée en 1816 par la réunion de l’Académie de peinture et de sculpture, fondée en 1648, de l’Académie de musique, fondée en 1669 et de l’Académie d’architecture, fondée en 1671. Institution qui rassemble les artistes distingués par une assemblée de pairs et travaillant le plus souvent pour la couronne. Elle définit les règles de l’art et du bon goût, forme les artistes, organise des expositions.
  • guerre de Trente ans : Guerre européenne qui ravagea notamment le Saint-empire romain germanique (l'Allemagne) de 1618 à 1659. L'origine du conflit est religieux : à l'expansion de la Réforme en Allemagne s'oppose les princes et souverains catholiques.
  • Sizain : Poésie formée de strophes de six vers
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