Ecoliers dans la cour intérieure du Palais social du Familistère.

Ecoliers dans la cour intérieure du Palais social du Familistère.

Le Familistère de Guise vu depuis le sud-ouest : le pavillon central, l'aile gauche et les économats.

Le Familistère de Guise vu depuis le sud-ouest : le pavillon central, l'aile gauche et les économats.

Vue de la ville, du Familistère et de l'usine Godin depuis le château des ducs de Guise.

Vue de la ville, du Familistère et de l'usine Godin depuis le château des ducs de Guise.

Portrait de Jean-Baptiste-André Godin.

Portrait de Jean-Baptiste-André Godin.

Ecoliers dans la cour intérieure du Palais social du Familistère.

Ecoliers dans la cour intérieure du Palais social du Familistère.

Auteur : ANONYME

Lieu de conservation : musée municipal (Guise)
site web

Date de création : 1896

Date représentée : 1896

H. : 12

L. : 17

photographie

© Collection musée de Guise / Familistère de Guise

1976-01-078

Un palais social pour les ouvriers

Date de publication : Mars 2016

Auteur : Jean-Luc PINOL

L’industrie n’a pas, dans la France du XIXe siècle, bouleversé l’armature urbaine. Pourtant, dans certaines localités, au Creusot ou à Mulhouse, à Roubaix ou dans des cités minières, l’industrialisation a entraîné une très forte augmentation du nombre des familles ouvrières, et cela n’est pas allé sans difficultés de logement parfois dramatiques.

Dans ce contexte se sont alors développées diverses expériences de logement patronal. Parmi ces dernières, le cas du familistère de Guise, construit par l’industriel Jean-Baptiste Godin, est assez original, car il n’envisage pas l’isolement de la famille ouvrière dans la maison unifamiliale qui demeure l’idéal des cités ouvrières, mais entend favoriser les relations sociales dans le cadre d’un habitat collectif qu’il appelle « palais social ». Son portrait, ses vêtements (le col mou, par exemple), sont plus ceux d’un esprit libre que d’un baron de l’industrie.

Ouvrier serrurier, il a inventé en 1840 un poêle en fonte émaillée dont la diffusion va connaître un grand succès. En 1846, il installe ses ateliers à Guise, à proximité d’une boucle de l’Oise et à courte distance de la nouvelle gare de chemin de fer qui sera décisive pour l’expédition de ses articles. En 1865, l’atelier du début est devenu une vaste usine qui occupe plus de 300 ouvriers. Deux ans plus tard, ils seront plus de 900.

Membre de l’École sociétaire fouriériste depuis 1843, celui qui est devenu un industriel prospère entend donner aux ouvriers les « équivalents de la richesse », dans les domaines du logement, de l’hygiène, de la culture et de l’éducation.

Après plusieurs tentatives avortées de l’École sociétaire, en particulier au Texas, il décide de construire un familistère, inspiré du phalanstère fouriériste. Le pragmatisme qui le caractérise se retrouve dans le plan évolutif qu’il élabore pour le palais social. En 1865, deux des trois bâtiments sont construits, l’aile gauche et le pavillon central ; l’aile droite ne sera achevée qu’en 1879.

Se constitue ainsi, à l’écart de l’ancien noyau de la bourgade, un ensemble qui abrite plus de 1 300 personnes, soit un habitant de Guise sur six à la veille du premier conflit mondial. La différence entre « ceux du familistère » et « ceux de la ville » est d’autant plus forte que les premiers bénéficient d’avantages et d’équipements que n’ont pas les seconds. Les logements disposent d’un confort et de conditions d’hygiène très supérieures à la norme. Godin lui-même habite le familistère, tout comme l’encadrement de l’usine ou des mouleurs en fonte.

La cour intérieure est le lieu géométrique de la vie des familistériens, elle accueille les bals dominicaux, les fêtes annuelles du travail et de l’enfance. Son dispositif technique résume les impératifs de l’hygiénisme : la verrière que supporte une charpente en bois (portée de 40 × 20 m pour le pavillon central) dispense la lumière ; l’aération est assurée par un circuit de ventilation : l’alignement des bouches d’aération entre la verrière, incomplètement fermée, et les caves est nettement visible sur le sol de la cour, à droite. La salubrité est assurée par des vide-ordures (« trappes à balayures », dit Godin) et des blocs sanitaires installés dans les angles auxquels arrivent aussi les escaliers. Les balcons donnent accès aux appartements – chaque porte dessert un petit vestibule qui ouvre sur deux appartements –, et chacun d’eux possède des fenêtres à l’extérieur et sur la cour : toujours le principe de la circulation de l’air…

Les verrières peuvent paraître sinistres, on y a vu une similitude avec le modèle carcéral. Mais il y a là une volonté de faire échapper le monde du travail aux caprices du climat, de permettre aux enfants et à leurs parents d’échapper à la pluie et au froid, qui s’inscrit dans le droit fil du modèle phalanstérien.

En 1871, au moment où la Commune de Paris s’achève dans le sang et symbolise la violence de la lutte des classes, Godin publie Solutions sociales, un ouvrage qui condamne la guerre civile et qui explique par le menu comment réaliser l’association du capital, du travail et du talent selon les préceptes fouriéristes. L’ouvrage est un véritable manuel de la cité industrielle idéale, tant du point de vue de l’habitat que de l’éducation et de l’hygiène.

Son auteur l’envoie dans de nombreuses bibliothèques de par le monde, persuadé que sa lecture multiplierait les adeptes de la solution familistérienne et qu’au XXe siècle la construction de centaines de « palais sociaux » permettrait l’établissement de la concorde universelle.

Annick BRAUMAN et al., Jean-Baptiste André Godin, 1817-1888, Le familistère de Guise ou les équivalents de la richesse, seconde édition revue et augmentée, catalogue de l’exposition Bruxelles-Paris, archives d’Architecture moderne – Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou, 1980.

COLLECTIF, Le Familistère Godin à Guise, Habiter l’Utopie, Paris, Éditions de la Villette, coll. « Penser l’espace », 1982.

Henri DESROCHE, La Société festive : du fouriérisme écrit aux fouriérismes pratiqués, Paris, Seuil, 1975.

Jean-Baptiste André GODIN, Solutions sociales, présentation et notes de Jean-Luc PINOL et Jean-François REY, réflexions de René RABAUX, administrateur-gérant du familistère de 1933 à 1954, Quimperlé, Éditions La Digitale, 1871, rééd. 1979.

Jean-Luc PINOL, « Un palais social pour les ouvriers », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 20/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/palais-social-ouvriers

Anonyme (non vérifié)

La visite du familistère, il y a plus de 15 ans, est de celles qui m'ont le plus marqué. Ce n'est pas une simple promenade touristique, mais la rencontre d'un lieu construit autour de la réalisation d'un idéal. J-B Godin avait vraiment pensé à tout, pour tous.
Perle méconnue à découvrir

mer 09/05/2012 - 21:07 Permalien
Anonyme (non vérifié)

J'aime beaucoup la culture. Cet article est très intéressant !
Allez bisous.

sam 22/09/2012 - 11:04 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Superbe bâtiment historique.

Ai été un peu déçu d'autre part, car le bâtiment ou se trouve le théâtre était fermé, et n'ouvrait que l'après midi, bizarre?

Le prix d'entrée est un peu élevé.

Salutations

J.laine

mar 11/08/2015 - 11:46 Permalien
Anonyme (non vérifié)

visité hier avec un groupe, superbe rénovation , visite guidée de qualité, un participant de 91 ans : "je suis heureux d'avoir vu ça, comment se fait-il que ce ne soit pas inscrit aux programmes scolaires" ...

jeu 08/10/2015 - 11:19 Permalien

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