Napoléon Ier passant devant les troupes à la bataille d'Iéna, 14 octobre 1806.

Napoléon Ier passant devant les troupes à la bataille d'Iéna, 14 octobre 1806.

Date de création : 1836

Date représentée : 14 octobre 1806

H. : 465

L. : 543

Huile sur toile.

© Photo RMN - Grand Palais - Droits réservés

http://www.photo.rmn.fr

85-000891 / MV2768

La bataille d'Iéna

Date de publication : Octobre 2006

Auteur : Delphine DUBOIS

Dès son accession au trône, conseillé par l’historien-ministre François Guizot (1787-1874), Louis-Philippe décide de transformer le château de Versailles en un musée dédié « à toutes les gloires de la France ». La conception de la galerie des Batailles, qui reprend les victoires militaires marquantes de l’histoire de France depuis la bataille de Tolbiac (496), s’inscrit parfaitement dans ce projet. La Révolution et l’Empire, que la Restauration avait escamotés, y sont réhabilités comme des pages de l’histoire nationale. Trente-trois toiles sont rassemblées dans la nouvelle galerie aménagée au premier étage de l’aile du Midi et inaugurée en 1837. Excepté quatre d’entre elles, ces toiles ont fait l’objet d’une commande dans laquelle figurent les trois tableaux réalisés par Horace Vernet (1789-1863), un des peintres favoris de Louis-Philippe, qui clôturent le parcours avec les batailles de Wagram (6 juillet 1809), de Friedland (14 juin 1807) et d’Iéna (14 octobre 1806).

Le 26 août 1806, la quatrième coalition, constituée de la Prusse, de la Russie et de l’Angleterre, lance un ultimatum à Napoléon et exige le retour des troupes françaises au-delà du Rhin. L’Empereur réagit immédiatement et écrase l’armée prussienne à Iéna (14 octobre) puis entre dans Berlin en triomphateur (27 octobre).

Ce tableau n’illustre pas la bataille d’Iéna, mais une anecdote racontée dans le Bulletin de la Grande Armée. Napoléon, entouré de Berthier (à gauche de l’Empereur) et de Murat (en pelisse rouge galonnée d’or), passe au galop devant les rangs de la garde impériale à pied. Laissée inactive, celle-ci ronge son frein quand un jeune grenadier impétueux (à droite) s’écrie « En avant ». Furieux, l’Empereur, le visage fermé, freine son cheval et se retourne pour morigéner l’insolent : « Qu’est-ce ? Ce ne peut être qu’un jeune homme qui n’a pas de barbe qui peut vouloir préjuger ce que je dois faire ; qu’il attende qu’il ait commandé dans trente batailles rangées avant de prétendre me donner des avis. »

Rien ne permet d’identifier Iéna dans cette scène : le décor est des plus neutres, et aucun élément topographique ne rappelle le site de la bataille. Seuls les deux tiers gauches du tableau suggèrent les combats : rassemblements de troupes, fumées d’artillerie, fougue et nervosité des chevaux. Le tiers droit, où sont alignés les grenadiers à pied de la garde impériale, illustre la discipline militaire et l’obéissance indéfectible au chef que vient seule troubler l’impétuosité d’une jeune recrue.

Le souci d’unification des héritages de l’Ancien Régime et de la Révolution, le regain de l’engouement pour l’Empereur, mais également une indéniable admiration pour ses qualités militaires et politiques, sont les points que la monarchie de Juillet perpétue et entretient. Le souvenir impérial sera matérialisé durant le règne par le replacement de la statue de Napoléon au sommet de la colonne Vendôme (28 juillet 1833), par l’inauguration de l’Arc de triomphe (1836) et, point culminant, par le retour des cendres aux Invalides (15 décembre 1840).

Dans un souci de cohésion sociale, Louis-Philippe cherche à fonder historiquement son règne dans la continuité de toutes les gloires de la France, et l’Empereur y trouve bien évidemment sa place. Toutefois, dans la Bataille d'Iéna. 14 octobre 1806, comme dans les deux autres tableaux de Vernet (Bataille de Friedland.14 juin 1807 et Bataille de Wagram.6 juillet 1809), les combats sont gommés et remplacés par des événements anecdotiques. Placée au centre, la figure de Napoléon illustre le chef militaire et le tacticien de génie, dédaigneux du danger, froid et déterminé, mais aussi indifférent à ses hommes. L’enthousiasme aveugle des soldats suivant l’Empereur sur les champs de bataille est bien représenté, mais la froideur du regard et la réprimande cinglante de l’Empereur marquent une distance hautaine envers la troupe. Le tableau de Vernet est de ce fait très éloigné des estampes de Raffet (« Mon Empereur, c’est la plus cuite ») ou de Charlet (« On ne passe pas ! »), qui mettent l’accent sur la popularité de l’Empereur et sur les liens empreints de simplicité et de bonhomie qui l’unissent à ses soldats. Tableaux officiels, les œuvres commandées par Louis-Philippe insistent en revanche sur les qualités purement militaires et stratégiques de l’emblématique homme de pouvoir ; la légitimité populaire, comme l’affection des masses pour le « petit caporal », sont de ce fait volontairement niées.

Claire CONSTANS, Les Peintures du musée national du Château de Versailles, Paris, RMN, 1995.Claire CONSTANS, Versailles. La galerie des Batailles, Beyrouth, Éditions Khayat, 1981.Thomas W. GAEHTGENS, Versailles, de la résidence royale au musée historique. La galerie des Batailles et le musée historique de Louis-Philippe, Paris, Albin Michel, 1984.Alain PIGEARD, Les Campagnes napoléoniennes : 1796-1815, Entremont-le-Vieux, Éditions Quatuor, 1998.Emmanuel de WARESQUIEL, « La figure de Napoléon dans la bataille à travers trois générations de peintres, de Gérard à Meissonier », in Cahiers du C.E.H.D. n° 23, Nouvelle histoire bataille (II), Vincennes, Éditions du C.E.H.D., 2004.

Delphine DUBOIS, « La bataille d'Iéna », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 12/08/2022. URL : histoire-image.org/etudes/bataille-iena

Anonyme (non vérifié)

meri pour votre desccription je vais avoir une bonne note grace a vous en histoire des arts

lun 30/12/2013 - 17:14 Permalien

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

Mentions d’information prioritaires RGPD

Vos données sont sont destinées à la RmnGP, qui en est le responsable de traitement. Elles sont recueillies pour traiter votre demande. Les données obligatoires vous sont signalées sur le formulaire par astérisque. L’accès aux données est strictement limité aux collaborateurs de la RmnGP en charge du traitement de votre demande. Conformément au Règlement européen n°2016/679/UE du 27 avril 2016 sur la protection des données personnelles et à la loi « informatique et libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de portabilité et de limitation du traitement des donnés vous concernant ainsi que du droit de communiquer des directives sur le sort de vos données après votre mort. Vous avez également la possibilité de vous opposer au traitement des données vous concernant. Vous pouvez, exercer vos droits en contactant notre Délégué à la protection des données (DPO) au moyen de notre formulaire en ligne ( https://www.grandpalais.fr/fr/form/rgpd) ou par e-mail à l’adresse suivante : dpo@rmngp.fr. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter notre politique de protection des données disponible ici en copiant et en collant ce lien : https://www.grandpalais.fr/fr/politique-de-protection-des-donnees-caractere-personnel

Partager sur

Découvrez nos études

Le siège de Puebla

Au Mexique, après une violente guerre civile, le libéral Benitó Juarez l’emporta sur les conservateurs. Il prit des mesures contre le clergé,…

La bataille de Solférino (24 juin 1859)

Après les révolutions de 1848, l’Italie a retrouvé le régime de 1815 : d’un côté des petites souverainetés despotiques sans aucun lien confédéral…

La bataille de Solférino (24 juin 1859)
La bataille de Solférino (24 juin 1859)

La Marne, où tout commence, où tout finit ?

Deux batailles pour une Victoire à plusieurs

La première bataille de la Marne se déroule début septembre 1914 et permet aux armées franco-anglaises…

Les zouaves sur tous les fronts

Les zouaves, corps à part dans l’armée française

L’histoire des zouaves, unité d’infanterie spécifique au costume reconnaissable entre tous,…

Les zouaves sur tous les fronts
Les zouaves sur tous les fronts
Les zouaves sur tous les fronts

Photographier la Grande Guerre

Au moment où éclate la Première Guerre mondiale, la photographie est encore considérée comme le meilleur moyen de s’approcher de la réalité. On…

Photographier la Grande Guerre
Photographier la Grande Guerre

La conquête de Constantine (1836/1837)

Les difficultés de la France pour conquérir le Constantinois

Si la conquête de l’Algérie décidée par Charles X en 1830 et poursuivie par son…

La conquête de Constantine (1836/1837)
La conquête de Constantine (1836/1837)
La conquête de Constantine (1836/1837)

La Grande armée fidèle à l'Empereur

Symbole s’il en est de l’unanimité populaire, le serment, devenu sous la Révolution la proclamation inaliénable du corps souverain de la nation,…

La Grande armée fidèle à l'Empereur
La Grande armée fidèle à l'Empereur
La Grande armée fidèle à l'Empereur
Verdun - Fernand Léger

Le cubisme sur le front : les dessins de guerre de Fernand Léger

Représenter la guerre

La guerre de 1914-1918 opéra une rupture sans précédent dans l’histoire des manières de combattre : la guerre de mouvement…

Le cubisme sur le front : les dessins de guerre de  Fernand  Léger
Le cubisme sur le front : les dessins de guerre de  Fernand  Léger
Le cubisme sur le front : les dessins de guerre de  Fernand  Léger
Le cubisme sur le front : les dessins de guerre de  Fernand  Léger

Portrait du duc de Villars

Le duc de Villars, maréchal de France

Ce tableau est regardé comme la copie, une dizaine d’années plus tard, d’un premier portrait réalisé en 1704…

Les tirailleurs marocains

Les troupes coloniales marocaines dans « la seconde bataille de la Marne »

Libérées du front de l’est par le traité de Brest-Litovsk (1917) qui…