Les Séides de la Commune, les pétroleuses et les enfants perdus.

Les Séides de la Commune, les pétroleuses et les enfants perdus.

Arrestation des incendiaires.

Arrestation des incendiaires.

Les Séides de la Commune, les pétroleuses et les enfants perdus.

Les Séides de la Commune, les pétroleuses et les enfants perdus.

Date de création : 1871

Date représentée : 1871

H. : 0

L. : 0

lithographie photomécanique sur papier

© Saint-Denis, musée d'art et d'histoire - Cliché I. Andréani

Lien vers l'image

Le mythe de la pétroleuse

Date de publication : Mars 2016

Auteur : Bertrand TILLIER

Naissance des « pétroleuses »

Durant la « Semaine sanglante », tant pour des raisons symboliques que pour des motivations tactiques, la Commune incendia quelques grands édifices parisiens tels l’Hôtel de Ville, la Cour des comptes, une partie du Palais-Royal et le palais des Tuileries. À tort ou à raison, des suspects furent arrêtés, jugés et condamnés – Boudin et Bénot furent ainsi respectivement fusillés en mai 1872 et janvier 1873 – pour ces actes qui avaient marqué l’esprit des Parisiens.

Dès les débuts de l’été 1871, des journaux versaillais construisirent et diffusèrent des histoires de « pétroleuses » qui, dans les divers imaginaires politiques, succédaient aux « tricoteuses » révolutionnaires. Souvent associée à des personnalités comme Louise Michel, André Léo, Paule Minck, Nathalie Lemel, Élisabeth Dmitrieff ou Maria Deraisme, l’image de la communarde munie de la « boîte » ou de la « bouteille » de pétrole qu’elle lancera sur les façades des édifices publics ou dans les caves des immeubles devint une figure récurrente dans les récits des journalistes, des témoins et des premiers historiens de tout poil affiliés à Versailles.

Visages de la pétroleuse

Les deux images de Lix et Vernier sont complémentaires.

Dans sa gravure de presse, d’autant plus impressionnante qu’elle mime le croquis pris sur le vif, Lix montre trois femmes surprises à incendier une boutique dont elles ont fracturé les volets. Celle de droite a donné à sa complice la bouteille de pétrole qu’elle dissimulait dans un panier de cantinière. Agenouillée au centre, celle-ci vide le contenu du récipient dans une échoppe par une brèche ouverte à la hache dans la façade. À gauche, une troisième acolyte s’apprête à lancer une torche allumée dans la maison. Dans cette composition à vocation « documentaire », les actes de ces femmes sont constitués en flagrants délits.

L’apparence des pétroleuses est tout aussi déterminante : les deux femmes dont les visages sont visibles ne laissent aucun doute sur leur violence. La dureté de leurs traits et leur laideur effrayante concourent à fixer l’exaltation aveugle, l’hystérie et l’aberration condensée par ces « messalines » et autres « bacchantes ivres » que les anticommunards ont décrites comme des héroïnes « du vol et de l’incendie ». Pour parfaire la scène, Lix n’omet pas de placer ces « créatures » indignes dans une ville où tous les plans figurés sont en ruine ou en feu, pillés et saccagés.

Selon une autre forme de l’économie de moyens, Vernier représente les « incendiaires » arrêtés et conduits par leurs geôliers. Si les hommes sont représentés, les femmes occupent le premier plan de l’image et la tête de la colonne. De même, si les fédérés sont tous relativement similaires dans leurs uniformes, les femmes présentent une disparité intéressante : mégères ou élégantes, elles sont de tous âges et de toutes conditions.

La démonstration de Vernier diffère de celle de Lix, incitant peut-être à la peur et à la délation : rien ne ressemble plus à une pétroleuse qu’une femme ordinaire.

Mythes de la pétroleuse

Ces gravures sont symptomatiques des excès de l’imagerie anticommunarde.

Publiées au moment même où le mythe de la pétroleuse naît, et alors que les femmes impliquées dans la Commune sont traduites devant les conseils de guerre, elles viennent fournir à l’opinion publique des représentations efficaces de ces allégories noires ou négatives de la Commune comme règne du chaos et de la destruction.

Cette iconographie recourut souvent à l’excès. Elle sut aussi offrir des « types » incertains et mobiles – de la bestialité des « femelles » des communards chez Lix aux femmes les plus « normales » de Vernier – qui nourrirent autant les imaginaires qu’ils alimentèrent le mythe de la pétroleuse, en dépit des démentis de Louise Michel ou Karl Marx, voire de Maxime du Camp.

Dans tous les cas, les pétroleuses ont servi à exorciser la « grande peur » de la Commune et de ses incendies.

Bernard NOËL, Dictionnaire de la Commune, 2 vol., Paris, Flammarion, coll. « Champs », 1978.

Édith THOMAS, Les Pétroleuses, Paris, Gallimard, coll. « La suite des temps », 1963.

Bertrand TILLIER, « Le mythe de la pétroleuse », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30/09/2022. URL : histoire-image.org/etudes/mythe-petroleuse

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