La République universelle démocratique et sociale - Le Pacte.

La République universelle démocratique et sociale - Le Pacte.

La République universelle démocratique et sociale - Le Prologue.

La République universelle démocratique et sociale - Le Prologue.

La République universelle démocratique et sociale - Le Triomphe.

La République universelle démocratique et sociale - Le Triomphe.

La République universelle démocratique et sociale - Le Marché.

La République universelle démocratique et sociale - Le Marché.

La République universelle démocratique et sociale - Le Pacte.

La République universelle démocratique et sociale - Le Pacte.

Date représentée : 1848

H. : 0

L. : 0

lithographie gouachée

© Photo RMN - Grand Palais - Bulloz

http://www.photo.rmn.fr

07-521524

L’utopisme républicain de 1848

Date de publication : Mars 2016

Auteur : Mathilde LARRÈRE

La révolution parisienne de février 1848 renverse Louis-Philippe. La IIe République est proclamée, le suffrage universel instauré.

Connus dans les capitales européennes, les événements français réveillent les aspirations libérales et nationalistes. En mars 1848, à Vienne, à Berlin, à Rome et à Prague, des insurrections éclatent et contraignent les souverains autoritaires à la fuite ou aux concessions. Le pape, le roi de Prusse, celui de Bavière, l’empereur d’Autriche accordent des constitutions et reconnaissent les libertés fondamentales.

Les mouvements nationalistes ne sont pas en reste : alors que la Hongrie ou la Bohême imposent plus provisoirement leur autonomie aux Habsbourg, les différents États allemands et italiens posent les jalons d’une unité nationale.

Frédéric Sorrieu exécute une série de quatre lithographies gouachées, « La république universelle démocratique et sociale », présentant les principales idées et utopies quarante-huitardes.

Le Pacte illustre la dimension nationaliste du printemps des peuples : une procession des nations européennes (dans laquelle se mêlent des personnes de tous les sexes, âges et classes sociales) défile devant un arbre de la liberté, puis une statue de l’allégorie de la République. Les nations sont identifiables par leurs drapeaux (français, allemand, italien, hongrois, tchèque) et leurs costumes traditionnels. On notera que si le peintre anticipe la constitution de l’État-nation allemand, en faisant figurer le nom d’Allemagne[1] sur le drapeau, il se refuse en revanche à représenter l’Italie unifiée (les trois drapeaux vert-blanc-rouge portent les inscriptions des principaux États : royaume des Deux-Siciles, Lombardie et Romagne). La déchéance des monarques est symbolisée par un sol jonché d’attributs royaux.

Ce thème est repris dans Le Prologue : Sorrieu représente la puissance divine (des anges qui entourent une République divinisée) dispersant les souverains affolés, appelés à rejoindre leurs prédécesseurs et condamnés à griller dans les flammes de l’enfer (où l’on reconnaît déjà Louis XVI, Marie-Antoinette et Napoléon). Un château en ruine au dernier plan symbolise l’effondrement du système féodal.

Le Triomphe représente la « République universelle » en déesse vivante portée par un riche quadrige dont les rênes sont confiées à des enfants des quatre continents. C’est d’un Paris symbolisé par quelques monuments (Arc de Triomphe, Assemblée, colonne de la Bastille et Panthéon) que provient le cortège qui se dirige vers un monument imaginaire célébrant les trois révolutions françaises. À ses pieds, un esclave libéré de ses chaînes figure l’abolition de l’esclavage[2] (décret du 27 avril 1848), cependant qu’un lion, symbole de la force du peuple souverain, écrase des oripeaux militaires et manifeste la paix (reprenant les déclarations du Manifeste à l’Europe de Lamartine, qui présente les idées de 1848 comme un « gage de sécurité européenne »).

Enfin, Le Marché représente l’utopie de l’abolition de toutes les barrières douanières. Cette image est surprenante à deux titres : par son côté archaïque – le marché est figuré comme un caravansérail, les bateaux accostent des berges sans docks ni pontons (ce qui est rigoureusement impossible) – et par l’idée libre-échangiste qu’il défend, idée très minoritaire dans la France comme dans l’Europe de 1848.

Dans Le Pacte comme dans Le Prologue, la puissance divine est représentée : le Christ bénit la fraternité retrouvée des humains et les anges chassent les souverains. L’artiste exprime ainsi l’intime mélange de volonté politique et de croyance religieuse qui caractérise l’esprit quarante-huitard.

Bien que fortement internationalistes, ces quatre œuvres sont essentiellement à la gloire de la France : la république universelle reprend les traits de la Marianne alors abondamment représentée (statues officielles, timbres-poste, sceaux, monnaie…). C’est aussi un drapeau bleu-blanc-rouge qui se détache, flottant sur la halle dans Le Marché. Enfin, Le Triomphe n’a d’international que les quatre enfants : le reste décline les allégories et les symboles de la République française et multiplie les allusions à sa politique.

Il faut enfin signaler que tout désigne les idées radicales de l’artiste : ses Marianne sont coiffées du bonnet phrygien de 1789[3], l’une est promenée en déesse vivante comme on le faisait en 1792, le monument du Triomphe honore Robespierre et Saint-Just, et le cortège proclame sur une oriflamme « l’organisation du travail », idée du socialiste Louis Blanc. Ces tableaux exaltent la république démocratique et sociale de février, celle que les républicains modérés, constituants d’avril, enterreront avec les corps des insurgés de juin 1848.

Maurice AGULHON, Marianne au combat, l’imagerie et la symbolique républicaines de 1789 à 1880, Paris, Flammarion, 1979.

Maurice AGULHON, Les Quarante-Huitards, Paris, Gallimard, coll. « Archives », 1975.

Jean-Claude CARON, Michel VERNUS, L’Europe au XIXe siècle. Des nations aux nationalismes, Paris, Armand Colin, coll. « U », 1996.

René GIRAULT, Peuples et Nations d’Europe au XIXe siècle, Paris, Hachette, 1992.

Mona OZOUF, Liberté, Égalité, Fraternité. Les France, t. 3, in Pierre NORA (dir.), Les Lieux de mémoire, Paris, Gallimard, 1992, réed. coll. « Quarto », 1997.

Jean SIGMANN, 1848, les révolutions romantiques et démocratiques de l’Europe, Paris, Calmann Lévy, 1970.

1. Il faudra pourtant attendre 1849 pour que le parlement de Francfort institue la nation allemande.

2. On peut supposer que l’homme qu’il serre dans ses bras est Schœlcher.

3. Les représentations officielles de la IIe République lui préféreront une plus sage couronne de rayons ou d’étoiles.

Mathilde LARRÈRE, « L’utopisme républicain de 1848 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 03/12/2022. URL : histoire-image.org/etudes/utopisme-republicain-1848

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