Sacre de l'empereur Napoléon et couronnement de l'impératrice Joséphine.

Sacre de l'empereur Napoléon et couronnement de l'impératrice Joséphine.

Lieu de conservation : musée du Louvre (Paris)
site web

Date de création : 1806-1807

Date représentée : 02 décembre 1804

H. : 621 cm

L. : 979 cm

huile sur toile. Sacre de l'empereur Napoléon Ier et couronnement de l'impératrice Joséphine dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 2 décembre 1804.

© RMN - Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski

Lien vers l'image

INV 3699 - 93-001570

Le Sacre de l’empereur Napoléon Ier : une œuvre clé

Date de publication : Mars 2022

Auteur : Malika DORBANI-BOUABDELLAH

Le sacre de l'empereur Napoléon Ier : une œuvre clé

Le sacre de l'empereur Napoléon Ier : une œuvre clé

Après le consulat à vie établi en 1802, le Conseil d’État, s’inspirant du mythe de Charlemagne, suggère en 1804 l’instauration du régime impérial. Une nouvelle constitution confie le gouvernement de la République à Napoléon Bonaparte, qui devient empereur héréditaire.

Le sacre, dont l’organisation est confiée à Ségur, grand maître des cérémonies, assisté du premier chambellan, Rémusat, est prévu à Notre-Dame. Percier et Fontaine réalisent les décors, faisant de l’intérieur gothique un temple romain, tandis qu’Isabey prend en charge les habits et les poupées costumées destinées aux répétitions. L’acteur Talma entraîne Napoléon à une démarche et à un maintien solennels. Le sceptre et la couronne de Charlemagne sont restaurés ou copiés pour l’occasion, alors que le diamant est enchâssé dans le pommeau de l’épée.

Les futurs empereur et impératrice se rendent à Notre-Dame séparément. Ils reçoivent la triple onction de la main du pape. Napoléon se coiffe pourtant lui-même de la couronne de Charlemagne avant de prêter, à l’issue du sacre, le serment constitutionnel.

La vaste composition de 9 mètres sur 6, qui rassemble plus de deux cents figures, donne l’impression d’une scène vivante. Elle s’inspire du Couronnement de Marie de Médicis de Rubens, sans toutefois en reprendre les lignes courbes.

Portant une robe de satin blanc, un manteau de velours cramoisi brodé d’or et une ceinture à franges dorées, l’Empereur se tient debout. Coiffé d’un anneau de laurier, il s’apprête à poser la couronne sur la tête de Joséphine, laquelle est vêtue de blanc et d’argent et se tient à genoux sur un coussin carré de velours violet semé d’abeilles, symbole mérovingien. Cet unique mouvement se situe au centre de la scène.

On distingue, derrière, Bessières, l’ordonnateur de la cérémonie, tandis que Madame de La Rochefoucauld, dame d’honneur de Joséphine, et Madame Lavalette, sa dame d’atour, en blanc et en diadème, soutiennent la lourde traîne de l’impératrice. À droite, derrière l’Empereur, le pape Pie VII, assis dans un fauteuil, lève la main droite pour les bénir.

Dans une frise légèrement oblique, les personnages d’un calme majestueux sont ordonnés selon un rythme rigoureux. Cette juste répartition de la foule forme un ensemble de figures verticales mises en évidence par des gradations de couleur et de lumière.

La ressemblance des personnages et le détail des costumes confèrent à cette toile le réalisme d’une galerie de portraits : à la droite du pape, le cardinal-légat Caprara. À sa gauche, l’architrésorier Lebrun, de dos, coiffé comme tous les princes et dignitaires à la Henri IV, en manteau violet brodé d’or, tenant à la main gauche un bâton surmonté de l’aigle impériale. À droite de Lebrun, l’archichancelier Cambacérès, que l’on voit de profil, tient la main de justice et, à côté de lui, Berthier portant le coussin sur lequel repose le globe impérial surmonté d’une croix. Vient ensuite Talleyrand en manteau rouge orné d’une décoration. Au-dessus de lui, Eugène de Beauharnais, nu-tête, en hussard et avec cordon rouge, s’appuie sur son épée.

Au milieu du tableau, nous distinguons très nettement Murat, en habit brodé d’or et culotte de satin, qui tient encore le coussin sur lequel reposait la couronne. Juste derrière lui, empanachés eux aussi d’un chapeau à plumes, se tiennent Ségur, à gauche, et les maréchaux Moncey et Serrurier. En arrière-plan central, sur la première des trois tribunes à baldaquin, on distingue, au centre, la mère de l’Empereur. Vêtue de blanc, portant un diadème et un voile sur la tête, elle est entourée de ses dames d’honneur et de ses chambellans. À gauche sont présents Joseph et Louis Bonaparte, les sœurs, les belles-sœurs de l’Empereur, Caroline Murat, grande-duchesse de Berg et future reine de Naples, Pauline, princesse Borghèse, Élisa Bacciochi, future princesse de Lucques et de Piombino, la princesse Hortense, le prince Napoléon. À l’arrière, Duroc, fidèle aide de camp de Napoléon. Derrière les prie-Dieu, le cardinal de Belloy, archevêque de Paris, et ses vicaires.

Le jeu de lumière organise et rythme la composition ainsi que l’accord vert-rouge des velours. Les plans s’étagent par le jeu des valeurs et par l’exécution picturale, de plus en plus légère vers le fond. David groupe et distribue les masses grâce à un éclairage contrasté, une touche vibrante, une savante orientation de la lumière, concentrée sur les premiers rôles, s’atténuant jusqu’à la pénombre à gauche. La courbe ouverte, achevée à droite par les figures, vues de dos, de Cambacérès et Lebrun tenant, aux côtés de Berthier et de Talleyrand, le sceptre et la main de justice, donne de la profondeur à la cérémonie.

En découvrant le tableau, Napoléon eut cette parole : « Quel relief, quelle vérité ! Ce n’est pas de la peinture ; on marche dans ce tableau. » Sa fidélité à l’événement a toutefois ses limites : ainsi n’y avait-il qu’un collier de la Légion d’honneur à aigles accolées alors que l’on voit Napoléon et ses deux frères en porter un. La mère de l’Empereur, en délicatesse avec son fils, n’était pas présente, et le cardinal Caprara, malade ce jour-là, non plus. À côté du pape se tenait en réalité le cardinal di Pietro. Par ailleurs, la disposition des éléments fait parfois entorse au protocole : les prie-Dieu que l’on voit séparés des petits trônes presque invisibles près de l’autel sont placés en réalité derrière le trône pontifical, placé lui aussi plus bas qu’il ne doit l’être, le dais est abaissé, le second rang des tribunes entre les arcades est plus haut, les prêtres derrière l’autel sont imaginaires…

Cette allégorie réelle marque la fin du néoclassicisme et la primauté du réalisme et de la liberté de l’artiste par rapport au genre historique.

L’œuvre a un sens politique : couple impérial, pape, cardinaux et maréchaux sont en pleine lumière tandis que courtisans, frères et sœurs sont dans l’ombre.

Elle comporte un aspect anticlérical : Napoléon sacre lui-même Joséphine, faisant du pape un simple témoin.

Le Couronnement de l’Empereur et de l’Impératrice à Notre-Dame est surtout le spectacle de la rencontre de deux génies, l’artiste et l’Empereur : « Je me glisserai à la postérité à l’ombre de mon héros », déclara David. Il forme un monde où se mélangent ancien et nouveau régime, ancien et nouveau siècle, aristocrates, croquants, héros, prélats défroqués, parvenus, gloires et petitesses, jalousies, ambitions, trahisons, vanités, hypocrisies, comédie de la grandeur humaine.

Enfin, la présence de Joseph-Marie Vien dans ce que David considérait comme la plus importante de ses œuvres peut se lire comme un hommage de l’élève à son maître.

Louis BERGERON, L’Épisode napoléonien. Aspects intérieurs. 1799-1815, Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », 1972.

José CABANIS, Le Sacre de Napoléon, Paris, Gallimard, coll. « Les Trente Journées qui ont fait la France », 1970, rééd. coll. « Folio Histoire », 1994.

François FURET, La Révolution 1770-1880 : de Turgot à Jules Ferry, Paris, Hachette, 1988, rééd. coll. « Pluriel », 1992.

Antoine SCHNAPPER, Jacques-Louis David. 1748-1825, cat. exp. Paris, Louvre, Versailles, musée national du château, Paris, RMN, 1989.

Malika DORBANI-BOUABDELLAH, « Le Sacre de l’empereur Napoléon Ier : une œuvre clé », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 04/10/2022. URL : histoire-image.org/etudes/sacre-empereur-napoleon-ier-oeuvre-cle

Le Sacre de Napoléon à la loupe sur le site du musée du Louvrehttp://musee.louvre.fr/oal/sacre/indexFR.htmlLa notice de l’œuvre sur le site du musée du Louvrehttp://www.louvre.fr/oeuvre-notices/le-sacre-ou-le-couronnementLe Sacre de Napoléon dans l’émission Karambolage (Arte)http://www.arte.tv/magazine/karambolage/fr/le-tableau-le-sacre-de-napoleon-de-jl-david-karambolageUn dossier consacré à Napoléon Ier sur le site education.francetv.frhttp://education.francetv.fr/matiere/epoque-contemporaine/quatrieme/dossier/napoleonUn article consacré à Jacques-Louis David sur le site du Grand Palaishttp://www.grandpalais.fr/fr/article/jacques-louis-david-1748-1825

Anonyme (non vérifié)

j'ai un DM et il me manque des trucs:
le collier de l'ordre de la legion d'honneur est crée par napoleon?
les abeilles quelles snt leurs origines?et la main de justice pareil!
merci d'avancve

sam 10/03/2012 - 12:44 Permalien
Anonyme (non vérifié)

bonjour Anne-Lise je voulais te dire que tes liens je ne peut y accéder ,"

mer 16/01/2013 - 17:50 Permalien
Anonyme (non vérifié)

qu'est ce qui rappelle le sacre des rois de l’Ancien Régime mais aussi ce qui l’en distingue aussi ??? je ne comprends pas trop cette question, pouvez m'aider?

mer 22/01/2014 - 16:42 Permalien
Anonyme (non vérifié)

super instructif, merci bcp !@ :)

sam 08/03/2014 - 17:36 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Pourquoi ce coussin violet ? Joséphine a des origines Mérovingiennes ?

mer 12/03/2014 - 14:22 Permalien
Anonyme (non vérifié)

j'aimerais savoir si les abeilles trouvées dans le tombeaux de Childéric,ont une quelconque relation avec les abeilles des coutraux languiole.Merci.

lun 21/04/2014 - 22:23 Permalien
Anonyme (non vérifié)

L'artiste a-t-il réellement assisté ou participé à l'événement qu'il à représenté sur ce tableau ?

sam 25/04/2015 - 18:23 Permalien
Anonyme (non vérifié)

Bonjour,
Oui il y a participé puisqu'il est représenté dans les tribunes en haut à gauche du tableau. Il est au dessus de Letizia Bonaparte la mère de Napoléon

mer 08/05/2019 - 11:44 Permalien

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